Les Coopérateurs de Normandie - Picardie réduisent la voilure

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Après quatre exercices déficitaires, les Coopérateurs de Normandie-Picardie se sont résolus à réduire la voilure. La restructuration envisagée comprend un plan de sauvegarde de l’emploi (le troisième en trois ans), ainsi qu’un resserrement du réseau commercial, qui va s’abriter derrière deux enseignes nationales, Leader Price et U. L’enseigne phare Le Mutant est appelée à disparaître. Le groupe vient de terminer la vente à Franprix/Leader Price de 47 unités, surtout situées dans le Sud- Ouest et les Pays de la Loire ; en parallèle, il a signé un contrat d’affiliation pour 87 autres magasins, qui vont passer sous les couleurs de Leader Price (groupe Casino), permettant à ce dernier d’approcher son objectif de 1 000 magasins discount en France. Les Coopérateurs vont, par ailleurs, céder 18 Mutant qui ne pouvaient passer sous la coupe de Leader Price, règles de concurrence obligent.

Enfin, ils cherchent un acquéreur global pour ses petites surfaces de proximité (Point Coop, Mutant Express…), soit une soixantaine de magasins. Crise et recul En marge de la restructuration, les Coopérateurs ont réalisé une opération financière avec le groupe Système U concernant six magasins Super U (sur douze). Il s’agit d’un rachat provisoire par Système U avec la possibilité de reprise par Coop pendant les six années qui viennent.Si l’on en croit la direction des Coopérateurs, c’est la crise de 2008 combinée au recul du discount qui a emmené l’entreprise dans le mur, sa taille de distributeur régional ne lui permettant pas de lutter contre les réseaux nationaux. « Notre modèle était assis sur le discount, qui représentait 60% de notre chiffre d’affaires en 2009. Le recul du circuit a été douloureux pour nous, analyse Stéphane Barré, le directeur général. La LM€, en permettant aux enseignes traditionnelles de faire des offres promotionnelles très fortes, a réduit l’intérêt du public pour le hard-discount. » Stéphane Barré résume le projet d’entreprise. « Nous sommes en train d’assainir les finances et nous allons pérenniser un peu plus de 2 000 emplois ; nous serons plus petits, plus compacts et davantage concentrés sur notre territoire d’origine – la Normandie et la Picardie – en nous adossant à deux enseignes nationales à forte notoriété, Leader Price et Système U ; nous exploiterons désormais deux types de réseaux commerciaux : le réseau Leader Price et le réseau U. » Les Coopérateurs sont, en effet, associés à Système U pour l’exploitation de ses deux hypers (à Grand- Quevilly et à Abbeville, dans la Somme) et de douze supers.

S’ils voteront ensemble contre la restructuration en CCE le 29 avril, les deux syndicats, CGT et FO, ne font pas la même analyse de la situation. La CGT rejette en bloc le plan de restructuration en attaquant la stratégie passée. « Le groupe s’est laissé enfermer dans le concept prix, alors qu’il y avait mieux à faire autour d’un développement plus local », estime Morgan Saladay, délégué central CGT. « Le pouvoir économique s’est déplacé, ce qui ne présage rien de bon pour les salariés. Nous aurions préféré une évolution en interne, une évolution de l’enseigne Le Mutant ; nous devenons finalement des prestataires de service. » « Sortir de l’ornière » Mais que pèse la CGT C’est une vraie question ! Si le syndicat est officiellement majoritaire au CCE depuis 2010 (avec cinq voix contre quatre), il est minoritaire dans les faits depuis que deux de ses élus portent l’étiquette « autonome ». De son côté, FO, syndicat historique des Coop, majoritaire avant 2010, affiche plus de pragmatisme.

« On ne peut pas être contre tout, quand il y a 2 200 emplois à sauver et que l’on a perdu 200 millions d’euros de ventes depuis 2008 », estime Patrice Couverchel, délégué central FO. « S’il y a un coup à jouer, s’il y a une possibilité de sortir de l’ornière pour sauver les Coop, il faut le faire. » Si le modèle coopératif de société à capital variable n’est « pas remis en cause », selon Stéphane Barre, il subsiste la question des sociétaires dont le magasin a été cédé. « Ils doivent se faire connaître pour qu’on leur rembourse leurs parts », explique le directeur général. Les autres ne semblent pas trop inquiets, puisque l’on enregistre en ce moment plus d’entrées que de sorties, selon nos informations. Les sociétaires semblent visiblement toujours intéressés par les actions commerciales en leur faveur.

Le plan de restructuration

  • 355 emplois menacés : entrepôt, siège du Grand-Quevilly, et magasins sont cédés.
  • 47 magasins Le Mutant vendus à Franprix/Leader Price
  • 87 magasins Le Mutant passés en affiliation avec Leader Price
  • 18 magasins Le Mutant en cours de cession à un autre distributeur
  • 60 magasins de proximité à vendre

Exit Le Mutant, le pionnier du discount à la française

Lorsque les premier « hard-discounters » allemands s’implantent en France dans les années 80, Roger Ducrotté, le dirigeant des Coopérateurs de Normandie, se dit qu’il faut foncer avec ce concept. En 1986, les Coopérateurs ouvrent à Gonfreville-l’Orcher (76) leur premier magasin Le Mutant. Les Coopérateurs, devenus en 1990 Coopérateurs de Normandie-Picardie, vont asseoir leur développement sur le Mutant, avec un slogan, le « vrai discompte français ». Ils vont créer leurs marques propres (Baou, Artémis, Jean Goutain…), les packagings associés et « exporter » le concept au-delà de leur berceau historique, en particulier dans le Sud-Ouest et dans les Pays de la Loire. En 2008, le groupe franchit la barre des 210 magasins. L’année même où le groupe coopératif prend de plein fouet la crise brutale de la consommation. Sa centrale d’achats perd des volumes ; sa compétitivité tarifaire diminue. Il ferme 34 magasins en 2011. En 2014, le pionnier du discount à la française tire sa révérence.

700 M €

Le chiffre d’affaires en 2013 (900 M € en 2008)

  • 2 700 salariés avant la restructuration
  • Présence dans 22 départements avant la restructuration ; dans une douzaine de départements après la restructuration
  • 60 000 sociétaires détiennent 100% du capital social

Source : Les Coopérateurs de Normandie

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Article extrait
du magazine N° 2314

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