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Les boissons sont-elles prêtes pour l'étiquetage environnemental ?

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Le ministère du Développement durable devrait bientôt rendre ses conclusions sur l'étiquetage environnemental, suite à l'expérimentation menée en 2011 et 2012. Reste la manière d'informer les consommateurs. Les industriels penchent pour une information déportée. Pour des raisons de coût et de place sur l'étiquette.

Sylvain Jungfer, président de la Boîte Boisson
Sylvain Jungfer, président de la Boîte Boisson

«La France pourrait créer un précédent international en devenant le premier pays à rendre obligatoire un étiquetage contenant de l'information à caractère environnemental », peut-on lire dans une note du ministère canadien de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire. Mêmes genres de propos sur les sites de bien des ministères étrangers. Les fabricants du monde entier, pour peu qu'ils soient exportateurs de biens de consommation en France, tendent tous une oreille attentive sur les décisions gouvernementales en matière d'étiquetage environnemental. Et pour cause. La France est pionnière dans ce domaine, car, à la suite de la loi Grenelle II, une expérimentation d'un an, menée entre juillet 2011 et juillet 2012, à engager les industriels et les distributeurs à calculer le cycle de vie de leurs produits afin de calculer leurs émissions de gaz à effet de serre (CO2), retenu comme seul critère obligatoire. Une expérimentation à laquelle ont participé nombre d'acteurs des boissons non alcoolisées, peu dans les secteurs du vin et des spiritueux (lire ci-dessous). L'étiquetage environnemental a une finalité, énoncée dans la loi Grenelle II : il doit « permettre au consommateur d'intégrer des informations concernant les impacts environnementaux d'un produit comme critère de décision dans son acte d'achat ». Quand sera-t-il rendu obligatoire et sous quelle forme ? Nul ne le sait encore. Mais les choses sont en train d'évoluer.

LE CONTEXTE

  • L'expérimentation sur l'étiquetage environnemental a duré un an et pris fin en juillet 2012.
  •  Suite à cette expérimentation, le CGDD est en train de rédiger un rapport attendu pour la fin du 1er semestre 2013.
  •  En février, le Centre d'analyse stratégique qui dépend du Premier ministre a publié une note qui recommande un étiquetage des données environnementales sur chaque produit, mais aussi sur le ticket de caisse.

 

Une obligation sur les produits d'ici trois à cinq ans

En effet, début février, le Centre d'analyse stratégique qui dépend du Premier ministre (le Cas) a publié une note intitulée « Pour un affichage environnemental obligatoire des produits de consommation ? ». Ce centre - qui a pour mission de donner des avis afin d'éclairer le gouvernement dans la définition et la mise en oeuvre de ses orientations stratégiques - propose notamment de rendre obligatoire l'étiquetage à échéance de trois à cinq ans, cela sur le produit. Autre avis du Cas : « mentionner sur le ticket de caisse des produits achetés leur contenu en CO2 et leur impact sur la biodiversité, ainsi que l'a expérimenté l'enseigne Leclerc ».

En parallèle, le Commissariat général au développement durable (CGDD), dépendant du ministère de l'Écologie et du Développement durable, consulte en ce moment même les instances concernées - associations de consommateurs, responsables professionnels, DGCCRF, Conseil national de la consommation, etc. - afin de rédiger un rapport qui devrait être présenté aux parlementaires à la fin du premier semestre 2013. Si tout se passe bien, un décret en Conseil d'État devrait être publié par la suite. « Cela peut aller assez vite », pense Carole Fonta, directrice du développement durable à l'Ania. Ce rapport fait suite à la première expérimentation, qui a montré des industriels un peu démunis face à la manière de calculer leurs émissions de CO2. Ils n'avaient pas de méthodologie harmonisée. « C'était d'une complexité incroyable, raconte une salariée d'un acteur de l'eau. Lorsque nous nous rencontrions entre industriels, nous nous rendions compte que personne n'avait utilisé les mêmes critères. Nous avons dû tout harmoniser en cinq mois. Un vrai tour de force. »

QUI A PARTICIPÉ À L'EXPÉRIMENTATION ?

À TITRE COLLECTIF

  • Les boissons rafraîchissantes Coca-Cola, Orangina-Schweppes, PepsiCo via le SNBR (Syndicat national des boissons rafraîchissantes)
  • Les eaux minérales Danone Eaux France, Nestlé Waters France, Saint-Amand via la Csem (Chambre syndicale des eaux minérales)
  • Les jus de fruits et nectars Eckes Granini, Emig, Jus de fruits d'Alsace, LSDH, Orangina-Schweppes, PepsiCo, Refresco via Unijus (Union nationale interprofessionnelle des nectars et jus de fruits)

À TITRE INDIVIDUEL

  • Les bières Heineken, Kronenbourg

 

Une démarche plus difficile pour les PME

Dans ce secteur, les trois entreprises à s'être lancées dans cette aventure de l'étiquetage environnemental l'ont fait collectivement. Elles ont plutôt les reins (financiers) solides : Danone Eaux France, Nestlé Waters et Saint-Amand. La démarche est plus difficile à entreprendre pour les PME. « Les grands groupes ont des moyens humains dédiés au développement durable, explique le patron d'une PME. En général, ils ont déjà calculé l'empreinte carbone de leurs sites industriels, de leurs trajets, le cycle de vie de leurs emballages. » De fait, Coca-Cola Entreprise ou Danone ont de longue date initié des politiques de réductions de leurs émissions de CO2. « En 2008, le groupe Danone avait engagé ce défi : que chaque filiale réduise son empreinte carbone de 40%, explique Véronique Penchienati, directrice générale de Danone Eaux France. De l'exploitation raisonnée des sources à la fabrication des emballages, en passant par le développement de solutions de transport multimodal ou encore l'amélioration du coefficient de remplissage des camions, tout contribue à la réduction de l'émission de CO2. »

Les grands acteurs de l'eau, poussés par une méfiance de certains consommateurs envers l'eau en bouteille, ont été très actifs sur ce sujet et le font savoir pour, précisément, réduire cette suspicion. Avec raison, comme le montre l'analyse menée par le cabinet Greenext, l'agence conseil en solutions industrielles de calcul pour une production et une consommation durable (lire p. 9). L'eau embouteillée émet peu de CO2 car elle n'utilise pas de matières agricoles. L'emballage et le transport sont les deux gros postes qui alourdissent le plus son bilan carbone. Mais, dès qu'un produit utilise des matières premières agricoles, le nombre de grammes de CO2 émis grimpe en flèche. C'est le cas du jus d'orange, qu'il provienne du Brésil ou d'Espagne car, outre son transport, la culture de l'orange est gourmande en eau et en produits phytosanitaires.

L'EMBALLAGE COMPTE BEAUCOUP DANS LE CALCUL DES ÉMISSIONS DE GAZ CARBONIQUE

Greenext a conçu une méthode multi-étapes qui prend en compte toutes les étapes du cycle de vie d'un produit, depuis la production des matières premières, la fabrication, la distribution, l'utilisation et jusqu'à la fin de vie. Ce schéma classe les produits par unité d'usage et non aux 100 ml. Cela permet de prendre conscience de l'impact environnemental d'un acte de consommation.
L'emballage compte beaucoup. Ainsi, la bière en bouteille émet davantage de CO2 qu'une bière en canette, cela même en tenant compte de l'excellent taux de recyclage du verre. Les petits formats (canettes, petites bouteilles, etc.) sont bien plus émetteurs de CO2 que le Bag-in-box, par exemple.
Côté contenu, plus la recette d'un produit contient des matières premières agricoles (jus de fruit, sucre, raisin, etc.), plus il est émetteur de CO2. Logique. Les impacts de l'eau en bouteille sont essentiellement dus à l'emballage et au transport. Les boissons représentent environ 7% du contenu carbone d'un panier de consommation courante (4% pour les boissons non alcoolisées), selon une étude Kantar Worldpanel/Greenext, publiée par le CGDD en avril 2012.

 



Reste que l'analyse du cycle de vie, qui permet de calculer le bilan carbone, est une démarche onéreuse. Environ 10 000€, selon certaines estimations. Un tarif qui rend cette démarche contraignante pour les PME. « Il ne faut pas aller trop vite pour laisser le temps aux PME, soit 90% de l'industrie agroalimentaire française, de s'adapter tant financièrement que du point de vue de la méthode de calculs des critères environnementaux », assure Carole Fonta. Là encore, les choses vont évoluer : l'Ademe et l'Afnor sont en train de construire une banque de données qui fera référence en termes d'émissions de gaz à effet de serre par production agricole, par type de transport ou encore par procédé de fabrication. 

QUE VEULENT LES FRANÇAIS ?

- 91% sont très intéressés par l'impact environnemental des produits
- 93% privilégient les informations sur des gestes malins apportant des solutions concrètes quotidiennes et permettant une réduction d'impact environnemental
- 86% apprécient d'avoir des informations chiffrées sur les impacts environnementaux ou des informations sur chaque étape du cycle de vie.

Source : étude quantitative réalisée en ligne par BVA du 22 au 29 juin 2012, sur un échantillon représentatif de 1 070 personnes

Un consommateur écocitoyen

Lorsque cette plate-forme sera accessible aux industriels, ceux-ci pourront calculer leur bilan carbone de façon plus aisée. Viendra ensuite un autre volet dont les contours seront aussi précisés dans le rapport du CGDD : la façon d'informer les consommateurs, ce qui pourra les encourager à acheter les produits bénéficiant du plus faible impact environnemental. En un mot, devenir des écocitoyens. Les services du Premier ministre (le Cas) ont observé qu'à ce jour, les informations ne satisfont pas les Français, qui ne savent pas forcément comment interpréter un nombre de grammes de CO2. Le Haut-Médoc Château Larose-Trintaudon, l'un des rares vins à indiquer sur son étiquette ses émissions de CO2 (1 155 grammes) a eu une initiative originale : il indique que ce grammage équivaut à ce que dépense une voiture, toujours en CO2, pour six kilomètres. Une comparaison parlante.

Il n'empêche. La plupart des industriels souhaiteraient éviter d'indiquer les informations environnementales directement sur les étiquettes des produits. Et pour cause. Les emballages des boissons ont une surface limitée. Et puis, « chaque changement d'emballage coûte au bas mot entre 2 000 et 5 000, cela par référence. Quand vous avez plus d'une centaine de références, la somme est considérable », poursuit un fabricant de MDD. En revanche, les professionnels sont favorables à une information déportée - affichage en magasins, applications pour smartphones ou sur un site internet. Seul bémol : un affichage déporté ne permettra pas au consommateur de décider de ses achats en fonction du bilan carbone.

N’obligeons pas les industriels à donner des informations environnementales sur tous les produits. Cela n’aurait pas de sens au regard de la fiabilité actuelle des méthodologies et bases de données. Cette information doit rester volontaire, sous réserve qu’un dispositif encadré soit mis en oeuvre, afin de poursuivre la dynamique initiée par l’expérimentation et encourager l’adhésion des opérateurs.

Carole Fonta, directrice du développement durable de l’Ania

L’expérimentation environnementale a eu au moins un mérite, celui de pousser les industriels à améliorer leurs performances. Ensuite, lorsque cet étiquetage sera généralisé, conduira-t-il les consommateurs à modifier leurs actes d’achat? Ce n’est pas sûr… Regardez l’électroménager. Maintenant, toutes les marques affichent le meilleur critère.

Sylvain Jungfer, président de la Boîte Boisson

Au Brésil ou en Asie, on est beaucoup plus éloigné des considérations environnementales qu’en Europe, même si d’énormes progrès ont été réalisés par les producteurs de fruits. Quand les industriels français ou européens discutent avec eux, c’est plus pour parler prix et disponibilité de la matière première qu’émissions de carbone. ”

Thomas Gauthier, secrétaire général d’Unijus, l’Union nationale interprofessionnelle des jus de fruits

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