Marchés

Le rosé se prépare un bel été

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Cette couleur a clairement le vent en poupe. Elle résiste bien mieux à la crise que les autres vins, car elle s'adapte aux nouveaux modes de consommation... Si toutefois les prix ne s'envolent pas.

Souvenez-vous. L'an dernier, à la même époque, les producteurs de rosé étaient rouges de colère. La Commission européenne était sur le point d'autoriser la commercialisation de rosés issus de la technique du coupage. Conséquence, ce vin, le plus vieux du monde, aurait pu être obtenu en mélangeant du blanc et du rouge. Autant dire, donc, une piquette. Inacceptable pour les vignerons français qui, depuis toujours, utilisent des techniques pointues, comme celle de la saignée (macération limitée de raisins rouges). Ouf, sous la pression, la Commission a renoncé au coupage. Le débat a fait couler beaucoup d'encre et a eu le mérite d'apprendre aux Français qui ne le savaient pas que le rosé n'est pas un élixir de seconde zone, même s'il n'existe pas de grands crus comme à Bordeaux.

 

Une campagne de communication très positive 

« Cette polémique nous a incité à communiquer et à engager plus de synergie entre les entreprises, pour, notamment, adopter une signature commune », explique François Millo, directeur du Conseil interprofessionnel des vins de Provence. De fait, la campagne de communication « couper n'est pas rosé » a été reçue favorablement par 58 % des personnes interrogées. Le débat du coupage a-t-il soutenu les ventes ? C'est bien possible. Cette couleur a solidement le vent en poupe : elle représente 722 millions d'euros sur un total de 3,45 milliards, soit 20,9 % de la catégorie des vins tranquilles (en CAM à fin février 2010, selon les données Iri France, d'après industriels). Sur l'année 2009, c'est celle qui a permis au marché du vin de résister à la crise, avec une progression des ventes en volume de 9,9 %, tandis que le rouge (- 1,5 %) et le blanc (- 1,5 %) étaient à la peine.

Les raisons ? « Le rosé s'inscrit bien dans les nouveaux modes de consommation, suggère Daniel Zebic, directeur commercial GMS de Sénéclauze, le spécialiste des vins de domaines de Provence. Les consommateurs considèrent que le rosé est plus léger que le rouge, moins assimilé aux repas gastronomiques, et moins complexe à acheter. » « C'est un vin associé aux plaisirs simples, complète Aurélie Degoul, responsable de la communication de l'acteur languedocien Gérard Bertrand. D'ailleurs, nous pouvons nous permettre plus de fantaisie sur l'étiquette que sur le rouge ou le blanc. » La seule contrainte pour se garantir de belles ventes est d'obtenir une jolie couleur, ni fadasse ni criarde, ce qui n'est pas évident d'un point de vue technique. 

 

Des prix en forte hausse dus à l'intérêtdes marques de distributeurs

Devant cet engouement, les acteurs se félicitent de produire du rosé. « Toutes nos marques déclinées en rosé [Aimé Roquesante, Plessis-Duval cabernet d'Anjou, Ormes de Cambras, etc., NDLR] progressent, assure Rachel Edme, chef de groupe de Castel Frères Marques. Ainsi, nous avons lancé le bordeaux Baron de Lestac rosé en mars 2009. 512 000 cols ont été vendus en l'espace de dix mois. » « Tous circuits confondus, nos ventes de rosés ont bondi de 50 % cette année », poursuit Aurélie Degoul chez Gérard Bertrand. D'ailleurs, cette entreprise languedocienne a mis l'accent sur cette couleur en lançant un grenache rosé, rosé clair, fruité et léger sous la marque Gio, un côtes-du-roussillon Sang et Or, deux rosés dans la gamme Art de Vivre, un vin de pays d'Oc, un AOC languedoc, et un corbières Domaine Haut Saint-Georges assez corsé. Le prix de ce dernier vin ? 5,9 E. Pas donné pour un rosé. En effet, il existe pour cette couleur, plus que pour les autres, un prix psychologique à ne pas dépasser. Par exemple, le prix moyen d'un vin de pays d'Oc vendu en grande distribution est à 1,79 E le litre, soit bien en dessous des rouges et blancs du même pays. Parmi les régions qui valorisent bien leurs rosés, l'incontournable Provence, mais aussi la Loire, bien qu'en 2009 cette région était en manque cruel de vrac. D'ailleurs, quand Franprix a lancé une gamme complète de dix élixirs, son oenologue maison a choisi un cabernet d'Anjou (Loire) et un côtes-de-provence pour ses deux rosés.Rançon de ce succès du rosé, Franprix et ses confrères distributeurs ne laissent pas passer cette manne. Les MDD fleurissent dans tous les rayons. Quitte à tendre le marché. « Quand Leclerc a lancé sa MDD en bandol, vous avez tout à coup 200 magasins qui proposent du vin de cette petite appellation provençale, décrit un viticulteur. De quoi absorber une bonne partie des volumes et faire grimper en flèche les prix. » L'inflation à Bandol, entre 2009 et 2010, est estimée à 5 %. En trois ans, le prix des rosés de Provence a bondi de 20 à 30 %. À l'arrivée, des prix trop élevés pourraient gâcher la fête...

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