Leclerc s'attaque au monopole des pharmacies

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concurrence - La médication familiale représente un marché estimé entre 4,5 et 5,2 milliards d'euros par an. De quoi susciter bien des convoitises. À commencer par celle de Michel-Édouard Leclerc, qui se targue de pouvoir proposer des prix 25 % moins élevés qu'en officines.

La préoccupation du moment ? Le pouvoir d'achat. L'angle d'attaque de Michel-Édouard Leclerc pour réclamer la libéralisation du marché de la médication familiale ? Encore le pouvoir d'achat. « Les prix des médicaments à prescription facultative seraient 25 % moins chers dans nos parapharmacies », affirme-t-il.

Pugnace pour les uns, opportuniste pour les autres, l'homme a au moins un mérite : susciter le débat. Les réactions sont à la hauteur des estimations du marché des antidouleurs, antitussifs et autres antalgiques : de 4,5 milliards d'euros à fin 2007, selon Nielsen, à 5,2 milliards d'euros en cumul annuel mobile à septembre 2007, selon IMS Halth. « Michel-Édouard Leclerc ferait mieux de s'occuper de son métier, c'est-à-dire l'alimentaire. Moi, je vois des prix qui augmentent, en dépit de la fin du système des marges arrière, quand nous, dans les pharmacies, nous avons déjà rendu 100 millions d'euros par ce biais », rétorque Gilles Bonnefond, secrétaire général de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine, qui regroupe 3 000 adhérents.

« Le sens de l'histoire »

À ces données, Michel-Édouard Leclerc répond par d'autres chiffres, en l'occurrence ceux de la hausse des prix : + 36 % après la première vague de déremboursement de 2006, en grande partie à cause de la distribution, grossistes et pharmaciens, qui auraient augmenté leurs marges de 55 %. Et d'asséner : « Nous voulons faire barrage à l'inflation. » Sûr de lui, il se prépare déjà au virage.

Dans les parapharmacies de l'enseigne, tout est prévu pour accueillir ces produits de médication familiale : un code couleur distinctif, et une zone « bien identifiée et distincte de l'espace parapharmacie ». Deux pharmacies pilotes fonctionnent pour le moment à vide, dans les magasins de Vitry-sur-Seine et de Bonneuil-sur-Marne, en région parisienne. Elles n'attendent plus que le feu vert des pouvoirs publics.

« Tôt ou tard, il l'obtiendra, c'est le sens de l'histoire », estime Philippe Lévy, dirigeant du cabinet de conseil Neopharma. Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a beau répéter son attachement au monopole pharmaceutique, les exemples étrangers plaident pour une évolution de la législation. Michel-Édouard Leclerc met d'ailleurs en avant l'exemple italien, où la libéralisation, opérée il y a dix-huit mois, a entraîné une baisse des prix (lire ci-contre).

La notion de conseil

Sauf que, en avançant cet argument, « Michel-Édouard Leclerc se trompe de combat, s'inquiète Lucien Bennatan, président de PHR, un groupement de plus de 1 600 pharmaciens. C'est surtout un problème de sécurité sanitaire et de conseil aux patients, avec la question de la présence réelle et efficace des pharmaciens de parapharmacies. »

Aujourd'hui, les 110 parapharmacies E. Leclerc emploient 150 pharmaciens diplômés. Difficile, dans ces conditions, de faire du conseil très efficace. Leclerc est bien conscient du problème. « Nous nous apprêtons à recruter 70 docteurs en pharmacie supplémentaires, ainsi que des préparateurs », témoigne Laurence Dubois, pharmacienne et responsable, au sein du Galec, de la branche parapharmacie.

Mais puisque 20 ouvertures de parapharmacies sont programmées en 2008, avec un objectif de 200 unités dans les trois ans, la proportion de pharmaciens par parapharmacie restera assez faible. « Si Leclerc parvient à faire en sorte que toutes les garanties de conseil soient observées, pourquoi pas, s'amuse, un brin goguenard, un pharmacien d'officine. Mais, dans ce cas, il sera très vite confronté à un problème de rentabilité de son espace, car le salaire d'un pharmacien est autrement plus élevé que celui d'un chef de rayon. »

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Article extrait
du magazine N° 2039

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