Le volailler LDC creuse l'écart sur Doux

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Le groupe sarthois a vu ses ventes progresser fortement ces dernières années, stimulées par une politique active de croissance externe. Alors que Doux, son concurrent breton, groupe familial lui aussi, sort d'une période de restructuration et garde une santé financière fragile.

« En 2003, tout le monde attendait le démantèlement du groupe Doux. Pendant trois ans, nous nous sommes attelés à sa reconstruction. Aujourd'hui, nous sommes là et bien là ! », a martelé Guy Odri, directeur général, mercredi 28 juin, en présentant les résultats du deuxième volailler français. La cure d'austérité a été sévère. « Nous avons fermé neuf usines, mais sommes toujours en surcapacité : en élaborés, elles sont saturées, alors que les sites de frais tournent à 70-80 % de leur potentiel, détaille le directeur général. Nous avons également diminué nos stocks de moitié (de 200 à 100 millions d'euros) à chiffre d'affaires constant, malgré l'épisode de grippe aviaire. Nous avons réussi à être plus productifs avec des moyens réduits et, surtout, arrêté de détruire de la valeur. » Les résultats semblent au rendez-vous. Si le chiffre d'affaire est resté relativement stable entre 2002 et 2005, l'Ebitda a grimpé de 18 à 83 millions d'euros (de 1,4 % à 6,2 % du CA). Le ratio dettes/Ebitda est passé de 19,3 à 3,17 entre 2003 et 2005. « Nous avons remboursé 170 millions d'euros depuis 2003, sans cession, démantèlement ni drame social », affirme Guy Odri. Le pool bancaire semble suivre. Un accord de refinancement vient d'être conclu. Mais il reste encore à rembourser 280 millions d'euros .

 

Chiffres revus à la baisse

 

Reste que si les menaces de dépôt de bilan semblent s'écarter, la partie n'est pas gagnée pour Doux qui voit s'éloigner un peu plus chaque année le leadership du secteur au profit de LDC. Un écart qui devrait encore se creuser en 2006 car le groupe breton, fortement positionné à l'international, a été très pénalisé par la grippe aviaire, suite à la fermeture de nombreux débouchés à l'export. « Nous avions prévu pour 2006 un chiffre d'affaires de 1,394 milliard d'euros et un Ebitda de 94 millions d'euros (6,7 %), indique Guy Odri. Le résultat net devait être de 15 millions d'euros. Nous avons revu nos prévisions à 1,25 milliard d'euros, 50 millions d'euros d'Ebitda et 5 millions d'euros de résultat net. »

Denis Lambert, PDG du grand rival sarthois, a, lui, présenté il y a quelques semaines des résultats positifs pour l'exercice 2005-2006 avec des ventes en progression de 13,4 % et un résultat net qui passe de 44,1 à 46,5 millions d'euros . Le deuxième semestre a bien sûr été affecté par la crise (à hauteur de 15 millions d'euros ) et le chiffre d'affaires du pôle volailles en France a reculé de 4,3 %, à 1,072 milliard d'euros. « L'année 2006-2007 sera encore difficile », craint le PDG de LDC, qui s'attend au même impact au premier semestre. Sur le segment des volailles label, le plus touché lors de la crise, Denis Lambert peut se féliciter d'avoir, avec Loué, la plus belle marque du secteur. « C'est sa seule vache à lait et elle est menacée par la grippe aviaire », affirme un observateur, qui poursuit : « LDC est le premier groupe qui a compris que la volaille allait devenir un ingrédient et pas un produit de base. »

 

Diversification salutaire

 

Le groupe sarthois a également eu la bonne inspiration de se diversifier sur le traiteur, dont les ventes gagnent 32,1 %, à 184 millions d'euros, et 6,7 % à périmètre constant, notamment grâce au rachat d'Agis, il y a un an. Pour 2006, le groupe anticipe une croissance d'environ 12 % et vise, à trois ans, un chiffre d'affaires de 200 millions d'euros. Si LDC est présent en produits ethniques, plats cuisinés, sandwichs, pizzas et crêpes, il lui manque une marque forte dans ce secteur. Ce qui pourrait constituer un facteur déclencheur pour une opération de croissance externe. Diversification aidant, le groupe s'est un peu affranchi de la grande distribution. Les GMS pesaient près de 70 % des ventes en 2000, mais plus que 53 % aujourd'hui, 33 % allant à la RHD.

Un travail de diversification que son concurrent n'a pas encore engagé. Si la marque Père Dodu est bien implantée sur les panés de volailles au rayon traiteur, le segment est de plus en plus bataillé. Et le groupe de Charles Doux mise plutôt sur les produits élaborés de volailles. En France, une flopée de nouveautés viennent d'être présentées en GMS (manchons de poulet rôtis, rôtis cuits tranchés, brochettes marinées) sous la marque Père Dodu. Relookée et accompagnée d'une campagne de communication, la marque, qui bénéficie d'une meilleure notoriété que Le Gaulois et Maître Coq (groupe Arrivé), est un véritable atout. « Nous allons reprendre le leadership en part de voix cette année », affirme Jean-Philippe Martin, directeur marketing, qui veut développer l'activité halal en France grâce à l'expertise du groupe à l'export. « Doux est fort sur le poulet standard et la découpe de poulet, la rôtisserie premier prix, les nuggets et les panés, mais il arrive après la bataille sur les élaborés. Il ne va pas aller acheter de la part de marché au détriment de sa rentabilité », estime un concurrent. Maître Coq et Le Gaulois sont déjà établis. L'élaboré représente 21 % des ventes du pôle volailles de LDC en France et 14 % à l'international.»

L'international reste l'atout maître du groupe breton. L'Europe représente environ 60 % de son chiffre d'affaires (dont 32 % en France) mais il est présent au Brésil (notamment en production), en Arabie saoudite, au Japon, en Corée et en Chine. « Nous avons une vision multisourcing, multiproduit, multimarché », clame Guy Odri. Néanmoins, le groupe devra négocier dans les prochaines années le virage délicat de la suppression des aides à l'exportation, dont son activité dépend beaucoup.

À l'inverse, l'étranger est le talon d'Achille de LDC, même si l'exercice 2005-2006 apporte quelques motifs de satisfaction. Les ventes gagnent 15 %, à 154,6 millions d'euros (hors exportations), et, surtout, le résultat opérationnel est de 1,6 million d'euros, contre une perte de 3,5 millions d'euros l'an passé. La Pologne (84 % de l'activité) donne des signaux positifs et, en Espagne (16 %), LDC va mettre en service une nouvelle usine qui devrait développer la productivité. « Nous devons encore faire nos preuves sur les pays où nous sommes présents avant d'aller explorer ailleurs », reconnaît Denis Lambert. Une politique d'expansion à l'international qui sera difficile, pronostique un spécialiste du secteur : « Tous les pays sont tenus par des opérateurs nationaux qui verrouillent leur marché. À moins de fusionner avec un autre industriel, mais ce n'est pas dans la culture du groupe, qui est encore très volaillère. »

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Article extrait
du magazine N° 1960

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