Marchés

Le PC joue placé dans les loisirs numériques

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Souvent chahuté, victime de guerres des prix sans pitié, le PC fait aujourd'hui figure d'îlot de stabilité face à l'électronique grand public et ses tarifs massacrés. Plus que jamais, le portable soutiendra la croissance en 2005.

Comme il semble loin le temps - pourtant pas si ancien ! - où les professionnels s'interrogeaient sur l'avenir du PC grand public. Poussée des assembleurs, prix concassés... On s'effrayait alors de voir le taux d'équipement des foyers stagner, on stigmatisait le « retard français ». Le retournement de tendance constaté en 2003, amplifié en 2004 et qui semble se confirmer encore en 2005, n'en a été que plus spectaculaire. Les chiffres ci-contre le montrent : les PC et leurs principaux périphériques voient leurs ventes progresser régulièrement, tant chez les professionnels que dans le grand public. Le succès de l'internet à haut débit et les tarifs pratiqués par les fournisseurs d'accès de l'Hexagone sont passés par là. Autre motif de satisfaction souligné, en début d'année, par Claude Floch, le directeur du département électronique grand public de l'institut GfK, « le marché se revalorise ».

La barre symbolique des « un pour un »

Comparés aux lecteurs de DVD, aux appareils photo numériques ou autres écrans plats, les PC - leurs périphériques essentiellement - ont connu, en 2004, une baisse de prix moyen réelle, certes, mais que Fabrice Raoult, le directeur général de Packard Bell, qualifie de « raisonnable », l'évaluant à « - 10 %, contre - 20 % en 2003 ».

Pas de déferlement des fabricants chinois, des parts de marché stabilisées pour les grandes marques : le PC serait-il devenu en quelques années un havre de paix et de stabilité hautement rémunérateur ? Chef de produits chez HP France, Dominique Astier tempère immédiatement cet optimisme : « Malgré la prudence des instituts d'études, le début d'année a été bon, avec notamment une hausse de 22 % en volume et de 10 % en valeur pour le mois de mars 2005. Il n'empêche, la baisse de prix est encore très forte, surtout sur les portables où le marché reste positif, mais surtout grâce à l'importance des volumes. Pendant longtemps, nous vendions facilement un notebook à 2 000 E. Aujourd'hui, le prix moyen se situe plutôt à 1 100 E ! »

Les PC de bureau, ou desktops, ne sont pas en reste, comme le souligne Éric Cousinie, le directeur des achats chez PC City. « En mars, les desktops à 399 E ont connu un très grand succès, qui a contribué à dynamiser le marché, note-t-il. Je dirais que la chute de prix est encore plus forte sur ces modèles que sur les notebooks. Les chiffres du marché dont nous disposons montrent que sur ces sept dernières semaines, les PC à moins de 599 E ont représenté 49 % des ventes. Et si vous ajoutez les machines vendues entre 600 et 799 E, vous obtenez 70 % du marché total des desktops ! » Si le dynamisme des ventes incite la profession à l'optimisme, la situation n'est pas tout à fait idyllique.

Parmi les raisons d'espérer voir le marché se maintenir à un niveau de chiffre d'affaires satisfaisant, beaucoup évoquent la poussée des portables. Il se pourrait bien, assurent-ils, que la barre symbolique des « un pour un » (un notebook vendu pour un desktop) soit finalement atteinte fin 2005 dans le grand public. « Nous sommes aujourd'hui à un rapport de 60-40 en faveur du desktop, indique Éric Cousinie. La parité pourrait être atteinte en fin d'année si le prix des notebooks continue à baisser. » « La moyenne européenne est de deux desktops pour un notebook, précise Patrice David, le responsable du marketing chez AMD, mais la France est plus proche des tendances du marché italien, où les portables représentent déjà 46 % du marché. » Prédisant l'explosion des modèles « wide » [à écran large, NDLR] pour 2005, il souligne également combien l'arrivée du nouveau processeur mobile d'AMD, le Turion 64, contribuera à démocratiser les prix.

Un engouement nouveau

Ce dernier point conduit d'ailleurs tout droit à l'une des petites polémiques du moment : les notebooks ultraportables, traduction approximative du concept anglo-saxon de « thin and light » [fin et léger, NDLR]. Des notebooks plus petits que les modèles habituels, dotés d'écrans de 10, 12 ou 13 pou-ces, conçus d'origine pour le WiFi et, surtout, pesant moins de 2 kg. Chez AMD, qui a créé son Turion 64 spécifiquement pour ce segment de marché, Patrice David croit beaucoup à son potentiel : « Le " thin and light " connaît aujourd'hui la plus forte progression de l'univers portable et trouve sa place dans le grand public car le prix devient équivalent à celui des modèles dits de " desktop replacement ", alors que l'écart a longtemps été de 500 E. »

Chez Packard Bell, Fabrice Raoult confirme cet engouement nouveau : « Nous nous apercevons que les particuliers sont demandeurs de produits 13 pouces, alors que nous visions plutôt les PME-PMI. » Hypothèse avancée par Dominique Astier : ce sont peut-être justement des professionnels qui viennent acheter les nouveaux ultraportables en distribution grand public. Car pour une clientèle purement familiale, il affiche un grand scepticisme : « Il faut qu'on m'explique l'intérêt de ces formats pour le grand public. Cela implique des concessions, et ce n'est pas ce que les particuliers recherchent ! »

Certains fabricants, en tout cas, y croient au point d'en avoir fait leur principal cheval de bataille. C'est le cas d'Averatec, un nouvel acteur basé aux États-Unis et contrôlé par un groupe coréen. Référencée chez Planète Saturn et chez Casino, la marque joue à plein la carte du « thin and light ». « Pour se faire un nom aujourd'hui, explique Marc Guérin, le directeur général France, vous ne pouvez pas arriver avec des produits 15 pouces " wide " comme tout le monde en propose. Nous jouons la différenciation, nous proposons de l'incrémental. » Reste à savoir si le marché n'est pas déjà saturé de fournisseurs. Pour Patrice David, la hiérarchie des fabricants n'a rien de figé : « Acer est arrivé tout en haut en peu de temps, Asus a fourni des châssis pendant des années et entre maintenant dans le top 10, et certainement dans le top 5 d'ici à quelques années... Le prochain à exploser sera sans doute BenQ, sans parler des fabricants chinois, qui ont longtemps fait de la sous-traitance mais qui arrivent main- tenant très fort ! »

Peu de valeur ajoutée

Cette énumération semble faire sourire Éric Cousinie : « La marque reste une donnée fondamentale sur le marché français, surtout en notebook, car il s'agit d'un objet de reconnaissance, que les gens ont envie de montrer. Et les fournisseurs sont déjà très nombreux, beaucoup plus que sur le desktop. On parle de BenQ, de LG... Je crois que s'ils se lancent, ils devront se contenter de parts de marché marginales, comme le démontre l'exemple plus ancien de Samsung. On parle aussi d'Asus : pour moi, ils peuvent devenir l'équivalent d'un Gericom, pas plus. Tous ces fabricants n'apportent pas de valeur ajoutée significative. » Un beau sujet de discussion pour le prochain salon MedPI, qui ouvre ses portes à Monaco le 31 mai.

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