Le rappel de l'histoire

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Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

Un peu d'histoire. C'est en 1899, à Detroit (Michigan), que Sebastian S. Kresge ouvre son premier établissement, un « five-and-ten-cent store », sur le modèle de ceux de Frank Woolworth. En 1912, ce qui est devenu Kmart compte déjà 85 magasins. Dans les années 60, ce distributeur domine allègrement son marché. On dit de lui qu'il a défini une nouvelle façon de faire les courses, qu'il offre une solution à bas prix et qu'il s'attache à comprendre les clients. Autrement dit, c'est un modèle. À tel point que, dans les années 70, Kmart ouvre 250 unités par an et décime la concurrence. Trop confiants, trop sûrs d'eux, les dirigeants de l'enseigne lèvent alors le pied. Ils estiment, à tort, que la notoriété de leur marque suffit à attirer les foules. Pourtant, quelques brèches apparaissent avec, notamment, des magasins délabrés. Résultat : une désaffection des clients. 110 points de vente sont fermés en 1993. À la différence de son nouveau concurrent, Walmart, Kmart n'a pas investi dans l'informatique. Grâce à son réseau satellitaire, à ses entrepôts de données, à la mise en place d'une véritable supply chain et à l'instauration d'un nouveau style de collaboration avec les fournisseurs, Walmart a tout écrasé (ou presque) sur son passage. Le 22 janvier 2002, Kmart se met sous la protection de la loi sur les faillites. Plus de 300 magasins sont fermés et 34 000 employés licenciés. Le 24 mars 2005, l'enseigne fusionne avec Sears, Roebuck and Company. Histoire d'une descente aux enfers.

Ce petit rappel paraît nécessaire tant il arrive à l'histoire de bégayer. Dans les années 80 et 90, Walmart a détrôné Kmart parce que son fondateur, Sam Walton, est arrivé avec des idées neuves. En face, les vieux dinosaures n'ont rien vu venir et, surtout, ils n'ont pas voulu changer leurs pratiques et leurs habitudes. Aujourd'hui, le petit épicier de Bentonville (Arkansas) est devenu le numéro un mondial de la distribution. Mais il est à son tour attaqué par un nouveau commerçant, Amazon. D'un côté, un géant né en 1962, cumulant 444 Mrds $ de chiffre d'affaires et 2,1 millions de salariés. Et de l'autre, une start-up créée en 1995, comptant déjà 48 Mrds $ de chiffre d'affaires et 68 000 salariés. Le premier pâtit d'une image peu reluisante, et le second a, à sa tête, Jeff Bezos, un président que l'on qualifie de visionnaire. Il casse les codes et les modèles économiques. La question est donc de savoir si les dirigeants de Walmart auront cette lucidité, cette envie et les moyens de réagir, de rebondir, donc de répliquer. Ou s'ils camperont sur leur position, sur leurs certitudes... Dit plus crûment, Amazon va-t-il contester le leadership de Walmart ou, bien au contraire, l'e-commerçant se contentera-t-il d'être un simple concurrent de plus ? Une bataille de géants s'annonce. Et comme celle entre Kmart et Walmart, elle préfigure le paysage commercial de demain. Car celui qui l'emportera imposera ses méthodes.

YPUGET@INFOPRO.FR

 Walmart a écrasé Kmart parce que son fondateur, Sam Walton, est arrivé avec des idées neuves.

 

 

 

 

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Article extrait
du magazine N° 2227

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