Le prix du lait au cœur des tensions

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Les organisations de producteurs laitiers et Lactalis se sont réunis le 25 août à Paris pour tenter de sortir de la crise. À l’heure où nous mettons sous presse, aucun accord n’a été trouvé. Le blocage se poursuit.

Depuis le lundi 22 août les producteurs, en grande difficulté depuis plusieurs années, occupent le siège du leader mondial des produits laitiers, à Laval, en Mayenne.
Depuis le lundi 22 août les producteurs, en grande difficulté depuis plusieurs années, occupent le siège du leader mondial des produits laitiers, à Laval, en Mayenne.© ©Créditphoto

Onze heures de négociations pour… rien. Les organisa­tions de producteurs qui rencontraient jeudi 25 août le groupe Lactalis à la Maison du Lait à Paris pour tenter de sortir de la crise, revaloriser le prix du lait et fixer des tarifs plus équili­brés entre le transformateur et ses éleveurs, n’ont pas obtenu gain de cause. Depuis le 22 août, le siège du leader mondial des produits laitiers, à Laval (Mayenne), est occupé par des producteurs laitiers qui dénoncent un prix trop faible de la tonne de lait.

En effet, Lactalis, qui récolte 20% de la collecte française, rémunère 257 € les 1 000 litres quand les concurrents paient 10 à 30 € de plus, comme Laita (290 € la tonne) et La laiterie Saint-Père (filiale d’Intermarché) 300 €. À l’issue de la réunion, Lactalis a consenti une hausse 23 € la tonne de lait. Une proposition que les producteurs laitiers ont immédiatement refusée, ces derniers réclamant au moins 290 € la tonne.

Un cri d’alarme

« Je considère que la médiation est terminée. On est dans une situation où l’on repart de zéro », regrette le médiateur des relations commerciales, Francis Amand. Pour Lactalis, « les organisations syndicales n’ont pas agi pour s’engager dans une sortie de crise, mais pour prolonger des actions et un bras de fer médiatique avec le Groupe Lactalis et nuire à son image ». Néanmoins, dès le lendemain, ce dernier a décidé unilatéralement d’augmenter le prix à la tonne de 15 € à compter du 1er septembre. Dans la foulée, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a promis de présenter, le 30 août, un plan pour réguler la filière, et appelé à la reprise des négociations.

À Laval, l’échec des discussions renforce le mouvement des producteurs. De nouveaux tracteurs sont arrivés dans la nuit du 25 août, et la mobilisation devrait durer encore plusieurs jours. Un blocage qui sonne comme un cri d’alarme pour les producteurs laitiers, qui subissent une crise depuis plusieurs années, liée à l’em­bargo russe en 2014, à la fin des quotas laitiers en avril 2015 et à la baisse des importations chi­noises. Sans oublier le contexte de surproduction laitière. En deux ans, la production européenne affiche un excédent de 5 millions de tonnes. Ce qui oriente des cours mondiaux à la baisse.

Si en France, le prix du lait payé aux producteurs est supérieur aux autres pays européens (277 € les 1 000 litres en France contre 235 € pour l’Allemagne et les Pays-Bas), le monde agricole français est en grande difficulté. Et au-delà des rapports conflictuels avec les industriels, les producteurs veulent alerter Bruxelles. Avant l’été, la Commission européenne avait mis une enveloppe de 150 M€, à disposition des États qui rédui­sent leurs volumes de production. Mais le mécanisme doit encore se met­tre en route.

En chiffres

  • 257 €: le prix payé avant le blocage pour 1 000 de litres de lait par Lactalis aux producteurs, contre 277 € en moyenne en France

Source : LSA

Le contexte

  • Les producteurs laitiers subissent une crise sans précédent.
  • L’embargo russe, la fin des quotas laitierset la réduction des importations chinoises génèrent un surstock qui se traduit par l’effondrement des cours mondiaux.
  • Les producteurs bloquent le siège de Lactalis, le leader mondial des produits laitiers, pour faire pression et se voir accorder une hausse tarifaire.

« En tant que leader mondial des produits laitiers, Lactalis, se doit de montrer l’exemple et de rémunérer justement les producteurs. »

Thierry roquefeuil, président de la Fédération des producteurs laitiers (FNPL)

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Article extrait
du magazine N° 2424

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