Les Bricoleurs du dimanche, un collectif bien encadré

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Ce collectif de salariés favorables au travail dominical tranche par ses méthodes de communication très professionnelles. Rien d'étonnant, il est soutenu financièrement par Castorama et Leroy Merlin et appuyé par une agence conseil.

Manifestation du collectif «Les Bricoleurs du dimanche» constitué d’employés des magasins de bricolage Castorama et Leroy Merlin.
Manifestation du collectif «Les Bricoleurs du dimanche» constitué d’employés des magasins de bricolage Castorama et Leroy Merlin.

Depuis le début de la mobilisation sur le travail dominical, un groupe jusqu'ici inconnu a réussi à se faire une belle place sous le soleil médiatique : ce collectif, c'est celui des Bricoleurs du dimanche. Lors de la présentation du rapport Bailly, en décembre, il a mobilisé un impressionnant parterre de radios et de télés pour donner son point de vue. Canal +, LCI, iTélé, France 2, RFI, LCP, France Inter, France Info (excusez du peu !) avaient fait le déplacement, une belle reconnaissance pour une structure créée à peine un an plus tôt. La recette de ce succès, bâti sur les apparitions télévisées, les manifestations dans la rue et un slogan bien ciselé (« Yes week-end »), doit aussi à une habile stratégie de communication. Tellement professionnelle qu'elle n'apparaît pas si spontanée que ça. Et pour cause.

 

Un soutien des enseignes

 

Car le collectif, qui regroupe des employés de Castorama et de Leroy Merlin voulant travailler le dimanche, est assisté depuis le début par une agence « architecte en communication de transformation », les Ateliers Corporate, contactée et financée par les deux enseignes.

Bien décidées à modifier la loi sur l'encadrement du travail le dimanche dans les GSB, qui pénalise leurs activités en Ile-de-France, Leroy Merlin et Castorama n'ont pas hésité à donner un coup de pouce financier à leurs salariés désireux de faire avancer le dossier. Ces derniers se défendent de toute manipulation, mais, vis-à-vis de l'opinion publique, une cause apparaît toujours plus noble lorsqu'elle est défendue par des individus plutôt que par des entreprises. Émilie Monjanel, porte-parole et salariée de Castorama, explique l'origine du collectif : « C'est un mouvement de salariés volontaires dans la cause. Si j'arrête de travailler le dimanche, c'est 300 € en moins par mois. Beaucoup de salariés en magasins se sentaient concernés par ce sujet sans rien pouvoir faire. Ils ont fait remonter leurs questions à la direction. »

 

Sensibiliser l'opinion

 

Les porte-parole, au nombre de quatre, sont d'ailleurs le symbole d'un équilibre parfait, calibré. Deux hommes, deux femmes, de Castorama et de Leroy Merlin. Lors du point presse consécutif au rapport Bailly, organisé par leur collectif, tous répétaient le même message, à savoir leur « soulagement », et les quelques idées fortes à faire passer sur le travail le dimanche, (hausse des salaires associée, garantie du volontariat et repos compensateur). De véritables « éléments de langage », ces arguments clés que les directions de la communication et autres agences spécialisées en media training diffusent aux salariés exposés aux médias. S'il est impossible de mesurer l'influence exacte du collectif dans le décret de janvier qui autorise les GSB à ouvrir le dimanche, la mission de sensibiliser l'opinion à ce dossier sous une facette plus humaine et moins technique, a été accomplie haut la main.

 

Une visibilité médiatique grandissante

 

Ces bricoleurs d'un nouveau genre ont mené plusieurs actions, de la vidéo humoristique jusqu'aux manifestations dans Paris où leurs slogans et banderoles les avaient fait connaître, tout comme les inévitables tee-shirts frappés du logo « Yes week-end » arborés systématiquement. Bref, la panoplie complète du véritable petit communicant.

Lors de la création des Bricoleurs du dimanche, des ateliers de travail ont regroupé des salariés intéressés, pour définir les slogans et la stratégie avec le soutien des Ateliers Corporate, chargés de structurer le mouvement des salariés. Une méthode qui se distingue des us et coutumes du monde du travail. Xavier Yvon, directeur conseil de l'agence, jamais loin des porte-parole, éclaire sur ce soutien qui a beaucoup fait parler de lui, notamment les syndicats, qui dénoncent une manipulation et une récupération du mouvement. « L'agence intervient, par exemple, sur le choix des porte-parole. Nous gérons la logistique et sommes également là pour dire attention à telle ou telle orientation. Mais ce sont les salariés qui déterminent les messages et qui échangent. Nous n'avons jamais été aux rendez-vous avec les pouvoirs publics, et ne sommes jamais rentrés dans les ministères avec eux. »

Les Bricoleurs du dimanche, dont le nombre exact n'est pas connu, utilisent les réseaux sociaux et les chaînes de mails, pour mobiliser rapidement les personnes concernées. Reste qu'il est difficile de savoir si ces volontaires le sont vraiment. Lors des manifestations dans Paris, les banderoles et le matériel utilisés ont été payés par Castorama et Leroy Merlin, tout comme les bus amenant les salariés sur place. Un soutien qui tranche avec l'indépendance généralement constatée entre les salariés et les directions. Mais lorsque les intérêts entre l'entreprise et une partie de son personnel sont convergents, les barrières tombent (lire encadré ci-contre). La vraie question est de savoir qui des salariés ou de l'enseigne profite de l'autre ?

FICHE D'IDENTITÉ

  • Date de création Décembre 2012
  • Membres Salariés de Castorama et de Leroy Merlin favorables au travail dominical
  • Réseaux Le collectif dispose d'une page Facebook et d'un compte Twitter

Actions notables

  • Février 2013 Mise en ligne d'une vidéo sur la « République de Bricolie », film décrivant un pays où le travail le dimanche est autorisé.
  • 14 mai 2013 Entre 1 500 et 2 000 membres du collectif ont manifesté pour réclamer l'ouverture des magasins de bricolage le dimanche. Dépôt au ministère du Travail d'une pétition regroupant 150 000 signatures de citoyens d'Ile-de-France favorables à ces ouvertures.
  • 30 octobre 2013 Nouvelle manifestation de plusieurs centaines de salariés du collectif près du ministère du Travail.
  • 21 novembre 2013 250 Bricoleurs du dimanche présents au tribunal de commerce de Bobigny pour la plaidoirie de l'affaire Bricorama vs Castorama et Leroy Merlin.

Sephora donne un coup de pouce aux salariés des Champs- Élysées

Castorama et Leroy Merlin ne sont pas les seuls à soutenir leurs salariés quand leurs attentes se rejoignent. En septembre, le Sephora des Champs-Élysées s'est ainsi offert une pleine page dans le « Journal du Dimanche » en publiant une pétition de salariés opposés à la fermeture du magasin dès 21 heures. C'est la direction de l'enseigne qui a financé le coût de cette opération. Certains salariés du magasin de cosmétiques souhaitent travailler en soirée, alors qu'une décision de justice (à la demande du Clic-P, l'intersyndicale du commerce parisien) leur interdit dorénavant de travailler après 21 heures. Un nouvel épisode de la bataille entre direction, salariés et syndicats.

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Article extrait
du magazine N° 2303

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