« Le pragmatisme s'impose dans le transport de fonds »

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Pour la Brink's, les mesures d'assouplissement annoncées par le ministre de l'Intérieur permettent de débloquer certaines situations sans nuire à la sécurité,pour les clients et les convoyeurs. Sans exclure un nécessaire renforcement permanent des moyens de protection.

LSA Quel jugement portez-vous sur l'assouplissement des « décrets convoyeurs » annoncé par le gouvernement (lire p. 26) ?

Patrick Lagarde - En l'état, le projet nous convient. Il garantit la continuation des modes de transport en véhicules blindés avec équipages armés et nouvelles technologies, tout en créant un large choix possible, du véhicule banalisé aux blindés classiques en passant par les semi-blindés. Nous apprécions que le transport en véhicule banalisé, qui ne sera jamais le choix de la Brink's, soit un peu mieux sécurisé avec deux hommes à bord. En ce qui concerne l'assouplissement des procédures d'aménagement des locaux des donneurs d'ordres, nous avons le sentiment que le pragmatisme a fini par s'imposer. Il fallait prendre en compte les sites où le cheminement des convoyeurs séparé du public est réellement irréalisable. En même temps, l'écueil qui aurait consisté à récompenser par défaut les « mauvais élèves » a été évité.

LSA Où la distribution en est-elle dans l'aménagement de ses locaux ?

P. L. - L'essentiel de la mise aux normes a été faite. Sur 90 % des sites de la grande distribution, les locaux ont été aménagés pour satisfaire aux exigences du décret. Nous sommes actuellement en train de recenser les 10 % restants, afin de comprendre où se situent les difficultés. Pour ces derniers, il n'y a plus de temps à perdre. Il ne reste plus que quelques semaines avant la date butoir du 31 décembre 2003, et il n'y aura aucun report supplémentaire. Ceux qui ne seraient pas aux normes se retrouveraient avec un risque pénal, et nous ne pourrions pas les servir, à notre corps défendant. Des solutions techniques alternatives aux sas et trappons existent, telles que les valises intelligentes, même si elles peuvent nécessiter le maintien d'un cheminement séparé pour les convoyeurs. Elles peuvent être mises en place, même à titre provisoire. Il y a, enfin, la possibilité d'organiser les passages en dehors des horaires d'ouverture. Cependant, il faut savoir que les créneaux sont limités, car les transports de fonds sont interdits de 22 heures à 5 heures du matin. De plus, nous ne pouvons trop multiplier les équipes de nuit, pour des raisons sociales et logistiques.

LSA Les critiques à l'encontre des commissions techniques de la sécurité des transports de fonds sont-elles fondées ?

P. L. - C'est un fait qu'elles ont été très lentes et n'ont pas été en mesure de se coordonner. Certains clients qui ont un parc de maga- sins identiques n'ont ainsi pas pu mettre en oeuvre des systèmes de desserte standards d'un site à l'autre, car ce qui était accepté dans un département était parfois refusé dans l'autre. Et passer outre l'avis d'une commission, c'est s'exposer à des lourdes conséquences en cas de problème...

LSA Pour faciliter l'application des décrets là où la mise en place de sas ou trappons était difficile, vous avez développé de nouveaux produits. Comment ont-ils été accueillis ?

P. L. - Dans les villes, nous avons créé Proxybank, une borne reliée à un ou plusieurs points de collecte par un système pneumatique. Avantage : il évite les gros travaux de voirie. Une dizaine est actuellement en fonctionnement, et la demande est forte. En revanche, nous n'avons pas connu le même succès avec Espace Cash, une formule de libre-service interbancaire de dépôt et retrait de fonds sécurisé 24 heures sur 24. Il est destiné aux centres commerciaux. Les commerçants ont aimé. Mais les gestionnaires de centres n'ont pas suivi. Alors même que nous nous étions engagés à gérer intégralement ces espaces, ils ont craint - à tort - d'avoir à endosser la responsabilité en cas d'incident. Et comme il s'agissait d'une recommandation, et non d'une obligation légale... À ce jour, le premier Espace Cash qui verra le jour sera situé non pas en centre commercial, mais au Mont Saint-Michel ! Dans les centres commerciaux, les cheminement séparés du public restent difficiles à mettre en oeuvre. Un petit nombre de magasins a d'ailleurs purement et simplement renoncé à y faire appel aux transporteurs, faute de trouver une solution adaptée.

LSA L'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation s'est-elle traduite par une baisse de nombre d'attaques ?

P. L. - Il est indéniable que la sécurité s'est améliorée, mais les professionnels manquent encore de recul pour mesurer précisément l'impact des dernières mesures. Ce que l'on peut dire, c'est que la suppression ou le raccourcissement des trajets piétons et le renforcement des équipements des fourgons - notamment avec des technologies alternatives - a permis d'améliorer la sécurité. En termes de chiffres, depuis le début de cette année, nous n'avons déploré que deux tentatives d'agression, l'une sur un fourgon de la Brink's, et la seconde sur un véhicule de l'un de nos confrères. Au cours de la même période, une trentaine de véhicules banalisés au moins a été attaquée : les systèmes alternatifs, qui maculent les billets, n'arrêtent pas les petits malfrats, qui espèrent récupérer une poignée de coupures à moindre risque, puisque les convoyeurs de véhicules banalisés ne sont pas armés. C'est pourquoi nous sommes opposés à ce mode de transport. Pour notre société, les moyens de protection ne sont pas exclusifs les uns des autres. Garantir la sécurité suppose de multiplier les couches de protection. Il s'agit d'une remise en cause permanente.

LSA La mise en place de ces mesures s'est traduite par une hausse des tarifs des transporteurs de fonds. Vont-il encore grimper ?

P. L. - Aujourd'hui, nous vivons les derniers effets de hausse avec la mise en place, dans nos fourgons blindés, de nouvelles technologies. À terme, notre objectif est que la totalité de nos transports de fonds soit protégée de la sorte. Nous en sommes aujourd'hui à 10 % et nous visons 15 % à la fin de l'année. Cela se traduit par des investissements importants et des hausses de coûts. Mais la réglementation, en autorisant les transports à deux convoyeurs au lieu de trois, devrait permettre de les compenser. Sur le plan social, le turn-over naturel de notre profession devrait permettre d'y pourvoir à terme. Il faut que les tarifs se stabilisent, car si nos services deviennent trop cher, le marché finira par se contracter.

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Article extrait
du magazine N° 1832

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