Les 7 dossiers chauds de l'immobilier commercial

|

L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE Restés étrangement silencieux sur les questions de l'immobilier commercial, depuis l'arrivée du nouveau gouvernement et la nomination de leur ministre, les professionnels sont pourtant très mobilisés. 2013 verra à coup sûr surgir les débats sur l'inflation des loyers, les inégalités fiscales, les recours abusifs...

«Il n'est pas normal que des actes délivrés par les autorités administratives soient aussi facilement contestables. On touche aux limites du droit de l'urbanisme et aux difficultés de l'Administration dans l'interprétation des textes. » Bernard Deslandes, directeur du développement de Klépierre
«Il n'est pas normal que des actes délivrés par les autorités administratives soient aussi facilement contestables. On touche aux limites du droit de l'urbanisme et aux difficultés de l'Administration dans l'interprétation des textes. » Bernard Deslandes, directeur du développement de Klépierre© DR

«Elle a parlé ! » Comme il fut dit de Greta Garbo passant avec brio du cinéma muet ou parlant, les professionnels de l'immobilier commercial attendaient depuis cinq mois la parole de Sylvia Pinel, « leur » jeune ministre du Commerce, en même temps que de l'Artisanat et du Tourisme. Qui a donc rompu son silence mi-octobre en s'exprimant sur l'encadrement des drives, évoquant aussi de possibles ajustements sur la loi d'urbanisme commercial issue de la LME. Enfin ! Car, jusque-là, le monde des foncières, des centres commerciaux et des fédérations de commerce qui avait tant et tant bruissé au rythme des projets de réforme du précédent quinquennat en était réduit aux conjectures, faute de « signes forts » du gouvernement. Lucides, ils relativisent le poids de leur dossier dans ses urgences, de même que leur maîtrise par la nouvelle équipe en place. « Avec 7 ministres en charge des dossiers économiques à Bercy les périmètres d'attribution étaient encore flous, estime Jean-Michel Silberstein, délégué général du Conseil national des centres commerciaux. Et les premières priorités d'un gouvernement en butte aux menaces de récession sont plutôt d'ordre macroéconomiques. »

 

Une loi restée en plan

Dans cet entre-deux, nul n'ayant eu vent des desseins précis du président ou du ministère sur l'avenir de l'urbanisme commercial, force était de se référer à la dernière parole du candidat François Hollande sur le sujet exprimée en février devant le Conseil du commerce de France. Et confirmée ensuite par Sylvia Pinel... À savoir « qu'il n'y aura pas de nouvelle loi sur l'urbanisme commercial dans le quinquennat, si j'ai l'honneur de conduire la République ».

Mais où en est ladite loi ? La proposition de loi issue de la LME, modifiée par le Sénat, relative à l'urbanisme commercial, a été déposée le 2 juillet 2012, officialise le site de l'Assemblée nationale. « Nous sommes donc restés en plan avec cette ultime proposition ''Piron-Braye'' [du nom de Michel Piron, député UMP de Maine-et-Loire, et Dominique Braye, sénateur rapporteur de la loi, NDLR] », déplore le porte-parole du CNCC. Et voilà pourquoi votre filière est muette...

Pour briser le silence, au moins les fédérations ou les patrons de foncières auraient-ils pu se fendre de communiqués ou d'ouvrage à l'usage des nouveaux responsables, comme ils nous y avaient habitués depuis cinq ans. Tel l'opuscule des 7 propositions pour un commerce durable du CNCC, manifeste lancé au printemps, au coeur de la campagne électorale. Ou le livre Plus vite! La France malade de son temps, écrit par Guillaume Poitrinal, président du directoire d'Unibail-Rodamco pour dénoncer les effets lénifiants sur l'économie française de nos lenteurs administratives et judiciaires...

 

Silencieux, mais mobilisés

Sauf que les dirigeants n'ont pas le coeur à la bataille. « C'est un peu la "saison 2" d'une campagne électorale déjà délétère pour le moral des Français, sans la parenthèse enchantée d'un état de grâce sur la présidence Hollande », considère un patron. « Je n'ai pas le temps de faire du lobbying, trop occupé à assurer la croissance de ma foncière », enchaîne un autre. « Ils sont fatigués, épuisés par ces combats autour de l'immobilier commercial où ils ont reçu tant de coups, où ils ont tant discuté, pour n'aboutir à rien ! », résume Chris Igwe, directeur du département Retail de CBRE.

Mais il faut se méfier de l'eau qui dort... « Ce silence est provisoire, tout le monde reste très mobilisé », avertit Maurice Bansay, président fondateur d'Apsys. De fait, frappés nous-mêmes par cet étrange faux-calme depuis la nomination du gouvernement, nous avons voulu savoir quels étaient les « dossiers chauds » en préparation. Nous en avons identifié sept, dont Sylvia Pinel ne devrait pas manquer.... d'entendre parler !

 

1. Des commerçants à l'extrême du taux d'effort

C'est un peu comme une intrigue à suspens où la pression ne cessant de monter on s'attend à un grand clash... qui n'est pourtant pas encore arrivé. Depuis la crise de 2008, le bras de fer entre propriétaires-bailleurs et commerçants-locataires ne cesse de se durcir. Et « l'effet de ciseaux » de s'intensifier pour ces derniers entre loyers et charges inflationnistes, tandis que s'érodent chiffres d'affaires et fréquentation des centres commerciaux.

Cette fois-ci, cela devient très grave, selon Christopher Wicker, PDG de Retail Consulting Group : « Avec la baisse endémique de la consommation, les enseignes atteignent les limites des taux d'effort acceptables [le ratio entre le loyer avec charges et le chiffre d'affaires, NDLR ]. Certaines devront revoir en profondeur leurs stratégies d'implantation. Et il faut s'attendre à voir les taux de vacance augmenter dans les centres commerciaux les moins puissants. »

« Jusqu'en 2010, bailleurs et enseignes tentaient encore de se rapprocher et de s'écouter pour chercher des terrains d'entente, analyse Chris Igwe, du cabinet CBRE. Mais les positions se sont durcies, on campe sur ses positions et l'on risque d'aller vers plus de contentieux ! » Telles les enseignes de prêt-à-porter du groupe Bestseller Vero Moda et Jack et Jones, qui ont attaqué leur bailleur à O'Parinor au motif que l'extension où elles ont été implantées n'offrait pas l'environnement adéquat pour leur permettre d'exercer leur activité !

 

La raison plutôt que le clash

Diverses méthodes furent expérimentées pour désamorcer cette bombe à retardement. La « rebelle » avec Procos en chef de file pour tenter de rééquilibrer le rapport bailleur-enseigne au fort des secousses post-crise de 2008. Puis la « diplomatique », il y a un an, avec l'initiative de l'Alliance du commerce - rassemblant l'Union du grand commerce de centre-ville, la Fédération des enseignes de l'habillement et le Syndicat des succursalistes de la chaussure - cherchant les solutions dans l'usage subtil du droit et de la jurisprudence lors de la signature des baux.

Plutôt qu'au clash il faut donc cheminer vers la raison. « La recherche de relais de croissance par nos adhérents passait, jusqu'à présent, par la conquête de marché, considère Pascal Madry, directeur de Procos. Ils ont notamment accru leur parc en étendant leur maillage du côté des petites villes. Mais, cette ultime voie étant explorée, il leur faut désormais passer à une autre logique, celle de l'optimisation et des arbitrages dans un paysage sur-densifié. »

 

Faire la révolution interne !

Mais l'ultime solution pourrait résider dans une grande révolution... interne ! « En France, les bailleurs ne sont pas proactifs, continue Chris Igwe. Considérant qu'ils mettent à disposition leurs flux de clients, ils trouvent que tout va bien tant qu'on leur paie le loyer, et ne se préoccupent guère de taux d'effort. Leur alter ego anglo-saxons réfléchissent davantage en commerçants et vont en magasins. » « Jusqu'à présent, les foncières s'estimaient responsables du trafic et non du chiffre d'affaires, confirme Géry Robert-Ambroix, directeur général de Mercialys. Dans le cadre de notre démarche "foncière commerçante", nous sommes les premiers, avec l'Agence d'Ici, à créer une structure destinée à booster les activités de nos locataires, en exploitant notre connaissance de la zone de chalandise. » Belle piste à suivre...

 

LA PROBLÉMATIQUE

Le loyer et les charges des enseignes locataires des centres continuent d'augmenter, alors que la baisse de la consommation tire la fréquentation et les chiffres d'affaires vers le bas.

