Leroy Merlin devient le numéro un du bricolage

|

Selon les derniers chiffres Unibal, l'enseigne de bricolage de la famille Mulliez a détrôné Castorama en France. Un durcissement de la compétition est à prévoir.

Pour la première fois en 2002, selon les chiffres de l'Union nationale des industries du bricolage et des activités de loisirs (Unibal), les ventes de Leroy Merlin en France ont dépassé celles de Castorama. Certes, de quelques dizaines de milliers d'euros seulement, mais la performance s'inscrit dans une tendance de plusieurs années. En effet, la progression du chiffre d'affaires Leroy Merlin a frôlé les 20,3 % sur les trois dernières années, alors que celle de Castorama n'a été que de 5,9 % sur la même période.

Le tout, sur un marché des grandes surfaces de bricolage qui augmentait de 16,3 %. Un coup dur pour le leader historique du marché. Et, bien que Castorama relance enfin la machine sous la direction générale de Philippe Tible, ex-Leroy Merlin, l'écart devrait encore se creuser en 2003.

Ce renversement de leadership n'est pas vraiment une surprise pour les intervenants du marché : ils ont vu Castorama perdre des points de vente au profit de son petit frère Brico Dépôt, changer trois fois de directeur général (et d'orientations stratégiques) et subir une OPA de la part de Kingfisher... Pendant ce temps, Leroy Merlin affinait son concept centré sur la décoration et rachetait Obi en France, une opération bouclée au printemps 2003.

Cette dynamique de l'enseigne sert de moteur à l'expansion de tout le groupe, en Europe tout au moins : intégration d'Aki en Espagne et au Portugal, et présence en Italie avec Brico Center. Pour les fabricants français, intéressés par l'Europe, le groupe offre désormais une capacité d'expansion très prometteuse. « En plus, c'est plus facile d'aller chez Leroy Merlin à Lille pour des référencements internationaux que chez Kingfisher à Londres », lâche un fournisseur. Une remarque qui traduit le malaise agitant le marché depuis que Castorama applique le programme CPR (Cost Price Reduction) élaboré par B & Q, filiale britannique de Kingfisher.

Ce programme prévoit de désigner des fournisseurs privilégiés. Ceux-ci bénéficieront de la progression des ventes de l'enseigne et devront, en échange, offrir une réduction de prix de vente substantielle, de l'ordre de 5 % en trois ans. « Lorsque l'on voit le dynamisme du marché britannique et de B & Q, c'est jouable, mais lorsque l'on vit les atermoiements de Castorama en France depuis trois ans, il y a de quoi rester dubitatif », avoue un fabricant. Ce programme est d'autant plus mal vécu que la plus grande partie des interlocuteurs ne peuvent pas se passer de Castorama.

 

Vers un jeu à trois

Sur certains segments du bricolage pur, comme l'outillage, l'enseigne reste la référence du marché. Surtout, « Casto » dispose d'un atout : son parc de 104 magasins et sa notoriété. « Si elle arrive à redynamiser son offre commerciale (magasin, produits, services), il n'y a pas de raison qu'un point de vente Castorama soit moins attractif qu'un Leroy Merlin », explique un consultant.

En ce sens, le basculement de Castorama en deuxième position signifie plus une recrudescence de la compétition entre les deux frères ennemis du bricolage, dont les concepts se rapprochent à nouveau, qu'un chamboulement. Ceux-ci se partagent toujours près de la moitié du marché des grandes surfaces de bricolage, suivi par un autre duo constitué de Mr Bricolage et Bricomarché. Viennent ensuite Weldom, qui commence à lâcher prise avec 7 % de part de marché, et loin derrière Bricorama.

Cependant, les professionnels n'excluent pas que, d'ici à cinq ans, le marché bascule vers un jeu à trois, grâce au dynamisme de Mr Bricolage. Le groupe, qui a intégré une partie de ces magasins et a racheté le groupe Tabur avec son enseigne Catena, fait l'unanimité autour de sa stratégie et de son dynamisme.

Ainsi, le changement à la tête du marché français du bricolage signale-t-il les profondes mutations qu'a connu le segment en route vers la concentration des enseignes au sein de groupe multi-concepts et internationaux.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1828

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous