"Le patriotisme alimentaire pour une économie responsable", par Philippe Mangin, Président de Coop de France.

TRIBUNE D'EXPERTS A l'occasion du Salon International de l’Agriculture, qui se tient du 21 février au 1er mars 2015 à Paris Porte de Versaille, Philippe Mangin, Président de Coop de France, prône le "Made in France", une "économie responsableé", avec le "retour aux fondamentaux du commerce" : une offre innovante et ciblée selon  leattentes consommateurs. Tribune exclusive.

Philippe Mangin, président de Coop de France.
Philippe Mangin, président de Coop de France.© © Sylvie Humbert

Demain s’ouvre à Paris le grand rendez-vous agricole, gastronomie et terroirs tant apprécié des Français : le Salon International de l’Agriculture. Derrière cette vitrine haute en couleurs, c’est un fleuron de notre économie qui va afficher la qualité de son modèle alimentaire conjuguant traditions, savoir-faire et innovations.

Pourtant, l’agriculture et l’agroalimentaire français peinent à se déployer à hauteur de leur immense potentiel alors que nos produits sont désirés par le monde entier. Ce paradoxe invraisemblable trouve son origine dans notre pays lui-même tant la course au prix le plus bas est devenue la règle… Alors que le consommateur reste à tort, persuadé d’une inflation continue sur ses achats alimentaires, l’ensemble des acteurs de la chaîne déplore une rentabilité dégradée, jusqu’à la mise en danger de certaines filières. Les discussions commerciales qui animent actuellement les "box de négociation" où se font face acheteurs et vendeurs, sont focalisées uniquement sur le critère prix, la profitabilité immédiate et le formalisme des contrats. Où sont passés les fondamentaux du commerce visant à développer une offre innovante, et différenciée répondant à la diversité des attentes consommateurs ?

Les récentes alliances entre enseignes accentuent les risques de fragilisation de filières entières qui sont économiquement au bout de leurs efforts en termes de concession sur leurs propres marges. Cette spirale du « perdant-perdant », lamine notre compétitivité et nous fait prendre à tous, le risque de la « casse sociale ». Rappelons aussi que les ménages ont perdu plus de 4% de pouvoir d’achat depuis 2009, en raison  de l’explosion des charges contraintes (logement, énergie, transport), qui représentent désormais plus de 40% de leur budget contre 13% pour le poste alimentaire*.

"Des prix toujours plus bas pour le consommateur en panne de pouvoir d’achat",  clament certains…  Cette course aux prix bas supposerait-elle l’existence d’une seule typologie de consommateurs français ? Souhaitent-ils tous des produits alimentaires sans origine, ni traçabilité, ni garantie de qualité ? Souhaitent-ils tous, en tant que citoyens, participer à l’essorage de la production agricole et agroalimentaire française ?
Le "made in France" alimentaire est tellement riche et diversifié que chaque ménage bénéficie d’une gamme ajustée en fonction de ses aspirations et de son budget. A fortiori, en période de crise, l’envie de "se faire plaisir" pousse le consommateur vers un choix de produits dans les rayons qui exprimera une convivialité familiale et gastronomique.
Les opérateurs économiques commenceraient-ils à prendre conscience de la nécessité de conserver cette richesse par des politiques d’achat plus loyales comme en témoigne plusieurs initiatives, tel que le label "relations fournisseurs responsables" auquel Coop de France a fortement contribué? L’idée d’une croissance par des références complémentaires comme les produits français, régionaux, bio, équitables commence-t-elle à émerger ?

Parce que nous sommes des chefs d’entreprises créateurs de richesses et d’emplois, structurons ensemble, producteurs, transformateurs, distributeurs jusque, dans les négociations commerciales, le retour d‘une économie responsable.
Ce "patriotisme alimentaire" n’est pas celui d’une France rigide et repliée sur elle-même, loin de là ! Mais au contraire le moyen de déployer, dans le monde entier, la « marque France » et les dimensions de sécurité et de qualité alimentaires qui lui sont attachées.
A l’international, les enseignes de distribution françaises démontrent chaque jour leur capacité à développer, avec les entreprises françaises, des relations partenariales garantes d’un développement mutuel. Alors, plutôt que s’épuiser économiquement dans une «guerre des prix franco-française », mobilisons nos énergies collectives pour prendre en compte les attentes du marché national et capter celui des marchés émergents …qui nous tendent les bras.
A ce titre, les entreprises coopératives agricoles et agroalimentaires, non délocalisables car appartenant aux agriculteurs français sont à l’évidence une force économique, sociale et territoriale pérenne qu’il s’agit de soutenir.

Philippe MANGIN
Président de COOP de France


*(source 60 millions de consommateurs)
 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Nos formations