Le Sial sur fond de polémique

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L'ouverture du plus « grand supermarché du monde » a été l'occasion d'une joute entre l'Ania et le ministre de l'Agroalimentaire, accusé de nuire au secteur et sur fond de taxes pour la bière. Guillaume Garot, lui, a mis l'accent sur le gaspillage.

SIAL 2012

Chaude ambiance à Villepinte, près de Paris, où se tient le Salon international de l'alimentation, qui réunit près de 6 000 industriels venus présenter leurs innovations. Ici, se déroule un énorme « business », où l'industrie alimentaire française veut évidemment prendre sa part de gâteau. C'est encore l'un des rares secteurs dont la balance commerciale est positive (l'export l'emporte sur l'import) et qui bénéfice d'une belle image liée à la culture gastronomique. Les acheteurs des supermarchés du monde entier, les importateurs, les grossistes s'y précipitent tous les deux ans. C'est le rendez-vous à ne pas rater. D'ailleurs, pas moins de six ministres devaient s'y rendre : Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, de la Forêt et de l'Agroalimentaire, et Guillaume Garot, ministre délégué à l'Agroalimentaire, en premier lieu - ils ont inauguré le salon ce dimanche 21 -, mais aussi Arnaud Montebourg (Industrie), Delphine Batho (Environnement), Nicole Brick (Commerce extérieur) et Victorin Lurel (Outre-Mer)...

 

Des industriels exaspérés

Or, l'ambiance électrique n'est pas venue que du climat des affaires. Deux jours avant le Sial, l'Ania annonçait qu'elle boycotterait l'inauguration et ne serait pas aux côtés des deux ministres en charge du secteur. Pour deux raisons connexes. D'une part, l'augmentation drastique des taxes sur la bière dans le projet de loi de finances que discute actuellement le Parlement, et qui va assurément avoir des conséquences lourdes sur ce secteur. Et d'autre part, l'annonce faite par Guillaume Garot, la semaine précédente, de son intention de contraindre les industriels à modifier leurs recettes pour lutter contre l'épidémie d'obésité et à clarifier la lecture des étiquettes, incompréhensibles selon lui. Trop c'est trop.

Le président de l'Ania, Jean-René Buisson, s'est offusqué de cette déclaration et a décidé de ne pas être présent aux côtés des ministres lors de l'inauguration. « Nous ne voulons pas être la vache à lait du gouvernement, a-t-il déclaré. Nous sommes prêts à participer à des efforts. Mais nous voulons que le gouvernement soit objectif et non hypocrite, comme il l'est avec le débat sur les taxes comportementales. »

Les industriels seraient exaspérés. Ceux de la bière, notamment. « Aujourd'hui, je paie 500 € par mois de taxe, fustige Denis Georgeret, un brasseur d'Ile-de-France. Si elle augmente dans les proportions prévues, je paierai 2 080 €, ce qui représente une bonne partie d'un salaire. » Idem pour Régis Bouillon, directeur général des Brasseurs de Lorraine. « Cette taxe va représenter 40 000 € chaque année pour notre brasserie, soit un poste à temps plein que l'on avait en prévision. Si la taxe est adoptée, nous serons contraints d'y renoncer. »

Interrogé par LSA, Guillaume Garot a botté en touche. « C'est au Parlement de se prononcer. Il faut laisser les députés conduire le débat et, dès lors, le gouvernement fera connaître sa position. » Même si c'est Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, qui a proposé l'augmentation des taxes...

En réalité, Guillaume Garot avait déjà une autre thématique à défendre : le gaspillage. « Chaque Français jette de 20 à 30 kilos de nourriture par an, dont 7 kilos encore sous emballage », a-t-il expliqué. Le ministre délégué veut aussi que les grandes surfaces permettent « la vente à l'unité dans les rayons » ou encore « les promotions différées » pour éviter ces pertes. « Casino, Monoprix, Système U » seraient prêts à des actions en ce sens. Un nouveau site internet dédié va être créé, et il va aussi rencontrer les industriels.

 

Renouer le dialogue

La minicrise du début de semaine avec ces mêmes industriels est-elle terminée ? Pas avant le vote sur les taxes, mais Jean-René Buisson a pris un café avec Stéphane Le Foll et Guillaume Garot au Sial, dimanche matin, pour renouer le dialogue. Et à cette occasion, les deux ministres ont souligné... leur action auprès de la nouvelle banque BPI, présidée par Jean-Pierre Jouyet, « dont l'agroalimentaire est au coeur des préoccupations ». Il y aura de l'argent disponible. Plusieurs centaines de millions d'euros. Ciel ! Juste à côté du coeur que les ministres ont pour les entreprises alimentaires, il y a aussi un portefeuille... Cela vaut bien une réconciliation !

Les taxes comportementales

  • L'alimentation est de plus en plus touchée par les taxes comportementales, au nom de la lutte contre l'obésité ou l'alcoolisme. Les alcools et les boissons sucrées en ont fait les frais : 340 M€ de taxes supplémentaires pour les premiers et 300 M€ pour les secondes l'an dernier. Si le Parlement adopte les taxes pour la bière, l'augmentation sera de 480 M€, pour atteindre, au total, 820 M€.

L'obésité en ligne de mire

  • Guillaume Garot, ministre délégué à l'Agroalimentaire, reprend l'antienne d'un lien entre l'alimentation et l'épidémie de surpoids et d'obésité, et veut contraindre les industriels à changer les recettes et réduire les teneurs en sel, en sucre et en corps gras. Des réunions devraient débuter en novembre. Il demande également une modification des étiquettes, considérant que, « pour les comprendre, il faut être chimiste ».

La lutte contre le gaspillage

  • Le gaspillage fait perdre chaque année 400 € pour une famille de 4 personnes, selon Guillaume Garot, ministre délégué à l'Agroalimentaire. Il veut revoir le principe du retrait des produits des rayons avant la date de péremption pour les réorienter vers l'aide alimentaire, et inciter les enseignes à proposer davantage de produits à l'unité ou à limiter les promotions de type « 3 pour le prix de 2 », qui seraient aussi facteur de gaspillage...

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Article extrait
du magazine N° 2248

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