Le siège social en question

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EDITORIAL « Il convient de modérer les critiques en remarquant que, dans d'autres pays, des géants de la distribution souffrent des mêmes maux... »

Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Depuis des mois, la rumeur court : le siège social de Carrefour va devoir suivre un « régime minceur ». Tant que cette opération n'est pas avérée et que ses éventuelles modalités ne sont pas connues, il faut bannir toute déclaration à l'emporte-pièce du style « c'était mieux avant », éviter d'accuser le seul « embourgeoisement» ou de jeter l'opprobre sur l'actionnaire. Non, la vérité est beaucoup plus complexe : ce débat sur le coût des sièges sociaux concerne tous les distributeurs, en France comme à l'étranger. Et il est aussi vieux... que le commerce moderne. Certes, du temps des Defforey ou des Halley, les sièges sociaux n'étaient pas pléthoriques. Les pères fondateurs veillaient au grain. S'ils adoraient voir les parkings de leurs magasins pleins à ras bord, ils voyaient d'un très mauvais oeil lorsque celui de leur siège social affichait complet.

Entre-temps, les choses ont bien changé et les distributeurs ont embauché à tour de bras à Saint-Étienne, Massy, Ivry ou Villeneuve-d'Ascq. Les groupes régionaux sont devenus nationaux, puis mondiaux. De nouvelles technologies ont permis de centraliser un grand nombre de fonctions. Les livraisons directes en magasins ont été remplacées par des plates-formes d'éclatement et autres entrepôts. L'assortiment a explosé en quelques années, nécessitant toujours davantage d'acheteurs en centrale. Quant aux marques de distributeurs, elles se sont multipliées comme des petits pains. Et que dire du multiformat ? Plébiscité par tous, il est aussi le grand responsable de la prise de poids observée ici ou là. Pour une raison bien simple. Si un assortiment gigogne limite les coûts, il bride aussi les initiatives commerciales et la différenciation par format. D'où une organisation en « tuyaux d'orgue », plus réactive, mais plus coûteuse. Logique, dans ces conditions, que Georges Plassat se gausse des 30 acheteurs chocolat chez Carrefour...

Non, l'époque est bien révolue où les sièges sociaux pesaient moins de 1% du chiffre d'affaires. Même si, aujourd'hui, il apparaît impossible de sortir un ratio, tant les acteurs y mettent des choses très différentes. Les tâches sont tout autant multiples que complexes. Tous les distributeurs alimentaires se posent la question du bon effectif et ajustent en permanence leur masse salariale. Selon la conjoncture (mauvaise) et les lois (la LME...), bien sûr. Selon les désirs des actionnaires, bien évidemment. Et selon les nouvelles stratégies, aussi (décentralisation ou centralisation). Mais il ne faut pas, non plus, négliger les nouvelles pratiques qui génèrent aussi quelques bouleversements. Souvenez-vous du temps où des « petites mains » vérifiaient les pieds de facture un à un. Aujourd'hui, bon nombre de ces documents sont... électroniques.

En conclusion, il n'est pas question d'exonérer la responsabilité de quelques dirigeants, d'excuser leur manque d'anticipation et de clairvoyance. Il convient juste de modérer les critiques en remarquant que, dans d'autres pays, des géants de la distribution souffrent des mêmes maux... Et que ces phénomènes de balanciers sont fréquents dans le commerce. Reste que, dans certains cas, ces ajustements sont, hélas, beaucoup plus brutaux que d'autres. Et, in fine, ce sont les salariés qui en subissent les conséquences.

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Article extrait
du magazine N° 2239

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