LE NUTRITIONNELLEMENT CORRECT fait débat au sial

Obésité galopante, excès de sucres dans les produits industriels, arrivée de nouveaux régimes... Le thème de la nutrition était au coeur de la dernière édition du Salon international de l'alimentation. Mais la tendance se matérialise assez peu dans les produits.





La nutrition s'est invitée en force lors de la dernière édition du Sial. Assez brutalement dans un premier temps, avec la publication, deux jours avant l'ouverture du Salon international de l'alimentation, du rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) qui dénonce une consommation excessive de glucides. Notamment de glucides simples ajoutés, qui seraient « en cause dans le développement du surpoids et de l'obésité des enfants et des adolescents ». Le rapport pointe également les responsabilités des industriels dans ces excès. Une présence plus calme ensuite, à travers une série de conférences organisées chaque jour dans le cadre d'un nouvel espace, l'Agora Nutrition (lire ci-contre).







Des multinationales trop absentes




Mais même en dehors des programmes officiels, il a beaucoup été question de la santé à travers l'alimentation. Ainsi, le volailler Doux, qui n'a pourtant pas de produits clairement identifiés santé, a organisé une rencontre intitulée « Nutrition et Santé ». Le ministère de l'Agriculture s'est, quant à lui, intéressé aux « qualités nutritionnelles des produits de la mer et à l'impact de la transformation sur leurs valeurs nutritives ». C'est dire !



L'édition 2004 du Sial a d'ailleurs failli comporter un espace d'exposition spécifiquement dédié aux industriels qui ont orienté leur stratégie sur la nutrition. « L'idée a été abandonnée, car certaines entreprises avaient déjà réservé leur place dans d'autres halls. Mais ce projet pourrait refaire surface dans deux ans », confie un exposant. Voilà en effet un moyen plutôt astucieux de faire revenir vers le salon les multinationales, dont beaucoup, comme Danone et Nestlé, misent sur cet axe. Car la nutrition est plutôt une affaire de géants, alors qu'au Sial les PME sont majoritaires. Et le sentiment qui prédominait dans les allées, c'est la prudence : on se méfie d'un discours qui serait trop marqué santé. De quoi expliquer la relative faiblesse de l'offre nutritionnelle chez les exposants. Les produits « santé » n'ont pas été très nombreux sur les stands, ni particulièrement distingués par les Sial d'Or, qui récompensent les meilleures innovations. Seulement deux produits primés sur douze arborent une promesse santé clairement revendiquée : un thé vert du japonais Kao et une saucisse allégée en graisse de l'espagnol Carnicas Serrano. Et après avoir converti l'Amérique au régime low carb (faible en sucres lents), la marque Atkins semblait être la seule à faire la promotion de ce nouveau régime (lire ci-dessus), alors que les multinationales, alléchées par son succès outre-Atlantique, ont des produits low carb dans leurs cartons qui ne demandent qu'à inonder les marchés européens.







Un problème de santé publique




La nutrition n'en demeure pas moins une question de fond pour l'agroalimentaire. Le nombre croissant d'obèses devient un véritable problème de santé publique dans les pays industrialisés. Aux États-Unis, des consommateurs ont déjà intenté des actions en justice contre certaines multinationales et des chaînes de fast-food.



Pour les industriels, deux questions se posent. Sont-ils les seuls responsables ? Sont-ils légitimes pour parler de nutrition ? Le colloque organisé au salon par l'Association nationale des industries agroalimentaires (Ania) a eu le mérite de libérer la parole. « Nous ne voulons plus être relégués à la seule vocation de payeur ! », s'exclame François Coindreau, vice-président de l'Ania, en évoquant la possibilité d'une taxe de 1,5 % sur les investissements publicitaires et promotionnels des industriels du secteur, prévue dans le projet de loi de Santé publique.



Ces derniers veulent être considérés par les pouvoirs publics comme des partenaires. À Bruxelles, les entreprises effectuent un lobbying intense auprès des instances européennes pour « édulcorer » le projet de règlement sur les allégations santé, qui doit être discuté l'an prochain. L'une des principales mesures préconisées consiste à interdire toute communication sur des produits dont le profil ne serait pas « nutrition- nellement correct ». « Déjà que la France est l'un des pays les plus rigoureux en matière juridique, si Bruxelles impose cela à toute l'Europe, nous ne pourrons plus rien écrire sur les packagings », s'inquiète Christophe Ducasse, de la société espagnole Kaiku, qui tente d'exporter en France une boisson concurrente d'Actimel.



Les grands groupes étant absents du Sial, seuls l'Ania et son équivalent européen, la Confédération des entreprises agroalimentaires de l'Union européenne (CIAA), vitupéraient contre les profils nutritionnels (mesure des teneurs en nutriments tels que les matières grasses, les graisses saturées, les acides gras trans, le sel et les sucres). « Ils sont un frein à l'innovation et, avec eux, la margarine Proactiv [avec des principes actifs contre le cholestérol, NDLR] n'aurait jamais vu le jour », déclare Jean Martin, président de la CIAA.



Le débat sur l'alimentation et la santé est dans l'impasse. Chaque acteur se renvoie la balle. Lors de l'inauguration du Sial, le 17 octobre, Hervé Gaymard, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, y est allé de sa petite leçon : « Il ne faut stigmatiser personne mais encourager des comportements alimentaires équi- librés ; éviter les grignotages, consommer plus de fruits et légumes et passer moins de temps devant la télé. Ma conviction est que l'éducation joue un rôle fondamental. » Pour sortir la tête haute de cette situation, Olivier Androt, directeur scientifique de l'association de consommateurs Consommation, logement et cadre de vie (CLCV), proposait, lors du colloque de la CIAA, au-delà du partenariat public-privé, de « réunir tous les acteurs pour simplifier l'étiquetage nutritionnel afin d'éviter une logique d'interdiction [...] ».







Justifier sa place dans les linéaires




Selon lui, les différentes parties doivent arrêter de jouer l'affrontement systématique. Mais est-ce possible ? Pour un industriel, repeindre les produits avec un vernis nutritionnel est un moyen facile de se dédouaner. Voire de justifier sa place en linéaires et de garder ainsi une longueur d'avance sur les MDD qui, sur bien des créneaux de marché, représentent le plus gros des volumes.



Il y a quelques années de cela, la traçabilité était au centre des préoccupations des industriels et de la société. Le concept a d'ailleurs connu son apogée lors de l'édition 2000 du Sial, avec la crise de la vache folle. À cette époque, offrir une réponse à ce problème constituait un véritable avantage concurrentiel. Quatre ans plus tard, la traçabilité est devenue une condition minimale d'accès au marché. Il pourrait en être bientôt de même avec le « nutritionnellement correct ».



















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Article extrait
du magazine N° 1880

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