Leclerc fustige l’Autorité de la concurrence

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Michel-Edouard Leclerc

Michel Edouard Leclerc s'insurge, dans l’interview qu’il accorde ici à LSA.fr contre l’avis du 7 décembre rendu par l’Autorité de la concurrence et relatif aux contrats d’affiliation des magasins indépendants, qu’il considère comme "dogmatique", "pernicieux", et source de "déstabilisation des réseaux", raisons pour lesquelles le groupe d’indépendants a déposé un recours devant le Conseil d’Etat. Il justifie également ce recours dans une lettre très virulente adressée hier au président de l’Autorité de la concurrence, Bruno Lasserre, que nous publions dans son intégralité (cliquez ici). Tout comme nous publions l'interview exclusive à paraître demain dans LSA des dirigeants de l’Autorité de la concurrence qui expliquent les raisons de leurs préconisations (cliquez ici).

 

Je me battrai pour renforcer le réseau !

Michel-Edouard Leclerc


LSA : Dans quel but avez-vous déposé un recours devant le Conseil d’Etat contre l’avis de l’Autorité de la concurrence ?

Michel-Edouard Leclerc : Cet avis pratique les amalgames. Il parle indistinctement des indépendants, qu’il s’agisse des franchisés ou des adhérents à des coopératives. Or, les liens qui unissent les franchisés et les adhérents ne sont pas les mêmes. Un franchisé reste un utilisateur de licence de marque et la question de la liberté de rupture du contrat peut se poser. Pour un coopérateur, il en va différemment, il est co-propriétaire de son enseigne et des outils de son réseau. Il est donc lui-même la tête de réseau. Ce qui change tout, dans le premier cas le contrat est limité, dans le second, il s’agit de l’engagement de toute une vie, qui va souvent au bénéfice des salariés qui acquièrent un patrimoine en participant collectivement à la réussite de leur réseau. Mettre les franchisés et les coopérateurs sur le même plan n’a pas de sens. Le bénéfice que procure l’enseigne Leclerc à ses adhérents n’est pas le même non plus. Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi les réseaux d’indépendants devraient nourrir la fluidité des magasins, alors que ce ne serait pas le cas pour les groupes intégrés. On ne va pas demander à 50 adhérents Leclerc de quitter le groupement pour reprendre 50 adhérents chez Intermarché, c’est un non –sens. Par ailleurs, l’avis de l’Autorité nous paraît une injonction déguisée, c’est pourquoi nous voulons la faire requalifier par le Conseil d’Etat. Dans ce cas, elle serait nulle, car il n’y a pas eu de débat contradictoire. Je crains que l’Autorité de la concurrence, que jee respecte, ne soit l’objet d’une instrumentalisation afin de préparer un texte législatif dont il est d’ailleurs fait mention dans l’avis.

LSA Etes-vous particulièrement concerné par les contrats à 30 ans évoqués dans l’avis ?

MEL : Non, il n'y a pas de contrats à 30 ans chez Leclerc, il y a confusion avec les statuts de la coopérative. Mais le simple fait que vous me posiez la question montre bien que l'avis crée une forme de suspicion. Si ce n'est Leclerc, de qui s'agit-il ? Intermarché, Système U ? Ces amalgames sont très déstabilisateurs pour les adhérents, les fournisseurs, les banques. Or, j’ai l’ambition de lancer la 4eme génération de Leclerc pour constituer un réseau de taille européenne avec une offre non-alimentaire encore plus étoffée. Sur une telle aire élargie, les adhérents doivent pouvoir s’adosser sur un réseau solide.  Je me battrai pour renforcer le réseau. Plus fondamentalement, je ne vois pas en quoi la fragilisation des réseaux d’indépendants améliorerait la concurrence. C’est le contraire qui se passerait si les réseaux intégrés devaient en tirer parti. D’ailleurs, s’il y a un problème de concentration pour Carrefour et Casino, pourquoi ne pas leur avoir demandé de revendre des magasins ?

LSA : Vous adressez une lettre au président de l’Autorité de la concurrence en dénonçant un avis dogmatique et pernicieux. En quoi ?

MEL : Le dogmatisme, c’est d’énoncer qu’un groupe d’indépendants n’a pas le droit de se sécuriser face aux groupes intégrés. Pourquoi un tel parti-pris ? Il y a quantité de coopératives de détaillants en Europe, et aucune n’a jamais été l’objet d’une injonction de la part des autorités de la concurrence. Intersport a-t-il le droit de s’organiser pour faire face à Décathlon ? Ou le Gitem face à Boulanger ? Les coopératives agricoles sont-elles aussi vouées à la dispersion de leurs adhérents ? Leclerc est l’enseigne la moins chère. Faut-il remplacer un magasin Leclerc par un magasin Casino, et pour quel bénéfice pour la concurrence, afin de répondre à un turn-over obligatoire ? L’Autorité de la concurrence fait fausse route. Il n’y a pas de « marché des indépendants ». En Europe, tous les réseaux performants et structurés se sont organisés,  souhaiter leur désorganisation n’a pas de sens.

Propos recueillis par Sylvain Aubril

 

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