 

LES CHIFFRES

- 0,5%

L'indice de fréquentation des centres commerciaux en cumul huit mois à fin août 2012 versus 2011

- 1,9%

L'indice d'activité des centres commerciaux sur la même péride

Source : CNCC

 

2. Commerce physique et en ligne inégaux en taxation

«Imaginez deux équipes qui joueraient au même sport sur le même terrain, lance Jean-Michel Silberstein, le délégué général du CNCC évoquant le e-commerce et le commerce "en dur". Trouveriez-vous normal que l'une soit équipée de chaussures légères et l'autre de lourds brodequins ? » Une façon imagée d'évoquer l'inégalité fiscale entre les deux circuits. « Depuis 2008, la pression n'a pas cessé de s'accroître pour le commerce physique, de taxe sur les surfaces commerciales (Tascom) en contribution économique territoriale (Cet) en passant par la taxe sur la publicité extérieure (TPLE), continue-t-il. Alors que le commerce en ligne est épargné. Aujourd'hui, nous clamons "stop, les taxes ça suffit !" » « Approchant la dizaine, elles représentent jusqu'à 6% du chiffre d'affaires (hors taxes) des commerçants », rapporte Vincent Ravat, directeur des opérations d'Hammerson. « Les jeux sont pipés, et certains avantages compétitifs indus, vitupère le représentant des centres commerciaux, quand l'Autorité de la concurrence pointe des produits électrodomestiques quelque 10% moins chers sur la Toile que dans des magasins. »

 

Le combat, oui, mais le bon...

Faut-il donc se mettre à « charger » à son tour le e-commerce ? Non ,! clament d'une seule voix les acteurs de l'immobilier commercial. Ou du moins pas tous les e-commerçants. « Il ne faut pas se tromper de combat, tempère Gilles Boissonnet, président du directoire d'Altaréa-Cogedim. Il ne s'agit pas d'opposer commerce sur le Net contre commerce réel, d'autant que nos propres locataires jouent sur les deux canaux. Mais de pointer la distorsion de concurrence entre économies mondiales et française qui n'appliquent pas les mêmes règles. »

 

Pourquoi pas une fiscalité numérique ?

En ligne de mire, les « Gafa » - entendez les pure players étrangers de type Google, Amazon, Facebook et Apple - non soumis à taxation. Et dont « les critères d'implantation au Luxembourg ou en Irlande reposent quasi exclusivement sur le principe d'exclusion fiscale », précise le sénateur Philippe Mariani dans sa proposition de loi émise en juin dernier. Elle vise à « installer aux niveaux national, européen et international une fiscalité numérique neutre et équitable ».

En attendant, loin d'ajouter de l'huile sur le feu numérique, le porte-parole des centres commerciaux affiche des positions finalement modérées. Jocker d'abord, sur les acteurs hexagonaux par rapport aux transnationaux : « Nous ne sommes pas pour la taxation de l'e-commerce français, qui paie au moins la TVA et l'impôt sur les sociétés. » « Il serait mal venu de faire un bouc émissaire de ce modèle en voie d'établissement, loin encore d'avoir trouvé son équilibre », approuve Antoine Nougarède, directeur de l'immobilier commercial d'Icade.

Tous les sites sont effectivement loin de gagner de l'argent, spécialement ces modestes acteurs de la vente en ligne qu'on devrait nommer « cyberarstisans » plutôt que start up ! Pouce !, également, sur les magasins auxquels « on applique un gel de la taxation sur le commerce physique », réitère Jean-Michel Silberstein. Ajoutant toutefois, prudent, au cas où le gouvernement en quête de nouvelles contributions persisterait à augmenter les taxes, « qu'elles soient appliquées de façon équivalente aux commerces physiques et virtuels ! ».

 

LA PROBLÉMATIQUE

Une dizaine de taxes pèsent sur le commerce physique, alors que le e-commerce en est épargné. Spécialement les cybermarchands transnationaux établis hors France.

 

LE CHIFFRE

6%

La part atteinte par quelque huit taxations appliquées au commerce physique dans son chiffre d'affaires (hors taxes). Soit l'équivalent moyen des loyers.

Source : CNCC

 

3. La plaie des recours abusifs « antiprojets »

«Je n'ai jamais vu cela depuis que je fais ce métier !, déclare Maurice Bansay, président fondateur d'Apsys. Les recours sont responsables du blocage de quelque 10 milliards d'euros d'investissements différés ou annulés pour l'industrie des centres commerciaux et des bureaux, représentant 45 000 emplois, pour des projets pourtant autorisés et financés ! » Des recours contre des décisions d'autorisation ou des permis de construire trop souvent abusifs ou crapuleux.

Ainsi, « une association de riverains avait déposé un recours contre le projet du Millénaire près de Paris, au prétexte qu'il manquait une pièce dans l'étude sur les risques de bruits du chantier, dévoile un proche du dossier. Nous nous sommes rendu compte que les adresses desdits riverains étaient fictives, que l'avocat de l'association était le prête-nom d'un cabinet parisien et que, derrière tout ça, se cachait... une grande chaîne de distribution ! » Une véritable plaie pour l'économie française. « Les recours font perdre un an en moyenne sur l'ensemble de nos projets représentant une centaine de millions d'euros d'investissement, précise Antoine Frey, président du directoire de Frey, avec le millier d'emplois à la clé. »

 

Parfois jusqu'à l'abandon

Au mieux, l'aménagement prend du retard. « Notre projet de réhabilitation urbaine les Ateliers (40 000 m²), à Saint-Martin-d'Hères, initié depuis 2008, soutenu par la ville et autorisé en Cnac, devait ouvrir cette année, confie Maurice Bansay. Échéance repoussée à 2014 ou 2015 à cause de recours. »

Les délais d'ouvertures sont ainsi décalés de deux, trois, parfois quatre et jusqu'à cinq ans par rapport aux échéances prévues. Quand les projets ne sont pas carrément stoppés. Tel celui de la Bastide Rouge à Cannes (13 000 m2) confié à la Compagnie de Phalsbourg. Bien qu'autorisé en Cnac et pourvu de son permis de construire, il a été abandonné cet été, après trois ans de procédures...

 

Sanctionner les requérants crapuleux

« Il faudrait remettre en cohérence le temps économique et le temps judiciaire », estime Antoine Frey. À savoir purger les dossiers en trois ou quatre mois plutôt qu'en plusieurs années. En effet, « le requérant use de la lenteur de la justice comme d'une arme de combat, décrypte un expert. Quand bien même il perd son procès, il gagne en faisant accumuler les retards au promoteur. Pendant lesquels les banques ne veulent plus financer, les emplois ne se créent pas... »

Nul ne veut toucher au droit fondamental « d'ester en justice » qui ouvre aux personnes l'exercice du recours devant un tribunal. Mais des voix s'élèvent pour sanctionner les requérants crapuleux - essayant parfois de monnayer le retrait de leurs plaintes - en proportion des préjudices subis. Pour user de l'arsenal juridique afin d'attaquer devant le tribunal de grande instance, tel qui vous a nuit. Ou encore, comme dans certains pays, pour exiger du plaignant qu'il dépose en même temps que son recours, une caution proportionnelle au préjudice qu'il estime. La perte du procès entraînant celle de la somme, cela refroidit certains zèles.

 

LA PROBLÉMATIQUE

Les multiples recours intentés contre des projets commerciaux pourtant autorisés, dotés de permis de construire et financés enrayent la dynamique d'aménagement.

 

LE CHIFFRE

6 Mrds € d'investissements et 22 000 emplois différés ou annulés en raison des recours engagés contre les seuls projets d'équipements commerciaux

Source : CNCC

 

4. La dérive planificatrice des Dac

Chacun a son mot à dire dès lors qu'il s'agit d'équiper une ville. Le pro de l'immobilier commercial se réclame de son expertise, et le maire, de l'autorité qui lui a été confiée sur le périmètre local. Dans cette lutte, certains élus profitant du flou législatif ont trouvé dans le Dac (document d'aménagement commercial) une arme redoutable de « téléguidage » commercial.

Retour sur la genèse de ce fameux document. En juin 2010, l'Assemblée nationale adoptait en première lecture le projet de loi dit Ollier, qui devait supprimer les Cdac et Cnac pour faire du Dac - élaboré par les municipalités et les intercommunalités - le futur outil de l'aménagement commercial. Mais en ne poussant pas la notion de planification plus loin qu'une simple « orientation » relative aux futurs équipements et à leur localisation. Las, ladite loi n'a pas été votée... « Et certains élus usent de ces Dac pour fixer des typologies de commerces, geler les situations acquises en autorisant les développements sur les seules aires foncières déjà établies », déplore Jean-Michel Silberstein, délégué général du CNCC. Ceci en violation du principe européen de libre concurrence. On cherche aussi à favoriser les centres-villes au dépend des périphéries. « En septembre 2011, la communauté de communes d'Annemasse a voté un Dac autorisant la seule ville à établir de nouveaux commerces au détriment de sa périphérie où seules restent admises les concessions automobiles ou surfaces de bricolage ou jardinage », détaille Bertrand Boullé, président du cabinet de conseil Mall & Market.

 

Le commerce ne se décrète pas

« Qu'un document définisse les orientations générales des élus en termes de pôles de commerce ne me semble pas inintéressant, d'autant que ces opérations sont longues, représentent de lourds investissements et engagent l'avenir, admet Bernard Deslandes, directeur du développement de Klépierre. Mais le diable est dans les détails de ces typologies. »

Reste que « le commerce ne se décrète pas, estime Antoine Nougarède, directeur de l'immobilier commercial d'Icade. À tout légiférer, on se déconnecte des réalités économiques. Si l'on admet le principe de zonage, ce n'est pas selon les desseins arbitraires d'un élu, au gré des alternatives politiques, ni avec la seule vision des urbanistes qu'il faut le définir. Mais en y associant les acteurs du commerce. Faute de quoi, les Dac deviennent des freins au développement économique. »

 

LA PROBLÉMATIQUE

Le Dac ne peut définir de zonage que sur des critères environnementaux ou urbanistiques. Non économiques. Certains élus en usent pour imposer des typologies commerciales.

 

5. Ouvrir le dimanche... Jusqu'où ?

L'ouverture dominicale des centres commerciaux est affaire de coeur et de raison ! L'argument le plus objectif en sa faveur est l'accessibilité sept jours sur sept du client au e-commerce ! « Alors que j'étais plutôt opposé au principe, c'est cette autre distorsion de concurrence entre commerce physique et virtuel qui m'a fait basculer », reconnaît un dirigeant de foncière. « L'assouplissement de la législation va également dans le sens d'une amélioration de l'expérience client cherchant toujours une facilitation de ses achats », appuie Vincent Ravat, directeur des opérations d'Hammerson. « Le premier service du commerce dû aux consommateurs est... d'être ouvert ! », clame enfin Jean-Michel Silberstein, porte-parole du CNNC.

 

Des avis prudents

Ouvrir les magasins le dimanche, oui... mais jusqu'où ? Douze dimanches par an (contre cinq, lire aussi p 26-27) pour tous : telle est la proposition du CNCC « en laissant au maire la possibilité de réguler les dates les plus adaptées localement ». Et un régime d'exception pour les grandes agglomérations, qui auraient une dérogation permanente durant une période probatoire de un an sous réserve de l'accord d'au moins 75% des commerçants de la zone.

Mais certains trouvent cette homogénéisation nationale un peu hardie. « Partout où il y a des flux, touristiques notamment, qui surpassent les fréquentations habituelles, la question mérite d'être posée, estime Pascal Madry, directeur de Procos. Tels des sites d'exception comme le quartier Haussmann ou la Cité des Sciences à Paris. Mais il faut en faire un principe généralisé. Si l'on se pose la question du retour sur investissement par rapport au surcoût du dimanche. » Il faut aussi se défier du parisianisme. « Les réalités ne sont pas les mêmes entre la capitale et les villes moyennes françaises, estime Bernard Deslandes, directeur du développement de Klépierre. Notamment dans les temps de transports dont dépendent les reports d'achats vers le week-end. »

 

LA PROBLÉMATIQUE

L'accessibilité permanente au e-commerce et les déséquilibres de concurrence locaux militent pour une homogénéisation des règles d'ouverture. Mais villes, flux et besoins ne sont pas partout égaux.

 

6. L'ILC, indice contractuel ou obligatoire ?

L'accord sur l'indice des loyers commerciaux (ILC) est né dans la concertation il y aura cinq ans en décembre. Cinq fédérations de propriétaires-bailleurs et locataires-commerçants signaient pour faire de ce nouvel indice « modéré » la base de fixation des hausses des loyers, alternative au trop inflationniste indice du coût à la construction (ICC). Mais cette substitution était subordonnée à un accord entre les deux parties. Voici que la fédération Procos jette un couac en militant pour un ILC obligatoire. En ligne de mire, non pas les grandes foncières, qui l'appliquent déjà dans 80 à 90% des baux, mais les « petits propriétaires » de centre-ville soucieux de rentabiliser leurs biens. Au point de ne l'accorder qu'à environ 25% des enseignes et 10% des commerces indépendants.

Procos est donc parti prêcher la bonne parole auprès de l'Union nationale de la propriété immobilière (UNPI) afin de « faire de la pédagogie sur les vrais intérêts de ces petits propriétaires, souligne Pascal Madry, directeur de Procos. Le risque au long terme, avec l'inflation de l'ICC, étant de multiplier les vacances au sein de leur patrimoine, et de déprécier ainsi leurs actifs. »

Mais les grandes foncières ne l'entendent pas de cette oreille. « L'adoption de l'ILC est le fruit d'une négociation contractuelle avec les enseignes, soutient Gilles Boissonnet, président du directoire d'Altaréa-Cogedim. Cet acte volontaire ne doit pas devenir une loi obligatoire. » En clair, l'effet modérateur de l'ILC sert de monnaie d'échange pour quelques concessions dans les négociations serrées entre propriétaires et locataires. « Systématiser l'ILC, c'est ôter aux bailleurs un critère de distinction parmi leurs commerçants entre leurs bons et... plus mauvais élèves », résume un spécialiste.

 

LA PROBLÉMATIQUE

L'adoption de l'indice des loyers commerciaux, modérant leur hausse, résulte d'un acte volontaire entre bailleurs et locataires. Procos veut le rendre obligatoire.

 

7. Les dates des soldes flottants... à fixer !

Tout comme les villes à la campagne, les soldes flottants à... dates fixes semblent être un aphorisme à la Alphonse Allais ! C'est pourtant une revendication quasi généralisée chez les représentants de l'immobilier de commerce. Depuis l'hiver 2009, en effet, les soldes, qui, se jouaient auparavant en hiver et en été à dates fixes, se sont démultipliés en deux autres périodes intermédiaires dites « soldes libres ou flottants ». Dont chaque commerçant peut choisir les dates. Le hic est dans cette liberté de date. Qui provoque un véritable tollé. Et pousse chacun à redéfinir la notion de soldes.

« C'est un phénomène d'aubaine à un moment donné, qui perd tout sens si chaque chaîne adopte une période différente, clame l'un. D'autant que toutes n'ont pas les moyens d'annoncer seules leurs dates. » « L'intérêt du mot soldes est son aspect événementiel, il doit être inscrit au calendrier ! », confirme un autre. « Autant libéraliser la date de Noël ! », s'étrangle un troisième. « À diluer ainsi les rendez-vous, on fait perdre les repères des prix "vrais" aux consommateurs », raisonne-t-on à la fédération Procos.

 

Les « Quatre Saisons »

Bref, « les soldes c'est comme Vivaldi, tempère avec humour Jean-Michel Silberstein, ce sont quatre saisons. À dates fixes, outre ceux d'été et d'hiver, que l'on pourrait établir sur les périodes fin avril-début mai et fin octobre-début novembre. »

Même cette vision vivaldienne du délégué général du CNCC ne trouve pas grâce aux yeux des plus « intégristes » des soldes à l'ancienne. Qui rayeraient bien d'un trait de plume les trop perturbants soldes intermédiaires pour revenir à deux « fêtes du commerce » pleines et entières.

 

LA PROBLÉMATIQUE

L'ajout de deux périodes intermédiaires de soldes à dates libres dilue la portée événementielle du calendrier hiver-été.

  • 734 Le nombre de centres commerciaux en 2011
  • 15,3 MILLIONS DE MÈTRES CARRÉS GLA La surface que représentent les 734 centres commerciaux en 2011
  • 118 Mrds € Le chiffre d'affaires réalisé par l'ensemble des centres commerciaux en 2011, soit un quart du commerce de détail
  • 3,2 Mrds Le nombre total de visites annuelles dans les centres en 2011

Source : CNCC

 

RENDEZ-VOUS

  • 14 au 16 novembre 2012 Salon du Mapic, Palais des festivals de Cannes
  • 26 novembre 2012 Réunion sur le e-commerce et la politique européenne d'harmonisation fiscale à Bruxelles sous l'égide de l'International Council of Shopping Centers (ICSC).
  • 24 janvier 2013 Colloque à l'Assemblée nationale sur la contribution des centres commerciaux à l'économie française.

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2250

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Recevez tous les quinze jours l’actualité des centres commerciaux et foncières, surfaces commerciales, artères commerçantes et centres-villes.

Ne plus voir ce message