Le tramway offre un bol d'air à Nancy

Nancy inaugure le 8 décembre la ligne 1 de son tramway. Il parachève un renouveau commercial du centre-ville en marche depuis plusieurs années.

Trois lignes de tramway, dont la première inaugurée dès le 8 décembre, une gare TGV prévue pour 2006 La capitale des ducs de Lorraine profite d'une mutation en profondeur de ses transports urbains et de ses infrastructures. Une mutation qui n'a pas échappé aux commerçants de l'agglomération et aux grandes enseignes. Ainsi, la ligne 1 du tramway accompagne le renouveau commercial du principal axe du centre-ville de Nancy constitué par les rues Saint-Jean-Saint-Georges.

L'inauguration de cet outil, qui aura coûté la bagatelle de 1 milliard de francs (152 M EUR) succède en effet à une série d'implantations depuis septembre. H & M a ouvert un magasin de 2 000 m2 sur deux étages dans la rue Saint-Jean. Dans la foulée, Zara s'est installé dans la même rue pour y créer l'une de ses plus grandes unités de l'Hexagone avec un espace de 1 800 m2 sur trois étages dans un immeuble occupé naguère par Prisunic.

Enfin, l'immeuble laissé libre par La Redoute accueille une Fnac Junior, sur 300 m2, et un Etam sur 800 m2. « L'arrivée de ces nouvelles enseignes témoigne de la volonté des investisseurs de profiter de ce renouvellement urbain, insiste Jean-René Dubois, directeur général adjoint de la CCI de Meurthe-et-Moselle. Et elle intervient au bon moment car le tramway va changer les habitudes d'achat en centre-ville. »

D'autant que d'autres changements restent à venir. L'ancien cinéma Rio-Gaumont dans la rue de Saint-Dizier fait l'objet d'une grosse opération commerciale sur 2 plateaux de 2 000 m2. D'autre part, le centre commercial Saint-Sébastien (1 million de clients par mois et un chiffre d'affaires de 800 millions de francs, 122 millions d'euros), situé à quelques mètres de la rue Saint-Jean, prépare sa modernisation.

Ouvert en 1976, sur 31 050 m2 de surface commerciale, dont un Casino (3 700 m2) et un C & A (3 100 m2), le centre en a besoin. Il devrait profiter de la reprise, depuis le 1er juillet, de la gestion locative de ses 127 boutiques par une Ségécé ambitieuse : « Nous devons gagner en attractivité face à la rue Saint-Jean et développer de nouveaux services comme le loisir ou les vêtements », souligne Jean Brogat, de la Ségécé.

L'effet « tram » n'explique pas tout

À Nancy, personne n'a peur d'affirmer que le tramway est un facteur de modernité. Surtout pas Gérard Rongeot, directeur général de l'Agence de développement et d'urbanisme de l'agglomération nancéienne (Aduan) : « Le tramway s'inscrit dans un projet global de centre-ville qui implique les 20 communes de l'agglomération nancéienne, indique le responsable. Surtout, il entraîne une profonde transformation de l'espace public.

Pour preuve, l'axe Saint-Jean-Saint-Georges a vu son aspect totalement modifié avec des trottoirs élargis et des arrêts d'autobus qui n'embouteillent plus la rue. En outre, la ligne 1 vient relier 2 nouveaux quartiers en pleine restructuration : celui de la future gare TGV et l'ensemble Meurthe-Canal.

La construction d'une nouvelle gare, derrière l'actuelle, pour accueillir le TGV en 2006, s'accompagne en effet d'une offre de 5 000 m2 de bureaux. Et, avec la Zac Stanislas-Meurthe, émerge un nouveau quartier à moins de 1 kilomètre de la place Stanislas et à l'est du quartier historique. Cette zone, qui représente un potentiel de 2 000 logements et de 50 000 m2 de bureaux, va accueillir fin 2001 un multiplexe Kinépolis de 12 salles.

« Nous avons parié sur la présence d'un tel service dans cette zone, précise François Pélissier, chargé des affaires économiques de la ville de Nancy. Sachant que le multiplexe sera irrigué par la ligne 2 du tram prévue pour 2003. » Mieux, ce quartier en gestation accueillera également, sur le tracé de la ligne 1, une galerie commerciale de proximité de 2 000 m2 autour d'une supérette.

Toutefois, l'effet tram n'explique pas tout. L'étude de l'Iserco menée en 1999 a montré le dynamisme du centre-ville nancéien. Cette bonne santé lui a permis de résister à la pression des hypermarchés de périphérie et surtout de supporter les dix-huit mois de travaux nécessaires à l'installation de la ligne 1. « Le commerce de centre-ville pèse 4,3 milliards de francs (660 millions d'euros) de chiffre d'affaires contre 5,7 milliards (870 millions d'euros) pour la périphérie, sur un total de 16 milliards (2,4 milliards d'euros) réalisés dans une zone de chalandise de 500 000 habitants. C'est l'un des meilleurs rapport en France », précise Jean-René Dubois, directeur général-adjoint de la CCI de Meurthe-et-Moselle.

L'esprit partenarial a joué son rôle dans ce bon équilibre. Les collectivités locales, la chambre de commerce et l'association des commerçants du centre-ville, Vitrines de Nancy, travaillent ensemble depuis 1991. Depuis un an, elles se réunissent tous les quinze jours en comité technique autour du projet tram.

Un intérêt croissant des enseignes

La communauté urbaine du Grand Nancy a mis en place une commission d'indemnisation. Avec l'Aduan, elle a créé différents observatoires sur les transports ou l'évolution du chiffre d'affaires afin de mesurer l'impact des travaux. Elle travaille également avec les transporteurs sur un projet de plate-forme de livraison.

Mais le plus dur reste à faire. Après avoir subi une érosion estimée à 5 points de part de marché, les commerçants touchés par les travaux ont désormais du pain sur la planche. La ligne 1 du tramway, qui court de Vandoeuvre, la pointe sud-ouest de la ville, à Essey-lès-Nancy, au nord-est, pourrait en effet drainer quelque 60 % de la population sur un corridor de 400 mètres. « Aux commerçants d'être diversifiés et réceptifs pour se positionner par rapport au commerce péri-urbain », avertit Gérard Rongeot.

Les 7 pôles commerciaux de l'agglomération n'ont rien à craindre. Ces cinq dernières années, les 5 hypermarchés ont profité d'un processus de régulation et de modernisation. Cora Houdemont a obtenu une autorisation de CDEC pour agrandir sa galerie commerciale de 15 à 70 boutiques (soit de 1 950 à 4 200 m2) et doubler son parking de 1 400 places. Le tram devrait aussi irriguer d'autres pôles. Comme le centre commercial Les Nations (50 boutiques dont un Match) à Vandoeuvre prévoit des travaux de rénovation de 80 millions de francs (12,2 millions d'euros).

Enfin, une autre infrastructure va venir modifier la physionomie commerciale de Nancy : l'agglomération achève son contournement sud-est, qui va permettre de relier la périphérie par l'est. De quoi expliquer pourquoi la ville est devenue une cible de choix. « Lors du dernier Mapic, nous avons constaté un intérêt croissant pour Nancy, remarque Fernand Salicetti, directeur de l'aménagement à la CCI. Les enseignes veulent dupliquer leur réseau en périphérie ou se positionner dans le centre-ville afin de profiter d'un rapport population sur densité commerciale plutôt favorable. »
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Article extrait
du magazine N° 1702

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