Le Printemps, de Jules Jaluzot aux Qataris

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Créé en 1865 dans la foulée du Bon Marché, Le Printemps fête cette année ses 150 ans. Retour sur un siècle et demi d’histoire mouvementée.

Le Printemps

Pas sûr que Jules Jaluzot, s’il revenait hanter les lieux de sa gloire, y reconnaîtrait grand-chose. Qu’importe, en vérité : c’est le propre des grandes réussites que d’échapper à leur créateur. Le grand magasin Le Printemps, devenu une institution, fête en ce mois de mai 2015 ses… 150 ans. C’est en effet le 11 mai 1865 que Jules Jaluzot, par acte notarié, obtient l’autorisation de créer son point de vente, dans un quartier de la Chaussée-d’Antin, à Paris, qui n’a encore rien de l’aspirateur à touristes qu’il est devenu.

Plus qu’un magasin… un grand magasin. Un concept encore novateur à l’époque, même si Boucicaut a déjà créé Au Bon Marché, treize ans plus tôt, en 1852. Jaluzot y a d’ailleurs fait ses armes, le temps de se forger une conviction : l’avenir est là, dans la vente de produits bon marché, à prix fixes : hors de question de marchander ici, comme c’est encore la règle ailleurs.

La dot apportée à son mariage par son épouse, une comédienne de la Comédie française, lui offre les fonds suffisants pour voir son rêve s’accomplir. Au Printemps est inauguré en novembre 1865. Les débuts sont d’emblée couron­nés de succès. Ce qui ne veut pas dire que tout aille dans le meilleur des mondes. Un incendie ravage les bâtiments en 1881 et il faut deux ans de travaux pour rouvrir. Au moins cela a-t-il le mérite de rebâtir de manière plus fonctionnelle, plus commerciale.

Un concept premium clairement assumé

En 1896, profitant de l’attractivité exercée par Le Printemps, un petit nouveau s’installe dans le même quartier parisien. Son nom ? Aux Galeries Lafayette. Pas encore le concurrent et rival du Printemps avec ses 70 m² de surface de vente seulement. Mais le signe, au moins, que Jaluzot a réussi son pari : son grand ­magasin compte dans le tout-Paris. Ascenseurs, éclairage électrique, tout ce qui fait la modernité d’alors est d’abord visible au Printemps.

Las, le début du XXe siècle s’avère plus délicat pour l’entreprise, qui subit de plein fouet la crise ! ­Suivant les méandres cycliques de l’économie française, Le Printemps ne reprend vraiment son essor – et sa place prépondérante dans le paysage commercial parisien – qu’après-guerre, dans les années 1950. Entre-temps, pour s’adapter à une société en mutation, Le Printemps, dans les an­nées 1930, fonde Prisunic, « hard-discount » de l’époque, quand les Galeries Lafayette, maintenant devenues le rival affirmé, font de même avec… Monoprix.

Depuis, le modèle du grand magasin dans son ensemble, et donc Le Printemps en particulier, évolue vers un concept « premium », plus ou moins assumé, avec comme cible prioritaire les masses de touristes qui affluent à Paris, plus que les consommateurs locaux. Preuve de cette stratégie : d’abord racheté par le groupe Pinault dans les années 1990, Le Printemps glisse ensuite aux mains du groupe italien ­Borletti, associé au fonds Rreef, en 2006, avant de passer sous pavillon qatari en 2013.

en dates

  • 1865 : création d’Au Printemps, par Jules Jaluzot
  • 1992 : rachat par François Pinault
  • 2006 : la famille Borletti prend le contrôle du Printemps
  • 2013 : rachat par des investisseurs qataris

En chiffres

  • 21 magasins Le Printemps en France
  • 1,6 Mrd € de chiffre d’affaires environ
  • 50% des ventes assurés par le seul magasin historique du boulevard Haussmann, à Paris

Source : LSA

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2368

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA