Leclerc en campagne sur ses alliances locales avec les producteurs

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Crise du secteur oblige, le groupement veut développer et faire connaître les relations que tous les magasins entretiennent avec leur proximité agricole.

Michel-Édouard Leclerc finira-t-il par acheter du lait - à bon prix - au Gaec qu'exploite Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, avec sa soeur, en Mayenne ? Pas encore : le premier considère le second comme dirigeant un syndicalisme en fin de cycle, et le second pourfend le monopole de Leclerc qui serait à l'origine des prix bas et, donc, des crises agricoles à répétition ! Du coup, les agriculteurs manifestent bien plus souvent dans les hypermarchés que devant les préfectures, qui ont perdu de leur attrait depuis que l'État n'a plus grand-chose - côté finances - à offrir à ses paysans.

Mais d'autres producteurs agricoles visitent aussi les magasins. Ceux qui livrent leur production en direct. Chez Leclerc, ils se chiffreraient entre 14 000 et 18 000. En pleine crise du porc, du boeuf, de la volaille, sans compter celles récurrentes des fruits et légumes, sans doute était-il urgent de le dire. Une campagne publicitaire sur le thème des alliances locales vient d'être lancée à cet effet à la télévision et dans la presse nationale, mettant en scène un adhérent Leclerc avec un producteur local. Un site internet a été créé pour l'occasion, qui révèle une demande pour les « locavores », des consommateurs qui ne souhaitent manger que local...

 

« Des débouchés durables »

« Les partenariats avec les producteurs existent depuis longtemps, explique Thierry Aumont, en charge du dossier Alliances locales au niveau national, et patron d'un magasin Leclerc près de Bernay, dans l'Eure. Nous souhaitons les rendre lisibles et offrir aux producteurs des débouchés durables. » Chaque magasin choisit son approvisionnement viandes de boucherie, crémerie, maraîchage, volailles fermières, pommes de terre... « Je voulais proposer des frites fraîches ; j'ai convaincu un producteur de s'équiper et j'en vends à un prix à peine plus élevé que les frites surgelées », assure Thierry Aumont. Grâce à un accord avec un abattoir local, il écoule deux bovins par semaine, provenant de chez une quinzaine d'éleveurs. « Nous valorisons l'ensemble de la bête, de l'entrecôte aux morceaux pour pot-au-feu. La viande est un peu plus chère que celle provenant de Kerméné, parce que l'économie logistique est finalement faible. En revanche, en termes d'empreinte écologique, le gain est important ! »

52 producteurs le livrent ainsi régulièrement. Au niveau national, la moyenne se situerait à 30 producteurs par Centre Leclerc. Certains ont créé des marques, comme « C'est du coin » ou « De chez nous », pour identifier les produits locaux, et des photos de producteurs sont disposées en kakémonos dans les magasins. La publicité parue dans Libération indique que cette politique « permet aux producteurs locaux de valoriser leur production et au magasin de proposer à ses clients des produits traditionnels toute l'année ». L'objectif est prioritaire : tous les points de vente doivent développer des alliances locales d'ici à un an. 60 magasins en ont déjà initié de très spectaculaires, à l'instar de ceux de Vichy, de Moulins ou de Basse-Goulaine.

Leclerc veut-il profiter de l'occasion pour démontrer que tous les producteurs ne sont pas sur la ligne de la FNSEA vis-à-vis de la grande distribution ? « Mais non, assure Thierry Aumont. Nous voulons vraiment être des militants du développement économique local. Nous savons que les agriculteurs traversent des difficultés, qu'il faut qu'on les aide. » Pas sûr, pour autant, que les agriculteurs renoncent à manifester devant les hypermarchés. L'action... locale, Jean-Michel Lemétayer y est aussi très sensible.

Les enjeux

  • Leclerc veut rendre lisibles les partenariats qui existent avec les producteurs
  • Avec la crise, des consommateurs sont devenus sensibles à l'offre locale
  • Les 600 magasins devraient avoir mis en place une stratégie Alliance locale d'ici à un an
  • Ils comptent entre 14 000 et 18 000 fournisseurs locaux

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Article extrait
du magazine N° 2161

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