Les différents chemins du « made in France »

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Réindustrialiser l'Hexagone, tous les candidats s'en font les hérauts depuis des semaines. Mais derrière l'unité de façade, les différences pour y parvenir sont nombreuses.

Difficile a priori de trouver plus consensuel que le « made in France ». En témoigne l'imposante mobilisation politique autour de la marque de sous-vêtements française Lejaby, menacée de dépôt de bilan, mais finalement reprise par un industriel du textile, fournisseur de LVMH (Sofama). Les brassières « bleu blanc rouge » sont devenues en quelques semaines une cause nationale. Les politiques multiplient les appels à consommer « français », plus de vingt ans après le slogan « Nos emplettes sont nos emplois » et plus de trente après les affiches électorales « Fabriquons français » de Georges Marchais, en 1981.

Symbole d'un mal français que trois décennies de politiques économiques n'ont pu enrayer : la désindustrialisation. Un rapprochement est à faire en la matière : depuis 1981, la France a perdu 2 millions d'emplois industriels. Elle a, dans le même temps, « gagné » 2 millions de chômeurs...

 

« Le mythe du tertiaire a vécu »

Mais cette fois, c'est décidé, les politiques ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps. « Le mythe d'une société tertiaire a vécu, estime Philippe Peyrard, directeur général délégué des opticiens Atol et cocréateur du Cèdre, le Comité des entrepreneurs pour un développement responsable. Nous voyons bien que nous ne pouvons pas nous contenter de services. » Le diagnostic, tous les candidats à la présidentielle le partagent. En revanche, il n'y a pas unanimité sur le traitement à administrer à l'économie française.

Pour simplifier, il y aurait deux pistes pour réindustrialiser la France. La première consiste à rendre les importations moins compétitives, notamment de la Chine et l'Europe de l'Est, en jouant sur les droits de douane et les quotas. C'est la solution privilégiée par les candidats « antimondialisation » que sont Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. La seconde consiste à rendre plus compétitive la production française soit en abaissant le coût du travail, soit en développant une compétitivité « hors coût ». La première solution a les faveurs de la droite, la seconde de la gauche.

Baisser le coût du travail, c'est ce que tente de faire le gouvernement actuel en projetant une baisse des charges patronales de l'ordre de 13 milliards d'euros, compensée par une hausse de la TVA à 21 ,2%. « Alléger les charges des entreprises en situation de concurrence, pourquoi pas ?, estime Philippe Moati, économiste et coprésident de l'Observatoire société et consommation (ObSoCo). Ça peut donner un petit coup de pouce en attendant d'améliorer la compétitivité hors coûts. Le problème, c'est que c'est compensé par une hausse de la TVA, ce qui est très inégalitaire. D'autant que le problème majeur des coûts, c'est le niveau élevé de l'euro. »

L'euro fort n'empêche pourtant pas l'Allemagne de battre des records historiques de balance commerciale (près de 130 milliards d'euros en 2011 !). « Logique, observe Philippe Moati, le coût du travail, historiquement plus élevé qu'en France, a diminué depuis quelques années là-bas. Et comme ils ont une meilleure compétitivité hors coûts que nous, les écarts se creusent. »

Comment, dès lors, améliorer cette compétitivité hors coûts ? Cela passe par une densification du tissu entrepreneurial des ETI (les entreprises de taille intermédiaire de 250 à 5 000 salariés). « Il y en a 4 600 en France, contre 15 000 en Allemagne, note Vincent Gruau, président de Majencia, une entreprise qui fabrique du mobilier de bureau et qui a relocalisé sa production en France en 2006. Même le Royaume-Uni fait mieux que nous, avec 9 000 ETI. » Pour ce chef d'entreprise, l'effort doit être mis sur ces entreprises en leur facilitant l'accès au crédit impôt recherche, en allégeant les charges patronales, « mais seulement sur des emplois délocalisables » ou encore en assortissant les labels du type Origine France d'avantages fiscaux comme une TVA réduite. Si tant est que ces labels aient un quelconque impact.

