Marchés

Le streaming musical peut-il sauver l’industrie du disque ?

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Alors que le marché de la musique a encore chuté de plus de 5% en 2014, les acteurs du secteur réunis sous l'égide du SNEP (Syndicat national d’édition phonographique) font le pari que les sites de streaming (Spotify, Deezer...) vont sauver une industrie en perdition. Mais le streaming en a-t-il les moyens?

Avec une croissance de 34% de ses revenus en 2014, le streaming est l'espoir d'une industrie du disque en crise
Avec une croissance de 34% de ses revenus en 2014, le streaming est l'espoir d'une industrie du disque en crise

« Ce qui se passe dans la musique n’a pas équivalent dans aucun secteur de l’économie ». Le directeur général du Syndicat national d’édition phonographique (le Snep) Guillaume Leblanc qui tenait ce matin sa conférence de presse annuelle ne cesse de faire ce constat. Car ce constat est chaque année un peu plus vrai. Deux chiffres pour s’en convaincre ? En 2002, année record du secteur, le chiffre d’affaires de la musique en France s’élevait à 1,3 milliard d’euros. En 2014, il a été de 570 millions d’euros. Soit une chute de 65% en 12 ans ! La France est en crise pour moins que ça. L’évolution du PIB est faible, certes, mais est globalement restée positive depuis 2008 avec une hausse de 1,9% sur 5 ans. Bref, oui c’est un véritable désastre pour le disque. Et ça a continué en 2014. Car après la légère embellie de 2013, l’année passée est de nouveau repassée dans le rouge pour le secteur. Le chiffre d’affaires de la musique a chuté de 5,3% en 2014 à 570 millions d’euros. Et sans les droits voisins (les revenus tirés de la copie privée et de la diffusion radio, télé…), la chute est même supérieure à 7% à 458 millions d’euros.

Evidemment ce sont encore et toujours les ventes de disques qui plombent le secteur. En 2014, le chiffre d’affaires s’est de nouveau contracté de 11,5% à 325 millions d’euros. Mais plus grave, le téléchargement dit à l’acte (les achats d’albums et de morceaux sur iTunes par exemple) souffre encore plus. Après une première baisse inédite de 1,1% en 2013, il a cette fois durement décroché de 14% l’année passée. Le MP3 semble de moins en moins l’avenir de la musique. Non désormais l’avenir c’est le streaming. La consommation de musique sur les sites comme Deezer et Spotify s’est fortement accrue en 2014. Le nombre de titres écoutés en France sur ces plateformes est passé en un an de 8,6 à 12 milliards. Car oui il s’agit bien de milliards ! A titre de comparaison, le nombre de morceaux téléchargés était de 98 millions sur la période…

Moins d'un centime par chanson écoutée

On comprend dès lors que toute l’industrie du disque réunie ce mardi 3 février à l’occasion de la conférence du Snep claironnait haut et fort que le streaming était leur planche de salut. « L’enjeu collectif est de faire grossir le gâteau pour que le streaming devienne de plus en plus populaire », témoigne Pascal Nègre, le patron France d’Universal Music. D’ailleurs de plus en plus de sites de streaming se lancent dans la bataille et l’offre se diversifie avec des plateformes comme Qobuz et Tidal (racheté ces jours-ci par Jay Z) qui proposent du son de meilleure qualité ou encore la Fnac qui a lancé son Jukebox l’année dernière.

Si le streaming entre de plus en plus dans les habitudes de consommation musicale, peut-il pour autant à lui seul sauver une industrie en perdition ? Ce sera difficile et ce pour plusieurs raisons :

1. Son poids économique est encore très faible : malgré une forte croissance de 34% en 2014, il ne représente « que » 73 millions d’euros de chiffre d’affaires. C’est certes pour la première fois supérieur aux revenus du téléchargement (54 millions pour ce dernier) mais il reste encore très marginal par rapport aux revenus du physique qui représentent bien qu’en chute toujours 71% du chiffre d’affaires de la musique. Comme le dit d’ailleurs Pascal Nègre, « le streaming nous permet d’être optimiste à moyen-long terme, pas à court terme… ».

