Le rachat de Monoprix conditionné à des cessions

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En annonçant l'ouverture de la phase dite 2 de l'enquête concernant le rachat de Monoprix par Casino, l'Autorité de la concurrence demande en filigrane au groupe de Jean-Charles Naouri de prévoir des cessions de magasins à Paris et peut-être en province.

La fumée blanche concernant le rachat des 50% de Monoprix détenus par les Galeries Lafayette, au groupe Casino, sortira-t-elle d'ici à soixante-cinq jours ? C'est le délai que donne l'Autorité de la concurrence au groupe de Jean-Charles Naouri, dans le cadre de la phase dite 2 de l'enquête sur cette opération de concentration, « qui lève des doutes sérieux d'atteinte à la concurrence », selon la formule des Sages de la rue de l'Échelle, notamment à Paris. Pas étonnant, ceux-ci avaient déjà émis un avis en ce sens il y a un peu plus d'un an, qui avait fait couler beaucoup d'encre. Et provoqué l'ire du patron de Casino, qui avait porté l'affaire jusqu'au Conseil d'État.

Une situation parisienne vue par Casino

  • Chiffre d'affaires du marché alimentaire parisien 6,2 Mrds €
  • Part de marché de Casino-Monoprix 36,5%, soit 2,3 Mrds € de CA
  • Part de marché en valeur cumulée de Casino et Monoprix, selon Kantar Worldpanel, 38,5%
  • Part de surface, selon Mapp, un cabinet spécialisé, 33%
  • L'écart de prix chez Casino pour les marques nationales par rapport à Carrefour City - 2% et - 5,6% pour les MDD
  • Un client de Franprix ne réalise que 14,9% de ses achats alimentaires chez Franprix à Paris, contre 30,8% chez Carrefour et 26,5% chez Leclerc

Source : Casino

Lequel avait considéré finalement que l'Autorité était fondée à émettre de tels avis. Ce n'est pas le seul rebondissement du rapprochement Casino-Monoprix. L'avis de l'Autorité sur la position dominante de Casino à Paris avait été émis avant même que les Galeries Lafayette, l'autre actionnaire de Monoprix avec Casino, n'exercent une option de vente contraignant Casino à lui racheter les 50% qu'il détenait.

La vision de l'Autorité de la concurrence

  • Chiffre d'affaires du marché alimentaire parisien 3,7 Mrds €
  • Part de marché en valeur cumulée par Casino-Monoprix sur le marché parisien, entre 56 et 64%
  • Part de surface 61,7%, dont : 50% dans la moitié des quartiers parisiens, 80% dans 11 des 80 quartiers, que compte la capitale
  • L'écart de prix par rapport aux concurrents selon l'intensité concurrentielle, de + 2% à + 15%
  • 375 magasins de Casino, 53 Monoprix, 31 Monop'et 5 Dailymonop' à Paris

Source : Autorité de la concurrence

Vision divergente

Le montant devait découler des clauses juridiques inclues dans l'option de vente. Sauf que la lecture par les Galeries Lafayette et le groupe Casino était loin d'être la même. Pour le groupe de Philippe Houzé, Monoprix valait 1,35 millliard d'euros. Pour Jean-Charles Naouri, seulement 700 millions. En juin 2012, un accord met fin au conflit : Casino met la main sur les 50% de Monoprix qui lui manquent pour 1,17 milliard d'euros, et près de 500 magasins.

Reste que cette opération de concentration est conditionnée à l'aval de l'Autorité de la concurrence. Dès lors, il faisait peu de doutes que cette dernière revienne sur sa vision concernant la position Casino-Monoprix à Paris. Dans son avis, en découpant la capitale en 80 zones de chalandises, l'Autorité considère que le groupe Casino, avec Monoprix, Monop', Casino, Franprix, Leader Price, Casitalia et Vival, détient « entre 56 et 64% » de parts du marché parisien de l'alimentaire, 50% des surfaces de vente dans la moitié des quartiers parisiens et 80% dans 11 quartiers. Ce n'est pas du tout la vision de Casino, qui estime que sa part est seulement de 36,5% sur un marché alimentaire de 6,2 milliards d'euros. De fait, l'avis de l'Autorité de la concurrence n'a pas tenu compte des autres formes de commerce alimentaire, ni de la pression concurrentielle exercée par les hypermarchés de périphérie...

C'est évidemment sur ces sujets que vont porter les débats. L'Autorité, en lançant la phase 2, semble aussi mettre la pression sur Casino pour que le groupe propose « des remèdes qu'il conviendrait d'apporter à d'éventuelles atteintes à la concurrence ». C'est-à-dire, qu'il s'engage à revendre des magasins. Les concurrents potentiels seront consultés et pourraient d'ailleurs donner leurs idées à l'occasion. Il est même rappelé que ce délai peut être prolongé « si nécessaire, par exemple pour mener à bien la finalisation d'engagements ou pour tenir compte d'un fait nouveau ». Autrement dit, Casino peut mettre à profit la phase d'enquête approfondie s'il consent à renoncer à un certain nombre de magasins parisiens. Lesquels, combien, quelles enseignes, à qui ? Gardera-t-il des Monoprix au détriment des Franprix ? Nul ne sait.

Le calendrier

  • 6 février 2013 Notification de l'opération de prise de contrôle exclusif sur Monoprix à l'Autorité de la concurrence
  • 13 mars 2013 Fin de la première phase d'examen et décision d'ouverture d'une phase 2
  • Négociations 65 jours ouvrés avec possibilité de prolongation
  • Début juin 2013 Fin de la phase 2 (si pas d'accord sur les engagements)
  • Juillet Décision finale de l'Autorité

Pépite urbaine

Et si Paris est concerné, il existerait aussi des risques dans quelques villes de province, « mais de manière très marginale », précise-t-on de sources proches du dossier. Il faut aussi rappeler que le problème à résoudre ne concerne que le périmètre d'une petite centaine de magasins Monoprix - sur les 500.

Avec 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, une marge opérationnelle supérieure à 7% et un concept urbain qui nourrit une croissance constante, Monoprix reste une pépite que Jean-Charles Nourri n'entend pas laisser tomber dans d'autres mains. Dans un communiqué aux investisseurs, le groupe indique que la phase 2 lui « permettra d'exposer tous ses arguments à l'Autorité », notamment la « pression concurrentielle exercée par les autres formes de commerce alimentaire que les supermarchés ainsi que par les hypermarchés de la périphérie ». Comme Houra, Picard, les nombreux marchés ou Auchan Bagnolet et tous les hypers qui livrent Paris. Et Jean-Charles Naouri compte bien conclure le rachat définitif des 50% détenus par les Galeries Lafayette en juillet prochain, après les décisions de l'Autorité de la concurrence.

Même en intégrant les hypermarchés de périphérie, la part de marché de Casino n'est pas significativement plus faible, de 4% seulement.

Thierry Pfister, l'un des auteurs de l'avis sur la position de Casino à Paris, en janvier 2012

La phase 2 permettra à Casino d'exposer tous ses arguments à l'Autorité, notamment la pression concurrentielle d'autres formes de commerce alimentaire et les hypermarchés de périphérie.

Communiqué du groupe Casino à l'annonce de la phase 2, le 13 mars 2013

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Article extrait
du magazine N° 2266

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