 

Un anachronisme à l'heure du « made in monde »

« Le " acheter français " n'a plus trop de sens à l'heure de la mondialisation, qui conduit à un éclatement de la production, reconnaît Philippe Moati. L'important, c'est d'être bien positionné sur la chaîne de valeur mondiale. » Le meilleur exemple est celui de l'iPhone. Dans un article sur son site internet, l'OMC note que, à première vue, l'on pourrait penser qu'il est produit en Chine. Donc que la balance commerciale du reste du monde est négative de 2 milliards dollars avec la Chine sur ce produit (l'Organisation prend les chiffres de vente d'iPhone de 2009). Or, si on prend en compte la valeur ajoutée intrinsèque de chaque pays, l'apport de la Chine n'est plus que de 73 millions de dollars, contre près de 700 pour le Japon, qui fournit, entre autres, les optiques, 260 millions pour la Corée et même... 340 millions pour l'Allemagne. Être bien placé dans la compétition pour des produits « made in monde » ou favoriser la fabrication de produits en France ? Pour l'heure, peu de candidats semblent emprunter la première voie.

LES PROTECTIONNISTES

LEURS ARGUMENTS - Revalorisation des droits de douane - Instauration de quotas d'importation - Sanctions économiques (proposition du Front national) - Interdiction de délocalisation lorsque cela aboutit « à la perte d'un savoir-faire » pour le Front de gauche Il faut valoriser la production française, avec une campagne de valorisation du « made in France » et une loi « Achetons français », qui donnera priorité aux PME françaises dans les marchés publics. Il faut instaurer un protectionnisme économique et social avec des quotas de produits importés et des droits de douanes ciblés. " MARINE LE PEN, candidate du Front national, lors d'une conférence de presse La réindustrialisation de la France ne passe pas par une culpabilisation du consommateur. Il faut instaurer un protectionnisme européen et planifier la réintroduction d'un produit quand sa production n'existe plus en France ou en Europe. " JEAN-LUC MÉLENCHON, candidat du Front de gauche, sur BFM TV, le 18 décembre 2011

LES « COMPÉTITIVISTES »

LEURS ARGUMENTS - Réorientation du crédit impôt recherche vers les TPE/PME - Réduction du coût du travail en allégeant les charges sur les salaires pour l'UMP et le Modem qui veut exonérer de charges les 500 premiers euros des nouveaux embauchés - Création d'une banque publique d'investissement pour le PS - Codéveloppement industriel avec les pays du sud de la Méditerranée pour le PS - Mise en place un « Small Business Act » qui permettrait aux PME de s'allier pour répondre à un appel d'offres Nous nous apercevons qu'en France il y avait un meilleur savoir-faire, une meilleure qualité, un meilleur service après-vente. On peut donc revaloriser notre savoir-faire. C'est ça, le patriotisme industriel. " FRANÇOIS HOLLANDE, candidat du PS, en déplacement chez Alstom au Creusot (71) La question principale n'est pas le coût du travail. Ce n'est pas par l'effondrement des salaires que l'on résoudra le problème. C'est en recherchant de nouveaux produits, de nouveaux moyens de développement que l'on devient compétitif. " FRANÇOIS BAYROU, candidat du Modem, lors d'un déplacement en Haute-Savoie, en janvier

TVA SOCIALE ET LABEL POUR LE GOUVERNEMENT

- Pas (encore) en campagne, le Président Sarkozy ne laisse pas pour autant aux autres le thème du « made in France ». Et pour le pouvoir actuel cela passe par deux axes : encourager la consommation de produits « made in France » et rendre la production française plus compétitive. Pour le premier, Nicolas Sarkozy propose de labelliser « Origine France garantie » des produits dont plus de 50 % de la valeur ajoutée est française (certification Veritas). Une procédure complexe puisque, à date, seuls 60 produits et 25 entreprises bénéficient du label. Le deuxième axe consiste à alléger le coût du travail, pas tant par rapport aux pays à bas coûts, mais face au voisin allemand, qui a abaissé son coût du travail ces dernières années tout en conservant un niveau élevé de qualité.

70-75 Mrds € Le déficit estimé de la balance commerciale en France pour l'année 2011 Source : Insee 69% La part des produits achetés et produits en France en 2009, contre 75% en 1999 Source : Observatoire du fabriqué en France 90% La part de Français qui disent accorder de l'importance à l'origine française d'un produit alimentaire (60% dans l'équipement de la personne, 58% dans l'équipement de la maison) Source : Cedre, Ifop

 

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Article extrait
du magazine N° 2214

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