Le segment vert en quête de clarté

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

DossierLes grandes marques de produits d'entretien se lancent dans les produits écologiques. Mais entre naturel, biologique ou végétal, le consommateur a encore du mal à cerner la différence.

Certifiés Ecolabel, les produits d'Action Pin, comme Enzypin, produits par la chimie du végétal, sont destinés aux professionnels, très exigeants sur l'efficacité.
Certifiés Ecolabel, les produits d'Action Pin, comme Enzypin, produits par la chimie du végétal, sont destinés aux professionnels, très exigeants sur l'efficacité.© PHOTOS DR

L'écologique est à la mode. Pour la première fois, les Français se montrent plus soucieux de l'état de l'environnement que de celui de l'économie, selon l'étude ImagePower Global Green Brands 2011, réalisée par l'institut PSB. Ce qui n'était jamais arrivé depuis sa première édition, en 2006. Après l'alimentaire, l'entretien de la maison constitue la deuxième catégorie de produits verts les plus consommés par les Français, devant l'hygiène-beauté. Dans cette logique, les grandes marques reverdissent leur blason ! Après Ajax Natura verde l'année dernière, c'est au tour de Cif de jouer la carte écolo avec Cif Power pro natural. « Il possède 88 % d'ingrédients d'origine naturelle, sans compter l'eau », décrit Stéphanie Ruffin, chef de produits Cif et Domestos pour Unilever. Soit, mais qu'est-ce qu'un produit naturel ? Un produit qui n'est pas de synthèse. C'est-à-dire qu'il provient de ressources animales (comme la cire d'abeille) ou végétales. « Par exemple, l'acide citrique utilisé n'est plus engendré par des dérivés [par fermentation de champignons, NDLR], mais est issu de canne à sucre et de betterave », précise Stéphanie Ruffin.

Cosmos, réponse future au casse-tête des labels

Pour certifier leurs produits, les fabricants ont le choix entre divers labels, qui correspondent chacun à des niveaux de législation différents. Ecocert est délivré par l'organisme indépendant éponyme. Il caractérise des produits issus de l'agriculture biologique. De même, le label AB (agriculture biologique) s'applique dans l'alimentaire, Cosmebio dans les cosmétiques, etc. Ces labels indépendants seront harmonisés en 2012 et réunis sous le nom de Cosmos pour être mieux identifiés des consommateurs. L'Ecolabel, lui, est européen. Créé en 1992, il certifie les produits qui minimisent leur impact sur l'environnement, depuis la sélection des matières premières jusqu'à leur fin de vie.

La contrainte du label bio

Pour l'entretien de la maison, les végétaux dominent (lire l'interview ci-dessous). Mais ce n'est pas parce qu'un produit est « naturel » qu'il est biologique ou écologique pour autant. « Tout ce qui est naturel n'est pas forcément bon une fois rejeté dans l'environnement ! », pointe Géraldine Séjourné, responsable marketing de L'Arbre vert. En effet, les dénominations « biologique » et « écologique » exigent une certification précise (Ecocert ou Ecolabel, notamment), qui tient compte de la problématique du cycle de vie, impliquant l'emballage, mais aussi des fournisseurs de matières premières. Ceux-ci doivent eux-mêmes respecter les contraintes propres à chaque certification. Par exemple, travailler en agriculture biologique pour que le produit final reçoive l'estampille Ecocert. Ces labels sont accordés après une procédure de certification et non pas à l'issue de simples déclarations. Ils exigent des audits réguliers, et une démarche d'amélioration continue. La réglementation est revue régulièrement en fonction des avancées technologiques.

Les grandes marques se lancent dans le naturel

Après Ajax Natura verde, Cif propose une nouvelle référence naturelle, aux composants issus de la chimie végétale. « Pour récupérer les consommateurs déçus du bio », explique Stéphanie Ruffin, chef de produits pour la marque Cif. Ces produits ne sont pas labellisés. Ils peuvent ainsi être référencés dans le rayon entretien ménager général. Une des contraintes des labels est que, une fois certifiée, leur formule ne peut pas être modifiée. On ne peut toucher aucune matière première. Ce qui, en temps de hausse des prix, interdit de s'adapter rapidement pour réduire ses coûts.

