Les alternatives à l'aspartame se multiplient

|

Dossier Décrié en France, l'aspartame pourrait être réhabilité par l'Efsa d'ici à un mois. Il n'empêche. La plupart des acteurs ont reformulé leurs recettes pour pouvoir afficher un très vendeur « sans aspartame ».

Le moins sucré

La version 2013 de la gamme VitaminWater contient 30% de sucre en moins que la précédente. Cette boisson fonctionnelle appartenant à la Coca-Cola Company a été reformulée par le centre de R et D européen du groupe à Bruxelles. Les 30% de sucre en moins ont été remplacés par de l'extrait de stévia. Un édulcorant naturel à la mode qui, à petites doses, n'entraîne pas d'arrière-goût de réglisse.

 

Le sucralose, l'autre édulcorant

Et maintenant Schweppes. Après la reformulation d'Orangina Light en 2012 (rebaptisée pour l'occasion Orangina Miss O !), voici cette année l'arrivée de Schweppes Zero, qui remplace Schweppes Light. Le point commun des deux boissons : elles sont été reformulées sans aspartame et ont toutes deux adopté le sucralose. Certes, c'est, comme l'aspartame, un édulcorant artificiel, mais il n'est pas l'objet de débats concernant les dangers d'une consommation excessive.

Le sucre assumé

Du pur sucre cristal, voici comment Lorina sucre ses nouveautés 2013 : toute une gamme de boissons aux fruits gazeuses. La marque assume son choix inspiré par une étude consommateurs qui indique que « huit consommateurs sur dix recherchent des boissons sans édulcorant artificiel ». Sur l'étiquette avant, Lorina indique que sa boisson est « garantie sans édulcorant artificiel ».

Le chimiste américain qui mit au point l'aspartame doit être bien abasourdi par les controverses qui entourent son travail. C'était en 1965, et ce chercheur de la société pharmaceutique Searle (aujourd'hui propriété du géant Pfizer) découvrit par le plus grand des hasards le pouvoir sucrant d'une molécule sur laquelle il travaillait. Faible en calories, cet édulcorant - ou E 951 - est, en effet, doté d'un pouvoir sucrant 200 fois supérieur à celui du saccharose, autrement dit, du sucre de table.

Las ! Depuis quelque temps, voici l'aspartame, autorisé depuis plus de trente ans en Europe, accusé de tous les maux. Certaines études font état de possibles effets néfastes sur la santé, ce que les médias n'ont pas manqué de relayer. Ces études ont été jugées suffisamment préoccupantes par la Commission européenne pour que celle-ci demande à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) de réévaluer de façon urgente cet édulcorant. 


Réévaluation prioritaire 

En effet, dans le cadre du règlement UE 257/2010, l'Efsa a pour mission de réévaluer tous les additifs alimentaires ayant été autorisés en Europe avant le 20 janvier 2009, cela d'ici à 2020. La Commission européenne a même fixé un calendrier des priorités. Par exemple, elle avait estimé urgent de se pencher sur les colorants, certains conservateurs et émulsifiants. La famille des édulcorants aurait dû être soumise à réévaluation vers la fin de ce calendrier. C'était sans compter sur la pression des députés européens, qui, se faisant l'écho de l'opinion publique, ont demandé, dès mai 2011, à l'Efsa de réévaluer l'aspartame en priorité. Bien plus tôt que prévu. 

Ainsi, le rapport concernant l'aspartame est attendu d'ici à début juin. Dès janvier 2013, l'Efsa a laissé entendre que les consommateurs n'encouraient aucun risque à remplacer le sucre par cet édulcorant. Hélas, le mal est fait. Une partie des Français(es) se méfient des boissons light et autres produits en contenant. Les chiffres des ventes parlent d'eux-mêmes : la catégorie s'enfonce depuis quelques années. En 2012, le segment des boissons light (environ 20% du marché) a encore perdu 3,8% en volume, en hypermarchés et supermarchés, selon Nielsen (d'après fabricants). 

Des fabricants réactifs

Une situation qui devait faire réagir la plupart des opérateurs. Système U a largement communiqué sur le fait qu'il bannissait l'aspartame de certaines de ses boissons. Orangina a reformulé sa version light avec du sucralose, et, pour marquer cette transformation, a rebaptisé Orangina Light, qui est devenu Orangina Miss O ! C'était en 2012. Pari gagné, selon Hugues Pietrini, PDG d'Orangina-Schweppes France et Belgique, qui, en début d'année, annonçait que les ventes d'Orangina Miss O ! ont bondi de 25% en un an. Cette année, le numéro deux français des boissons sans alcool continue la conversion de ses marques vers le sucralose, un édulcorant chimique comme l'aspartame, mais qui ne subit pas à ce jour de controverse médiatisée. En 2013, c'est au tour de Schweppes Light de changer de nom pour Schweppes Zero... et donc de troquer l'aspartame pour du sucralose. Une substitution qui demande du temps : « Cela nécessite un important travail de recherche et développement », assurait Élodie Delplace, directrice du développement d'Orangina-Schweppes, lors de la présentation des innovations du groupe. 



De son côté, PepsiCo annonçait en début d'année un lancement qui sera très soutenu en communication, celui de Pepsi Next. Un cola qui contient 30% de sucre en moins qu'un cola classique. Il ne possède aucun édulcorant artificiel, mais un peu de stévia pour que le goût soit aussi sucré qu'un Pepsi classique.

« Troisième voie »

« Le goût associé à la naturalité est plus important en France qu'ailleurs, explique Bruno Thévenin, directeur des affaires boissons et épicerie de PepsiCo France. Cette troisième voie d'un cola qui ne contient que 7,4 g de sucre pour 100 ml a séduit les consommateurs qui l'ont testé. Avec Pepsi Next, nous nous adressons à ceux qui ont quitté la catégorie des light en 2012, soit 640 000 foyers, mais aussi à ceux qui ont déserté le rayon des colas classiques (430 000 autres foyers). » Après l'Australie, la France est le deuxième pays où le groupe américain lance Pepsi Next. 



Quoi de neuf chez Coca-Cola ? Sur sa marque, pas grand-chose, car il n'est sans doute pas facile de faire évoluer une signature aussi globale (lire ci-contre). Un certain immobilisme dans les recettes que Coca-Cola compense avec des éditions limitées, beaucoup de communication et d'activation sur les réseaux sociaux. Toutefois, sur ses autres marques, comme VitaminWater, Nestea, Sprite ou Fanta Still, les reformulations sont allées bon train.

CLAIRE MEUNIER, RESPONSABLE NUTRITION DE COCA-COLA FRANCE « Nos édulcorants sont garantis par les autorités de santé »

LSA - Comment appréhendez-vous tout ce qui se dit sur l'aspartame ?
Claire Meunier - On entend beaucoup de choses sur l'aspartame. Chez Coca-Cola, nous nous fions aux positions des agences sanitaires. Elles ont l'avantage d'être issues d'expertises collectives, mais aussi d'être indépendantes. La Commission européenne a demandé à l'Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) de réévaluer la sécurité de tous les additifs alimentaires. L'Efsa a déjà revu l'ensemble des colorants et a anticipé dans son calendrier la réévaluation de cet édulcorant. Elle a publié un prérapport en janvier qu'elle a soumis à consultation publique, avant de rendre un rapport définitif en juin. Leurs experts ont regardé toutes les études menées depuis la création de l'aspartame en 1965. Ils ont confirmé que sa consommation est sûre pour tous. La seule contre-indication est la phénylcétonurie, une maladie génétique très rare - systématiquement détectée à la naissance. Le prérapport précise que la dose journalière admissible est de 40 mg/kg et par jour, ce qui correspond, pour une personne de 60 kg, à plus de 20 canettes de boissons light par jour.

LSA - Reste l'opinion publique, parfois défavorable à l'aspartame...
C. M. - Notre volonté est de proposer au public un éventail de boissons sucrées, à teneur réduite en calories, voire sans. Les édulcorants, dont l'aspartame, nous permettent de le faire. Nous choisissons les édulcorants parmi ceux autorisés en Europe et dont la sécurité est garantie par les autorités de santé, en les combinant, car aucun n'a exactement le même goût que le sucre, comme pour Coca-Cola Light, qui contient aspartame et acésulfame-K. Nous utilisons aussi l'extrait de stévia, un édulcorant d'origine naturelle, dans Fanta Still depuis 2010, Nestea et Sprite depuis 2012.
PROPOS RECUEILLIS PAR S. LEB.

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2272

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Eaux, sodas, jus, bières, vins, liqueurs et spiritueux : chaque semaine recevez les dernières infos et nouveautés du rayon Boissons.

Ne plus voir ce message