Les candidats à la présidentielle dévoilent leur projet pour le commerce

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À l'invitation du Conseil du commerce de France, six candidats à l'élection présidentielle ont présenté leur programme pour la consommation lors des États généraux du Commerce, à Bercy. LSA y était...

Spécial Présidentielle 2012

Ambiance de campagne feutrée, lors des États généraux du Commerce qui se sont tenus à Bercy vendredi 17 février. Le président du Conseil du commerce de France (CDCF), Gérard Atlan, a eu la bonne idée, pour cette grande messe annuelle, de demander aux candidats à l'élection présidentielle d'exprimer leur vision du commerce via des vidéos. François Hollande, François Bayrou, Eva Joly, Corinne Lepage, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-François Copé, qui représente Nicolas Sarkozy, se sont prêtés au jeu.

 

Le dimanche, un invité surprise

Les 300 invités du colloque découvrent leur programme - ou son absence ! - en avant-première. L'annonce la plus spectaculaire concerne l'ouverture du dimanche, voulue désormais par François Hollance et Nicolas Sarkozy. Elle ne fait pourtant pas l'unanimité, les positions au sein du lobby restant très partagées. Les questions fiscales, de l'emploi et de l'écologie sont aussi abordées. A priori, le programme d'Eva Joly et de Corinne Lepage en faveur du commerce de proximité et de nouvelles contraintes environnementales ont du mal à convaincre...

Mais la salle est de nature joyeuse, et Gérard Atlan n'y est pas pour rien. Le président est un vieux bijoutier, madré et enjoué, qui a tenu boutique pendant quarante-sept ans, ce qui a sans aucun doute été formateur pour faire de lui un homme consensuel. Il n'est pas peu fier de ce « Pacte pour le développement du commerce », de ses propositions qu'il a réussi à faire adopter à l'unanimité par les fédérations qui composent le CdCF (réforme de la fiscalité, adoption d'un plan national pour la sécurité du commerce, promotion d'un aménagement du territoire concerté, développement des opportunités d'export pour les PME du commerce de gros...). Il se réjouit aussi du poids du commerce, « qui représente 10% du PIB et 3,5 millions d'emplois auquel nous devons sensibiliser les hommes politiques ».

LES THÈMES ABORDÉS

  • L'ouverture du dimanche
  • La fiscalité
  • L'emploi et la formation
  • La proximité, le centre-ville et la grande distribution
  • L'écologie

 

Des candidats qui se font remarquer

Consensuel encore, Gérard Atlan se fait accompagner à chaque interview de candidat par l'un des patrons des fédérations cotisantes. Pour Corinne Lepage, c'est Jean-Marc Génis, président de la Fédération des enseignes d'habillement ; pour Eva Joly, c'est Claude Boulle, délégué général du commerce de centre-ville ; pour François Bayrou, c'est Bernard Morvan, président de la Fédération nationale de l'habillement ; enfin, pour Nicolas Dupont-Aignan, Jean-François Copé et François Hollande, c'est Jacques Creyssel, président de la FCD.

La surprise de la matinée vient des hommes politiques eux-mêmes. Frédéric Lefebvre, secrétaire d'État au Commerce, prévu au départ pour clôturer les débats, descend deux heures plus tôt qu'attendu de son bureau, situé justement à Bercy. Il vient lire une déclaration inattendue du président de la République, qui préconise « l'assouplissement des conditions d'ouvertures des magasins le dimanche », tout en rappelant ce qui avait été fait au cours du quinquennat : le statut d'entrepreneur individuel à responsabilité limitée (Eirl) pour protéger le patrimoine, la sécurité des commerces. Un peu plus tard, François Hollande provoque à son tour l'étonnement en prônant lui aussi un assouplissement pour l'ouverture du dimanche ! Dans la salle, Lyne Cohen Solal, en charge du dossier à la mairie de Paris, doit être mal à l'aise. Elle s'oppose à l'ouverture des Galeries Lafayette, du Printemps, et des magasins dans d'autres quartiers !