 

Le streaming a dépassé le téléchargement en 2014 en France


2. Les revenus générés sont insignifiants par rapport aux écoutes : faisons un petit calcul avec la règle de trois pour s’en convaincre. Le streaming a généré 73 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014 avec 12 milliards de titres écoutés. Cela fait un revenu de 0,006 euro rapporté par chanson écoutée, soit 0,6 centime. Et ce 0,6 centime sert à rémunérer toute la filière : les auteurs, les compositeurs, les éditeurs, les producteurs, les interprètes, les plateformes de streaming et l’Etat bien sûr avec la TVA. Voilà pourquoi des artistes comme la chanteuse américaine Taylor Swift refusent de permettre aux plateformes de streaming de proposer leur album. Pour écouter Shake it Off, les fans doivent acheter le disque… ou aller sur YouTube d’ailleurs.

 

 

Mais il y a deux facettes dans le streaming: le côté gratuit financé par la pub qui représente le gros des usages et qui rapporte peu (24 millions d’euros en 2014 en incluant YouTube). Et la face payante sur abonnement (9,90 euros par mois en général) et qui génère des revenus plus conséquents (48 millions d’euros en 2014). En France, selon le SNEP, quelque 2 millions de personnes seraient abonnées à un service de streaming payant. Ces abonnées rapportent eux des revenus susceptibles de financer correctement la filière comme en témoigne ce chart réalisé par le Snep. Mais il faudra pour cela convaincre une majorité de gens de dépenser 9,90 euros par mois…

3. Le modèle économique des plateformes de streaming n’a pas fait ses preuves : le français Deezer reconnait ne pas être rentable et le leader mondial Spotify a creusé ses pertes en 2013 (93 millions d’euros) malgré un chiffre d’affaires en hausse de 74% à 746,9 millions d’euros. Sans parler du petit français Qobuz placé en procédure de sauvegarde en août dernier. Les plateformes de streaming plombées par des coûts d’acquisition de droit colossaux (elles représentent 70% des revenus générés par Spotify par exemple) représentent peut-être l’avenir de la musique, mais un avenir bien fragile. « Ces entreprises ont la santé financière de sociétés qui débutent, explique Stéphane Le Tavernier, le patron de Sony Music France. Après il est vrai que c’est un pari que nous faisons, mais c’est notre métier de producteur de faire des paris… »

 

Retrouvez l’intégralité de l’étude du Snep:
 

Carnet des décideurs

Shigeru Kumekawa

Shigeru Kumekawa

Futur directeur général et président de Sony Marketing Inc

Hideyuki Furumi

Hideyuki Furumi

Président de Sony Europe

Machiel Frijters

Machiel Frijters

Directeur marketing de Sony France

Philippe Cardon

Philippe Cardon

Vice-président Europe du Sud de Sony Computer Entertainment Europe

Richard Brunois

Richard Brunois

Directeur de la communication de Sony Interactive Entertainment France

Emmanuel Grange

Emmanuel Grange

Directeur administratif et financier de Sony Interactive Entertainment France

Fabrice Colusso

Fabrice Colusso

Directeur du compte Orange du groupe Sony Mobile Communications

Jean-Raoul de Gélis

Jean-Raoul de Gélis

Directeur général de Sony Mobile France

Kazuo Hirai

Kazuo Hirai

Président-directeur général de Sony Co entre 2012 et 2019

Dennis Van Schie

Dennis Van Schie

Vice-président, directeur commercial de Sony Mobile Communications

Hiroki Totoki

Hiroki Totoki

Président-directeur général de Sony Mobile Communications Inc

Kenichiro Yoshida

Vice-président exécutif et directeur financier de Sony Corporation

Nick Caplin

Nick Caplin

Directeur de la communication de Sony Computer Entertainment Europe

Gildas Pelliet

Gildas Pelliet

Directeur général de Sony France

David Mignot

David Mignot

Directeur général France de Sony Mobile Communications

Nicole Seligman

Nicole Seligman

Présidente de Sony Corporation of America (SCA)
Présidente de Sony Entertainment […]

Mark Khalil

Mark Khalil

Vice-président exécutif et conseiller juridique général de Sony Corporation of America

Steven Kober

Steven Kober

Vice-président exécutif et directeur financier de Sony Corporation of America (SCA)

Andrew House

Andrew House

Président de Sony Computer Entertainment

Olivier Terme

Olivier Terme

Directeur marketing France de la division mobile de Sony

Benoît Lambert

Benoît Lambert

Directeur général de Sony France

Hiroshi Kawano

Président de Sony Japon

Stéphane Labrousse

Stéphane Labrousse

Directeur du marketing de Sony France

Masaru Ibuka

Co-fondateur de Sony

Akio Morita

Cofondateur de Sony

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