Le prix freine les consommateurs

Mais toutes ces certifications et ces audits ont un prix. Toujours selon l'étude PSB précitée, 91% des sondés estiment que les produits verts sont plus onéreux que leurs homologues traditionnels. Ce taux est le plus élevé d'Europe. Trois Français sur quatre considèrent le prix comme le principal frein à l'achat de produits verts, 92% d'entre eux souhaitent que le gouvernement soutienne davantage l'innovation verte. Or, passer à la chimie du végétal sur certains composants peut se faire à moindre coût. Selon Christophe Rupp-Dahlem, président de l'association Chimie du végétal, « pour l'instant, avec les effets d'échelle, les coûts restent élevés. Mais cela s'atténuera avec la montée en puissance industrielle. Un changement de matière première est simple à effectuer. Dans ce cas précis, la reformulation peut se faire très rapidement ». L'association a mis en place une base de données, Agrobiobase, référençant les produits biosourcés afin de faciliter l'approvisionnement des industriels. Même s'ils ne demandent pas de certification, les industriels peuvent utiliser la chimie végétale, avec un impact modéré sur les prix.

Autre reproche : les produits verts sont souvent réputés moins efficaces. Or, de nombreuses marques issues du végétal et certifiées écologiques sont utilisées dans l'entretien professionnel, aux critères de qualité sévères. « Les réglementations sont plus strictes dans ce milieu », confirme Anne Le Gallet, chef de produits pour Action Pin, un fabricant de produits d'entretien pour professionnels à base de résine de pin, estampillés Ecolabel. « Les surfaces que nous devons nettoyer, comme des usines, sont réellement plus sales qu'une maison ! », s'exclame-t-elle. Toutefois, ces détergents sont plus onéreux et sans doute trop efficaces pour un particulier. « Il reste que la chimie du végétal n'est pas encore assez reconnue par les consommateurs, regrette Christophe Rupp-Dahlem. Il règne trop de confusion avec le bio. » Si 66 % des Français se reposent, plus que dans tout autre pays, sur les labels pour s'assurer qu'un nettoyant est respectueux de l'environnement, près de la moitié estiment qu'un excès de communication « naturelle » nuit à la compréhension. À trop valoriser le moindre bienfait écologique, le consommateur se perd et n'y croit plus. Deux solutions apparaissent : mieux l'éduquer ou rendre la législation plus stricte sur l'utilisation d'arguments naturels ou écologiques, afin d'endiguer le greenwashing.

CHRISTOPHE RUPP-DAHLEM, PRÉSIDENT DE L'ASSOCIATION CHIMIE DU VÉGÉTAL ET DIRECTEUR DES PROGRAMMES D'INNOVATION CHEZ ROQUETTE

« La chimie du végétal, une alternative »

LSA - Pouvez-vous définir ce qu'est exactement la chimie du végétal ?

Christophe Rupp-Dahlem - La chimie du végétal utilise les ressources issues de la biomasse pour créer des ingrédients servant à formuler des produits. Elle existait avant l'avènement des ressources fossiles comme le charbon ou le pétrole, mais a été supplantée par la pétrochimie. Dans le passé, ses formules étaient parfois moins efficaces. Mais avec la prise de conscience de la limitation des ressources pétrolières et de leur impact environnemental, des moyens ont été alloués, et la recherche a progressé. Des procédés biotechnologiques et chimiques apparaissent, permettant d'élaborer des produits à base d'agroressources aux propriétés comparables à celles des produits à base fossile.

LSA - Tout a-t-il donc vocation à devenir végétal ?

C. R.-D. - Il faut relativiser, la chimie du végétal n'est pas « la » chimie de l'avenir, mais une alternative. Elle vient remplacer, lorsqu'elle le peut, certaines molécules synthétisées à partir de pétrole, et peut conduire à des composants qui ont un impact plus faible sur l'environnement. Elle pourrait ainsi remplacer le bisphénol A dans les plastiques ou les phtalates dans le PVC. Et ce, tout en gardant les mêmes fonctionnalités. Par exemple, l'acide succinique, présent dans les pigments, s'élaborait à base d'hydrocarbures. On sait maintenant le créer à partir de glucose. Mais les agroressources permettent aussi de créer des composés sans équivalent pétrochimique, pour offrir des fonctionnalités inédites. Aujourd'hui, 7% des matières premières sont issues du végétal. L'objectif est d'arriver à 15% d'ici à 2017.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2203

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Recevez chaque semaine l’actualité des marchés, des distributeurs et des fournisseurs de produits bio et responsables, alimentaires et non alimentaires.

Ne plus voir ce message
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA