« Le rapport Charié va dans le bon sens »

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ENTRETIEN - Le patron d'Immo Mousquetaires, filiale développement des Mousquetaires, en charge de la création de mètres carrés, estime que le rapport Charié va dans le bon sens, y compris le nouveau pouvoir des maires et les nouvelles contraintes environnementales préconisées.

LSA Le rapport Charié remis au Premier ministre devrait déboucher sur une nouvelle loi. Qu'en pensez-vous ?

Philippe Boutron - Il s'agit d'un rapport positif, proposant une vraie réforme de l'urbanisme commercial, alors que les lois précédentes n'avaient permis que de toiletter les lois Royer et Raffarin. La préconisation qui vise à encadrer l'aménagement commercial dans le cadre de schémas de cohérence territoriaux (Scot) va dans le bon sens, et permettra un développement des implantations plus harmonieux tout en donnant plus de place à la concertation.

LSA Est-ce une bonne chose de supprimer les CDAC et la CNAC, derniers vestiges de la loi Royer dans le Code de commerce ?

P. B. - Le rapport prévoit que les nouvelles installations s'inscrivent dans le respect de règles d'urbanisme, préalablement définies par des commissions composées d'élus et de professionnels. Les CDEC en vigueur avant la LME ont pris des décisions d'autorisation ou de refus pas toujours justifiées. Actuellement, avec les CDAC créées par la LME, les choses restent un peu compliquées. Elles sont plus ou moins mises en place selon les départements, et les textes réglementaires qu'elles doivent appliquer ne sont pas d'une précision absolue. Une complexité à laquelle est venue s'ajouter, en 2008, la période de transition facilitant l'extension des surfaces puis la limitant, qui a jeté le trouble. Enfin, les CDAC doivent intégrer des notions de développement durable et de flux, que nul ne maîtrise parfaitement. Mais nous apprenons, avec leurs membres, en marchant, à intégrer ces critères, qui remplacent les critères économiques et de zone de chalandise prévalant dans le passé.

LSA Le nouveau pouvoir qui serait donné aux maires est-il de nature à vous inquiéter ?

P. B. - Le fait que les règles soient préalablement établies par les élus dans le cadre des Scot limitera de facto le rôle des maires concernés par l'attribution des permis de construire à veiller au respect de ces règles. Bien sûr, tout dépendra de la pertinence des Scot et des documents d'aménagement commercial. Les critères ne devront pas être trop flous. De plus, à l'heure actuelle, les élus sont déjà majoritaires dans les CDAC, et ils étaient à parité avec les professionnels et les personnalités qualifiées dans les CDEC. Leur pouvoir ne pose pas de problème. D'ailleurs, les CDEC ont été supprimées en raison de la présence, parmi leurs membres, de représentants des chambres de commerce, lesquels pouvaient être juges et parties.

LSA Ces Scot, PLU et Dac ne vont-ils pas compliquer le droit d'installation ?

P. B. - Je ne crois pas, mais tout dépendra de ce qui sera écrit dans les Scot. En tout cas, nous sommes prêts à participer avec les élus à l'élaboration des textes, notamment avec les chambres de commerce. Certes, il y a actuellement des plans locaux d'urbanisme (PLU) de certaines villes non conformes au droit. Il ne faudrait pas que la complexité juridique vienne contredire l'intention du législateur. On sait qui seraient les seuls gagnants : les juristes !

LSA Que pensez-vous des quatre niveaux d'envergure des projets d'installation, sans référence aux surfaces ?

P. B. - L'approche est pertinente, sous réserve de ne pas laisser place à des projets surdimensionnés par rapport aux zones de chalandise, sans quoi l'équilibre économique des différents types de commerces pourrait ne pas être respecté. C'est ce qui peut être inquiétant par rapport à l'ancienne formule d'autorisations basée sur des études d'impact économique et de densité commerciale de la zone de chalandise. Mais la loi interdit d'y faire référence, sur injonction de Bruxelles.

LSA Le rapporteur préconise d'interdire l'implantation en plein champ pour favoriser les centres et les entrées de ville. Est-ce une bonne idée ?

P. B. - Je crains qu'il s'agisse pour partie d'un voeu pieux. Les centres-villes sont difficiles à restructurer, certains sont historiques, d'autres sans parking. Nous nous y intéressons tout de même beaucoup, avec des points de vente qui vont jusqu'à 3 000 m2, comme l'Intermarché au centre de Dijon, ou celui de 5 000 m2 à Rouen. Nous visons d'autres villes et sommes intéressés par les projets urbains des promoteurs, au centre comme en entrée de ville, dont la laideur nous choque aussi. Je crois que les consommateurs ne sont plus enclins à fréquenter les centres commerciaux de périphérie et à faire de grands déplacements comme dans le passé. On a changé d'ère, d'habitudes, et la crise est un facteur d'accélération. Les Drive, que nous développons actuellement chez Intermarché, en témoignent. Mais il faut tenir compte de l'évolution démographique, des structures autoroutières. Un centre tel que Domus, dédié à l'équipement de la maison, en région parisienne, a tout son sens. Ce qui est important, c'est de pouvoir répondre à toutes les possibilités, quelle que soit la taille des commerces. C'est pourquoi les Mousquetaires investissent sur tous les formats tout en respectant une stratégie de proximité et de discount.

LSA Des critères d'architecture et d'écologie, à géométrie variable, pourront être imposés. Qu'en pensez-vous ?

P. B. - Le vrai danger serait d'être contraint à surinvestir dans les points de vente, sans possibilité de retour ou avec une augmentation du prix de vente des produits pour conséquence. Il faut être vigilant. Cependant, l'orientation est bonne. D'ailleurs, nous avons mis au point huit points de vente intégrant des éléments Haute Qualité environnementale, comme celui de Châtillon doté d'un toit végétal, afin de tester des technologies innovantes en matière de développement durable et d'économie d'énergie. Véritables vitrines pour nos élus, ils nous apporteront un savoir-faire pour nos futurs magasins ou lors des restructurations de sites. Nous sommes la première enseigne française pour le nombre de mètres carrés créés chaque année, nous devons montrer l'exemple en matière de développement durable.

LSA Combien de projets avez-vous ?

P. B. - Le groupement va ouvrir 150 000 m2 en créations, transferts et agrandissements en 2009, et nous avons 500 000 m2 en réserve pour les années futures. Nous allons intensifier les projets de 1 000 m2 qui ne nécessitent pas d'autorisations, dont 500 Netto, sur le modèle des cinq Netto au nouveau concept testés avec succès en 2008 (une réussite, le concept ayant permis de doubler leur chiffre d'affaires). Idem pour la proximité rurale avec Écomarché, et la proximité urbaine. Nous avons une force de frappe de développement très importante. Nous avons fait nos preuves, nos performances sont démontrées, les adhérents n'hésitent donc pas à lancer leurs investissements. Par ailleurs, nous visons 300 très grandes surfaces de plus de 3 000 m2, contre 130 actuellement. Tout cela en concertation avec les maires des communes concernées.

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Article extrait
du magazine N° 2086

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