Marchés

Le transport revient en première ligne

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Dossier Hausse des coûts du gazole, nouvelles taxes et restrictions de circulation incitent la grande distribution à améliorer la relation avec les transporteurs. D'autant qu'il faudra être réactif en cas de reprise économique.

Ce n'est pas tout à fait de la « câlinothérapie » mais, c'est un fait, les enseignes ont bien plus d'égards envers les transporteurs qu'il y a quelques années. « Tout le monde cherche à fidéliser les transporteurs, qui se trouvent dans une conjoncture difficile », résume Jean-Marie Picard, consultant chez CPV associés. La crise économique qui s'étire depuis trois ans cause à nouveau des ravages dans le transport.

« Nous connaissons un pic de défaillances d'entreprises qui s'apparente à celui de 2008, au moment de la crise », alerte Nicolas Paulissen, délégué général adjoint de la Fédération nationale du transport routier (FNTR).

LE CHIFFRE

  • 80% La part du routier dans le transport demarchandise en France

Source : FNTR

Situation de rupture

Selon lui, un tiers des 31 000 entreprises du transport, dont l'immense majorité sont des TPE, seraient en situation de rupture. Pire : la hausse des coûts du gazole constitue un redoutable effet de ciseau. « Toutes aides et remboursements déduits, le litre de gazole coûtait 1,16 € à la pompe en janvier 2012, contre 1,02 € un an plus tôt, soupire Nicolas Paulissen. Or, le seul poste du carburant pèse 20 à 25% dans le coût de revient d'un véhicule. »

Une morosité encore aggravée par l'arrivée de nouvelles contraintes. Une écotaxe transport, d'abord, imaginée dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, entrera en vigueur en 2013.

Elle frappera l'ensemble des poids lourds qui circulent sur les autoroutes françaises, mais aussi sur les routes nationales, qui permettaient jusqu'alors de s'affranchir des péages. Seule certitude : son montant sera modulé en fonction de la performance écologique des véhicules. Imaginée pour développer les alternatives à la route, cette taxe sera d'autant plus lourde que, pour le moment, faute d'alternative fiable, la part du bitume continue de croître dans le secteur des PGC. Elle atteint même 80% en 2011.

Le spectre d'un filtre sévère à l'entrée des agglomérations plane aussi. À partir de 2013, les collectivités locales pourront en effet restreindre la circulation des poids lourds, avec l'instauration des Zones d'actions prioritaires pour l'air (ZAPA), en cas de pollution représentant un danger pour la population. Sans compter la possibilité qu'ont désormais les maires d'instaurer des péages urbains...

Bref, le contexte pousse les acteurs des PGC, dont les villes et agglomérations constituent un poumon économique, à se rapprocher des transporteurs, pour imaginer de nouvelles solutions et s'assurer de ressources mobilisables en cas de besoin.

L'état des lieux

  • Les besoins de transport se concentrent sur la route Les enseignes veulent prévoir des ressources en cas de pic de consommation et de reprise économique Les relations tendent vers un mode collaboratif permettant de fidéliser les transporteurs La crise pèse sur le secteur des transports, avec de nombreuses défaillances d'entreprises

 

« Modifier les idées reçues »

C'est en tout cas l'approche de Carrefour, qui vient de créer son « Cercle transporteurs ». « Nous souhaitons modifier les idées reçues sur les relations des fournisseurs avec la grande distribution, en construisant des démarches collaboratives et en donnant une visibilité à plus long terme à nos transporteurs, résume Didier Parise, directeur transport au sein de la Supply Chain de Carrefour France, qui préside aussi le Cercle. Mais nous attendons également un engagement fort de la part de nos partenaires. » À ce jour, 22 transporteurs, la plupart des partenaires de longue date de Carrefour, ont déjà rejoint le Cercle.

Parmi les thèmes de travail figurent le développement durable ou l'amélioration de la communication et des échanges. « Nous voulons généraliser l'échange de données informatiques (EDI), notamment pour les ordres de transport, afin d'assurer aux transporteurs, surtout les petites structures, des gains de productivité, illustre Didier Parise. De nombreux projets sont également en cours dans le développement durable. Comme l'incitation à investir dans les camions hybrides ou silencieux, aux normes Piek, ou de généraliser les camions aux normes Euro V ou VI, qui sont les moins polluants. » En contrepartie, Carrefour peut s'engager sur des liens commerciaux de deux à trois ans avec ses partenaires transporteurs, ces derniers lui assurant notamment un accompagnement sur ses pics d'activités saisonnières.

Nous voulons construire des démarches collaboratives et donner une visibilité à plus long terme à nos transporteurs.

DIDIER PARISE, directeur transport au sein de la supply chain de Carrefour France

 

Obligations réciproques

Chez Auchan, la charte Transport de 2001, refondue l'an dernier, remet au goût du jour les obligations réciproques entre l'enseigne et ses partenaires, pour prendre en compte les nouvelles donnes dans l'univers logistique.

Concernant les échanges d'informations, par exemple, elle incite à recourir aux nouvelles technologies pour optimiser les plans de transport, et donc réaliser des économies. Auchan a ainsi mis en place deux plates-formes (transport.auchan.fr et livrer-auchan.fr) pour échanger rapidement l'information avec les transporteurs. « Si un chauffeur est bloqué dans un embouteillage, il a accès à tous les mails et aux coordonnées téléphoniques pour prévenir les responsables, et l'information est enregistrée grâce à son numéro de véhicule », explique Philippe Bachelet, directeur transport d'Auchan France.

Autre initiative, faire bénéficier l'ensemble des personnels extérieurs des plates-formes d'Auchan de la même garantie de sécurité que les équipes Auchan. « Concrètement, nous sécurisons au maximum les zones de chargement-déchargement, explique Philippe Bachelet. L'objectif est d'éviter les accidents du travail chez nos partenaires transporteurs. » Une démarche qui concerne 300 entreprises et qui donne déjà de bons résultats. 92 % des transporteurs mettent l'accent sur la qualité de l'accueil d'Auchan.

Diminuer les litiges pour les produits frais

  • Après Auchan en juillet 2011 et Stef en 2010, qui gère une dizaine de plates-formes de la grande distribution, les groupes Casino, Carrefour et Intermarché ont validé la démarche proposée par l'Union nationale du transport frigorifique (UNTF) afin de réduire les litiges à réception de marchandises en entrepôts. À l'origine, l'UNTF souhaitait lutter contre l'envolée des taux de litiges, la pratique consistant, selon l'organisation professionnelle, à imputer au transporteur des pertes et erreurs de préparation de commandes dont il n'est pas responsable. En cause, notamment, l'absence partielle de contrôles et de vérifications lors de la réception des marchandises. Le nouveau process propose ainsi un contrôle à réception, et de manière contradictoire, des palettes manquantes et avaries apparentes, ainsi qu'un contrôle a posteriori, mais dans un délai encadré, des manquants partiels. L'UNTF se félicite par ailleurs que la distribution ait « joué le jeu de la concertation et du dialogue, via la FCD et les responsables logistiques des enseignes. »

 

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