Le rôle primordial des distributeurs dans la lutte contre le gaspillage alimentaire

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TRIBUNE D'EXPERTS 54% de la production agricole n’est pas mangé, rappelle Axel Culoz, senior advisor pour AlixPartners Paris, dans cette tribune pour LSA. C’est un enjeu majeur tant sur le plan environnemental qu’économique. Agriculteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs, tous ont un rôle à jouer pour sauver fruits, légumes et autres produits de la poubelle.

Axel Culoz, senior advisor AlixPartners Paris
Axel Culoz, senior advisor AlixPartners Paris© DR

Le 16 octobre a lieu la journée nationale de la lutte contre le gaspillage alimentaire, en lien avec la journée mondiale de l'alimentation. Les chiffres donnent le tournis : selon les Nations Unies, la perte de produits – à la fois avant leur mise en vente, en magasin et dans les placards et réfrigérateurs des consommateurs – dépasserait les 1000 milliards de dollars par an. Autrement dit, 54% de la production agricole n’est pas mangé. C’est un enjeu majeur tant sur le plan environnemental qu’économique. Agriculteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs, tous ont un rôle à jouer pour sauver fruits, légumes et autres produits de la poubelle. Mieux combattre le gaspillage alimentaire est certes une réponse au défi mondial de nourrir une population croissante, mais aussi à des enjeux plus immédiats pour les agriculteurs et les distributeurs, qui subissent une pression plus forte d’une société civile préoccupée par le réchauffement climatique, le bien-être animal et en demande de transparence et de circuits plus courts. 

2,5 millions d'euros de pertes par mois pour un hyper, 500 000 pour un supermarché !

Pour les distributeurs, être précurseurs dans la lutte contre le gaspillage alimentaire est autant une question d’image que d’espèces sonnantes et trébuchantes. L’équipe « retail & consumer goods » d’AlixPartners Paris et CentraleSupélec ont étudié, entre octobre 2020 et juillet 2021, les données fournies par plus de 200 hypermarchés et 100 supermarchés. D’après cette étude, la perte représente 3% du chiffre d'affaires en moyenne pour un hypermarché, soit plus de 2,5 millions d'euros par mois pour l’échantillon. Pour un supermarché, le niveau est plus élevé, 3,4 % du chiffre d'affaires, soit plus de 500 000 euros par mois. Le potentiel d’économies et donc très important !

Mais cela semble plus facile qu’à faire, tant les causes sont multiples. Toujours d’après l’étude, les raisons les plus fréquentes d’un taux de perte élevé sont d’abord ceux qui expliquent la bonne ou mauvaise performance globale d’un magasin : des prix trop élevés, mais aussi le manque de ressources humaines et, surtout, des quantités mal équilibrées. Pour réduire le gaspillage, savoir prévoir les ventes est clé : l'analyse prédictive classique ne suffit plus, des modèles plus complexes incluant des sources de données multiples et permettant des ajustements en temps réel sont nécessaires. Le graal est de savoir prévoir l’attrait des tomates et baguettes en fonction de la localisation du magasin, du jour dans l’année, de la météo, des variations de fréquentation - en raison d’opérations de promotion ou d’événements externe – de leur localisation dans le magasin, et, même, du client. Car si ce dernier apprécie de trouver le produit qu’il recherche, il appréciera sans doute aussi qu’on l’aide dans la réduction de son propre taux de chute, c’est-à-dire à jeter moins.

D’après une autre enquête menée en parallèle par AlixPartners et CentraleSupélec auprès de ménages dans trois pays (1500 répondants en France, en Grande-Bretagne et en Italie), il existe des écarts importants entre consommateurs, en fonction de la nature des produits, du pays et au sein d’une même population : 24% estiment ainsi gaspiller une fois par mois ou plus en France, contre 52% Outre-Manche. Les répondants déclarent également que les fruits, légumes et le pain finissent le plus souvent à la poubelle (respectivement 41% et 38%), plus que la viande, le poisson (17%) et les produits laitiers (14%). Et ce parce qu’ils ne sont plus aptes à la consommation ou juste plus appétissants, car ils ont été mal conservés ou achetés en quantités trop importantes.

La mise en place de rayons dédiés aux produits à date courte ou encore les conseils de conservation ou les recettes anti-gaspi sont de bonnes initiatives. Mais les distributeurs doivent aller plus loin, car il ressort aussi de l’étude que, contre toute attente, les jeunes, surtout les moins fortunés, gaspillent en moyenne plus que leurs ainés. Et ce même s’ils ont l’application Too Good to Go dans leur téléphone. Les célibataires et ceux qui espacent leurs courses ont également tendance à gaspiller plus. C’est eux que les distributeurs ont tout intérêt à accompagner en premier. Connaitre son client pour mieux le servir est primordial, c’est aussi vrai en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire.

A propos de l'auteur :
Axel Culoz est Senior Advisor au sein de l’équipe distribution & biens de grande consommation d’AlixPartners, particulièrement sur les questions d’innovation dans la chaîne logistique. Axel a acquis de multiples expériences dans le domaine des opérations, en tant que consultant, directeur des opérations et professeur d'université où il dirige un programme consacré aux livraisons en ville, au niveau européen. A ces différents titres et en lien avec l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, il est impliqué dans des études et des projets sur le gaspillage alimentaire. Il a également exercé en tant qu’expert pour l’UE pendant plusieurs années.
A propos d’AlixPartners :
AlixPartners est un cabinet international de conseil. Les consultants d’AlixPartners sont spécialisés dans la restauration de la performance et la création de valeur à chaque étape de la vie de l'entreprise. AlixPartners intervient sur des situations à fort impact pour leurs clients et offre des résultats durables et notables. Depuis 1981, AlixPartners a choisi une approche unique, en travaillant avec des équipes réduites de consultants expérimentés pour assister les conseils d'administration et les manageurs, les cabinets d'avocats, les banques d'investissement et les investisseurs à gérer les problématiques complexes auxquelles leur entreprise peut être confrontée. Plus d’information sur : www.alixpartners.com
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