Les coopératives agricoles se restructurent à grande vitesse

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En un an, plus de 80 fusions ou acquisitions ont eu lieu dans la coopération agricole, un niveau sans précédent dû aux crises agricoles et à la nécessité de rendre les entreprises compétitives.

Classement des cinq premières coopératives françaises, en fonction du chiffre d'affaires (milliards d'euros), spécialités et marques principales
Classement des cinq premières coopératives françaises, en fonction du chiffre d'affaires (milliards d'euros), spécialités et marques principales© Source : Coop de France

La coopération agricole n'est plus une vieille dame endormie. Les rudes crises de l'agriculture depuis plusieurs années ont contraint le secteur, qui représente 40 % de l'agroalimentaire, à réaliser près de 80 fusions et concentrations depuis un an, et il se pourrait que ce ne soit qu'un début. « Dans le top 20 des coopératives, 15 ont désormais un chiffre d'affaires supérieur au milliard d'euros. Au global, elles passent de 80 à 82,5 milliards d'euros, soit une croissance de 5 % », se félicite Philippe Mangin, président de Coop de France. Impossible de savoir si ces structures sont profitables ni ce qu'elles consacrent à l'investissement ou à la recherche et développement, ces données n'étant pas connues.

 

Grossir, encore et encore 

En revanche, il appelle à la poursuite rapide du mouvement, dans la filière laitière, dans l'élevage, « pour peser sur les marchés ». Et se dit déçu que la coopération n'ait pas réussi à se solidariser pour racheter Yoplait, dont 50 % vont être mis en vente par PAI, tout en marmonnant que « la messe n'est pas dite ». La reprise d'Elle et Vire par Agrial se fait un peu attendre, mais elle est programmée (la marque elle-même restant dans le giron de Bongrain). C'est aussi le cas de Glac Eurial.

Au rang des opérations réalisées, Maïsadour et Terrena, dans la volaille, ont constitué les Fermiers du Sud-Ouest, la fusion de coopératives porcines pour créer Aveltis, numéro deux du secteur derrière Cooperl, le rachat d'Entremont par Sodiaal, ou celui de l'irlandais Greencore par Axéréal. Soit 2,4 milliards d'euros d'acquisitions, pour seulement 230 millions de cessions. Pourtant, In Vivo, première coopérative française, avec des ventes de 5,1 milliards d'euros, n'arrive qu'à la sixième place européenne, la première étant détenue par sa consoeur néerlandaise Campina (8,1 milliards) ! « Les lignes ont bougé, et doivent bouger encore, car sur les débouchés de grande consommation, et face à la distribution, la taille est indispensable, les crises sont là pour le rappeler », martèle Philippe Mangin.

Il vise évidemment les filières porcine, bovine et volaillère, en pleine crise, et « qui ont de grandes difficultés à faire passer les hausses de tarifs, pourtant indispensables », fustigeant surtout Leclerc. Le patron de coopératives concède que les enseignes ont beau jeu de faire valoir que les mêmes produits agricoles sont moins chers en Allemagne et en Espagne. Et qu'il y a donc un problème de compétitivité. « Il n'est plus possible que nous perdions des parts de marché sur notre propre marché, alors que nous étions encore la première puissance agricole européenne il y a trois ans ! Le ministre l'a dit au Sial, il y a 10 000 entreprises alimentaires en France, c'est trop. Il faut des acteurs plus puissants pour faire face à la concurrence, même intra-européenne. »

 

« Des contrats à cinq ans » 

Philippe Mangin révèle que certaines coopératives commencent à constituer des centrales d'achats pour l'agrofourniture, notamment dans les céréales et le sucre. Les acteurs doivent trouver des solutions d'économies. La réforme de la politique agricole commune va sans doute réduire la manne des subventions, et les caisses de l'État sont vides. Seule solution, il faut grossir, et sécuriser les agriculteurs via la contractualisation prévue par la LMA, que Philippe Mangin soutient : « Le décret prévoit des contrats de trois ans, nous les porterons à cinq, il faut donner de la visibilité aux agriculteurs. » Voilà qui pourrait peut-être éviter que des sites industriels comme ceux de Bigard aujourd'hui ou de Lactalis il y a quelques mois soient le théâtre de manifestations.

10000 entreprises alimentaires en France, c’est trop. Il faut des acteurs plus puissants pour faire face à la concurrence

Philippe Mangin, président de Coop de France

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Article extrait
du magazine N° 2159

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