Le sucre européen face à la fin des quotas

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Septembre 2017 verra, pour le sucre, la fin des quotas de production imposés aux différents États de l’Union européenne. Un événement majeur pour les agriculteurs et les industriels.

Sucre

Le Prix du sucre blanc en baisse depuis 2010

Cours du sucre blanc en dollar américain/tonne au premier trimestre de chaque année de 2009 à 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : industriels

Après avoir connu un pic,à 740?dollars par tonneau premier trimestre 2010,le cours du sucre blanc n’a cessé de baisser, pour atteindrele même niveau qu’en 2009.

 

CristalCo revendique le leadership du rayon

Part de marché, en %, en volume et en valeur des marques du marché du sucre, au premier semestre 2015, en hypers et supermarchés.

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : estimation LSA

Au-delà des trois principaux groupes sucriers acteurs du rayon français, ce sont les MDD qui se positionnent en leader du rayon en volume, avec une part de marché qui avoisine actuellement les 40 %.

 

Le contexte

  • Mis en place dansles années 60, le systèmede quotas dans la culture de la betterave sucrière prendra fin en septembre 2017.
  • Si dans les faits, c’est déjà une réalité pour beaucoup, cette échéance inquiètecertains producteurs européens, qui craignent une plus forte volatilité des prix et un regain de la concurrence.
  • Menace pour les uns, la fin des quotasde production est vuepour d’autres comme une opportunité de développerles exportations européennes.

 

Dans l’Union européenne et depuis les années 60, la culture de la betterave sucrière est réglementée, dans le cadre de la Politique agricole commune, par un système de quotas de production auxquels correspondent des prix minimaux garantis. Un système hérité de l’après-guerre, dont le double objectif était d’inciter à une production suffisante pour les besoins de la population du continent, mais aussi de garantir un niveau de revenus à la filière agricole. Fin septembre 2017, ce système aura vécu. Une décision européenne annoncée depuis déjà de nombreuses années, et dont la principale conséquence sera de permettre aux différents groupes européens issus de cette période des quotas de produire autant qu’ils le souhaiteront et de vendre où ils voudront, mais désormais sans garantie de prix au niveau européen... « Une évolution qui correspond déjà, au moins en partie et depuis longtemps, à la réalité », signale un analyste du secteur. De fait, conséquence de l’amélioration de la productivité agricole et industrielle, l’Europe n’est plus déficitaire en matière de production de sucre. Elle est même largement excédentaire. « Certains grands groupes européens ont, depuis déjà de nombreuses années, dépassé les quotas de production alloués par Bruxelles et sont donc, pour cette part excédentaire, directement au contact du marché mondial », explique notre expert.


Il est probable que l’Union européenne augmentera ses exportations en l’absence de quotas, mais les producteurs devront continuer à diminuer leurs coûts s’ils veulent rester compétitifs à l’échelle mondiale.

José orive, directeur exécutif de l’Organisation internationale du sucre.

 


Nous considérons que les quotas ont constitué un frein aux gains de productivité. Nous voyons donc leur fin comme une opportunité de croissance, même si elle s’accompagne d’incertitudes. Cristal Union s’affirme prêt et serein pour l’après-quotas.

Stanislas Bouchard, directeur général de CristalCo.

 

Inquiétude des producteurs

Il n’empêche. L’imminence de la fin des quotas inquiète beaucoup, surtout dans le monde agricole. Parce que les producteurs européens vont se retrouver directement au contact des producteurs extra-européens, et que l’évolution actuelle des prix du marché mondial a de quoi les préoccuper.

En avril, la Confédération internationale des betteraviers européens (Cibe) indiquait que le prix du sucre avait baissé de 43 % en Europe par rapport à janvier?2013. Une baisse imputable à la surproduction, aux gains de productivité enregistrés au Brésil et chez d’autres gros producteurs mondiaux, aux variations monétaires… Bref, avec la fin des quotas, le marché européen va devoir faire face à une volatilité beaucoup plus forte des prix de la betterave et du sucre. Une certitude que les autorités tentent de minorer en soulignant que le marché européen bénéficierait toujours d’une protection importante à l’importation, soit de taxes qui continueront de pénaliser les importations extra-européennes. « On n’entre pas dans un monde ultralibéral », affirmait en décembre dernier Joost Korte, directeur général adjoint à la direction générale de l’agriculture et du développement rural de la ­Commission européenne.

Repères

3,6 millions de tonnes : la production de sucre alimentaire en France, dont : 2 M t consommées en France ; 1,3 M t exportée vers l’Union européenne ; 0,3 M t exportée à l’extérieur de l’Europe.

La France est leader en Europe pour la production de sucre, et leader mondial pour la production de sucre de betterave.

Source : Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), décembre 2014

 

Menace ou opportunité ?

La fin de la période des quotas met en opposition deux lectures : celle qui considère que la mise au contact avec un marché européen mondialisé, même tempérée par une protection à l’importation, va déstabiliser agriculteurs et industriels, qui seront contraints à d’importants efforts de restructuration pour abaisser leurs coûts et se mettre au niveau de performance des Brésiliens et autres gros producteurs mondiaux. De l’autre, ceux qui pensent que, malgré le nécessaire alignement des prix européens sur les prix mondiaux, l’événement constitue une opportunité et non une menace. Et ceux-là d’insister que, même si les prix ont baissé en 2014 et que les stocks sont pleins à ras bord, les perspectives du marché mondial sont bonnes. « Avec la fin des quotas, les exportations européennes devraient atteindre 5 à 6?millions de tonnes, contre 1,5?million aujourd’hui », assurait en début d’année Agritel, dans le Figaro. Et un autre expert d’estimer que, d’ici à vingt ans, vu l’émergence de pays telle la Chine, la pénurie est à craindre.

De leur côté, les industriels européens, dont Cristal Union et Tereos, acteurs majeurs avec Südzucker du marché hexagonal, ont eu plusieurs années pour se préparer. Dernier exemple en date, l’acquisition fin avril par Tereos du distributeur anglais Napier Brown pour 47 M €. But : accroître les capacités d’exportation en Europe. Cristal Union, lui, déclarait encore sa sérénité face à l’échéance, en soulignant les 202 M € investis ces deux dernières années pour la modernisation et l’optimisation des sites de production, mais aussi les partenariats noués récemment, dont ceux avec la Société sucrière des Antilles ou le Syndicat des sucres de l’île Maurice.

Après avoir rejeté en février dernier, l’offre de rapprochement formulée par Tereos, Cristal Union se range parmi ceux qui considèrent la fin des quotas de production comme une opportunité de croissance pour les groupes européens. Quant aux conséquences sur la situation du rayon en grande distribution, « elles devraient être assez limitées » se borne à affirmer l’industriel, en insistant sur la maturité du marché dans l’Hexagone, mais aussi sur sa capacité à apporter la visibilité nécessaire aux acheteurs de la grande distribution. Et ce même si, par définition, la volatilité des prix sera beaucoup plus marquée après septembre 2017. Un événement qui, très probablement, influencera beaucoup plus le commerce mondial que la distribution européenne.

 

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Article extrait
du magazine N° 2368_HS

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