Ce n'est pas tout. Le candidat socialiste considère que les taxes tombées au cours du quinquennat sur le commerce doivent être revues. « Nous regarderons avec vous comment répartir l'effort. » Il prévoit le maintien d'allégements de charges sur les bas salaires mais prévient que les moyennes et grandes surfaces devront apporter des contreparties plus élevées que les autres. Il s'oppose aussi à une réforme de l'urbanisme commercial.

Jacques Creyssel, satisfait des propositions Hollande, s'inquiète d'autres déclarations « concernant la participation des salariés qui pourrait faire l'objet d'un alourdissement de charges ». Or, la grande distribution, et surtout Auchan, en a fait un fer de lance de la motivation des salariés. Les interventions de Jean-François Copé et de François Bayrou sont d'ordre plus général, et la proposition de ce dernier d'alléger les charges pour l'embauche d'un chômeur ou d'un jeune par tout commerce de moins de 50 salariés « est encore une mesure qui oppose petit et grand commerce, qui est une vision totalement dépassée », grogne Guy Leclerc, président de la FCA. La même mesure est préconisée par Nicolas Dupont-Aignan, mais pour les commerces de moins de 5 salariés. «Ce candidat se croit en 1956, quand 50 députés poujadistes ont été élus », raille Pierre Gogin, président de la Fédération du sport. Les interventions d'Eva Joly et de Corinne Lepage, qui veulent favoriser la production et le commerce local, protéger les centres-villes, écologie oblige, n'ont pas convaincu les participants. Dans la grande famille du commerce, tout ce qui oppose n'était pas bienvenu à Bercy.

 

Le commerce dans les débats

Bien plus présent qu'à l'habitude pour ce type de rendez-vous, Frédéric Lefebvre a conclu la matinée par un très long discours, taclant François Hollande sur son projet d'imposer les artisans et commerçants par une mesure « qui leur coûtera 1,7 milliard d'euros », vantant son action en faveur de la « réduction de la paperasse » et bien sûr l'ouverture du dimanche.

La campagne est lancée, et le commerce a réussi à se glisser dans les débats de manière très habile en s'accaparant les candidats à la présidentielle. À chacun de voir s'il s'agit d'une progression... ou d'une régression : l'an dernier, le lobby avait convié Jacques Attali, et, il y a deux ans, un psychiatre de l'hôpital Saint-Anne!

Sur l'ouverture du dimanche, je ferai en sorte qu'il y ait la souplesse en contrepartie de la rémunération des salariés. Il y a de nouvelles formes de concurrence. Le commerce sur internet crée une pression considérable et de nombreux touristes ne peuvent pas trouverdes commerces ouverts dans les plus grandes villes de France. "

FRANÇOIS HOLLANDE (Parti socialiste)

 

Il n'y a pas de « produire en France » s'il n'y a pas de commerce pour vendre cette production-là. Ma première mesure sera que toute entreprise de commerce de moins de 50 personnes pourra bénéficier d'un emploi sans charge pour un jeune ou un chômeur pendant deux ans. "

FRANÇOIS BAYROU (Modem).

 

La première mesure que je mettrai en oeuvre sera de poursuivre les assouplissements en matière d'ouverture dominicale des commerces. Plus de liberté, c'est plus de croissance, d'emploi, de pouvoir d'achat et un renforcement de l'attractivité touristique de la France. "

NICOLAS SARKOZY via Frédéric Lefebvre (UMP)

 

Je veux l'instauration d'une progressivité de l'impôt selon la taille du commerce, et instaurer notamment un seuil plancher de 17% pour les multinationales, et mettre en place des déductions fiscales pour les commerces de centre-ville. "

EVA JOLY (Les Verts).

 

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Article extrait
du magazine N° 2216

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