Marchés

Leader Price fait revivre le beaujolais nouveau

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Qui a dit que le beaujolais nouveau était une immonde piquette ? Certainement pas Leader Price qui, avec l'aide de Jean-Pierre Coffe, travaille à la réhabilitation de ce vin. Le célèbre animateur est allé dénicher la cuvée 2010 à Villié-Morgon.

Il fut un temps où Jean-Pierre Coffe n'était pas tendre avec le beaujolais nouveau. Une piquette aux arômes aussi insolites que la banane ou la violette synthétiques. Les auditeurs de sa célèbre émission sur France Inter « Ça se bouffe pas, ça se mange » s'en souviennent encore. Alors, quand Leader Price - enseigne pour laquelle Jean-Pierre Coffe prête son image, et élabore et contrôle aussi de nouvelles recettes - lui a demandé de dénicher la cuvée 2010, le défenseur de la bonne bouffe a posé ses conditions : « Seulement si je trouve le bon vigneron et le bon assemblage. » Mission accomplie grâce à Georges Jallerat, l'un de ses amis restaurateurs. Ce patron du Grand Monarque, à Chartres, en Eure-et-Loir, lui a présenté Dominique Piron, issu d'une lignée de viticulteurs installés à Villié-Morgon (Rhône), en Rhône-Alpes, au pied de la colline de Py, depuis 1590. « À part quelques références pendant les foires aux vins de Leclerc, nous n'avons pas de produits réguliers en grande distribution », résume Dominique Piron, pourtant reconnu pour ses crus du Beaujolais (chénas, morgon, moulin-à-vent, etc.).



Un nectar préparé en deux mois

Mais, en bon ambassadeur de sa région, il sait que la notoriété des crus passe aussi par la réhabilitation des vins plus volumiques, comme le beaujolais nouveau : « Ce vin, c'est comme le muguet au 1er mai. Un vin à trinquer, pas à réfléchir. Il ne sera plus la locomotive des vins de notre région, mais cela reste un événement sympa. » Issu d'un seul cépage, le gamay, il ne représente que 10 à 15 % de la production de Dominique Piron. Pour Leader Price, il va devoir livrer quelques jours avant le 18 novembre, soit le troisième jeudi de novembre, 27 000 bouteilles de ce nectar préparé en deux mois.



Point de banane à l'horizon...

Ce qui a séduit Jean-Pierre Coffe dans le travail de Dominique Piron ? Sa méticulosité. Ainsi, cette année en Beaujolais, le banc des vendanges était arrêté au 13 septembre. Certains vignerons qui vendent aux négociants foncent alors serpette en main dans leurs vignes. Pas Dominique Piron. Il a attendu que chaque parcelle soit bien mûre. « C'est le pépin qui donne la maturité, souligne sa femme, Kristine-Mary. S'il est vert, il gêne le vin. La rafle (la partie ligneuse de la grappe sur laquelle sont fixées les baies), quand elle aussi est verte, est responsable du goût de banane. Nous, nous éraflons (l'opération qui consiste à séparer les rafles des baies avant le pressurage). »

Le jour de l'assemblage, le 15 octobre, l'équipe de Leader Price est satisfaite. « Il a de belles caractéristiques, comme le côté fruit frais que l'on croque, et des arômes de fleurs rouges et d'épices », analyse Aude Rebourcet-Rabah, l'oenologue de l'enseigne. Point de banane à l'horizon.

Dans les magasins Leader Price, les clients sauront que Jean-Pierre Coffe a mis sa patte : stop-rayons, collerettes et texte de la contre-étiquette le mentionneront. C'est que cet événement demeure important pour la grande distribution, même si les chiffres (lire encadré ci-contre) tendent à prouver le contraire. Voici dix ans, Monoprix proposait une quinzaine de références de beaujolais nouveau. Elles ne sont plus que cinq, dont deux sous ses marques Monoprix Gourmet et Une cave en ville, celle-ci élaborée avec l'oenologue Olivier Dauga. Mais signe que ce vin bu jeune n'est pas mort, Monoprix invite depuis deux ans, le troisième jeudi du mois de novembre, une soixantaine de vignerons dans ses magasins de la région parisienne, qui est la plus amatrice, avec 1,5 million de cols écoulés l'an passé.

« Ce sont les meilleurs ambassadeurs, explique Jean-François Rovire, category manager liquides de l'enseigne. Ils participent à la convivialité de ce moment important en magasins. » Chez Système U, le beaujolais nouveau pèse 35 % des ventes des vins du Beaujolais, avec même une augmentation de l'ordre de 5 % en 2009. Une source de revenus non négligeable qui, pour l'ensemble de la grande distribution, génère un chiffre d'affaires d'environ 40 millions d'euros.

Des chiffres

39,5 millions de bouteilles commercialisées en 2009, soit un tiers de la production totale du Beaujolais (les beaujolais et les beaujolais villages non vinifiés en vins nouveaux et les dix crus du Beaujolais - brouilly, chiroubles, chénas, côte-de-brouilly, fleurie, juliénas, morgon, moulin-à-vent, saint-amour et régnié).

...Et une histoire

1951 Une note de l'Administration des contributions indirectes précise dans quelles conditions certains vins d'appellation peuvent être commercialisés sans attendre le déblocage général, fixé jusque-là au 15 décembre.

1966 Les 250 magasins parisiens Nicolas organisent le premier événement autour du beaujolais nouveau.

1985 Un décret fixe la date de commercialisation du beaujolais nouveau au troisième jeudi du mois de novembre (auparavant, c'était le 15 novembre).

La même année, le beaujolais nouveau débarque au Japon et en Italie.

Les ventes s'essoufflent

(en grande distribution française)

2009 8,4 millions de cols

2007 9 millions

2005 10 millions

2002 13 millions

Source : Inter Beaujolais

Les chiffres

Le beaujolais nouveau en chiffres

13 000 hectares

3 000 exploitations

15 coopératives

130 négociants

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