Les distributeurs se mettent à l'affichage environnemental

Dossier Dix membres de la FCD viennent de s'engager à expérimenter pendant un an l'affichage environnemental de centaines de produits. Le test pourrait servir de base à la future règlementation.

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Bilan carbone, quantité d'eau utilisée, impact sur les ressources naturelles, utilisation de produits phytosanitaires, recyclabilité des emballages... Les critères qui définissent un produit écologique ne manquent pas et sont aussi variés que la nature des produits que l'on peut trouver en grande distribution. D'ailleurs, aux dires des experts avertis du secteur, la notion environnementale est assez floue dans l'esprit du consommateur. C'est donc pour mieux informer, voire former, ce dernier qu'une dizaine de membres de la FCD se sont associés à la vaste opération d'expérimentation d'affichage environnemental lancée par le gouvernement.

 

Des enjeux de taille

 

Concrètement, Atac, Auchan, Boulanger, Carrefour, Casino, Conforama, Décathlon, Leroy Merlin, Monoprix et Picard Surgelés vont mettre en place, entre juillet et décembre prochain, un système d'affichage environnemental sur une sélection de produits. Tous sont libres de choisir deux critères en plus du bilan carbone et le mode d'affichage. « Chaque enseigne va tester des formes différentes d'affichage pour restituer l'information au consommateur : une échelle, un curseur, un chiffre... », explique Philippe Joguet, responsable développement durable au sein de la FCD. Fin 2012, une évaluation des expérimentations sera menée pour définir la forme la plus compréhensible pour le consommateur et, surtout, la moins chère pour le distributeur.

Parce que c'est bien d'argent dont il s'agit. En effet, derrière cet engouement de la grande distribution pour l'affichage environnemental se cachent des enjeux économiques de taille. L'obligation d'affichage, applicable cette année par la loi Grenelle de l'Environnement, s'est transformée, pour le moment, en expérimentation nationale. Mais rien ne dit que, d'ici à 2013, le gouvernement ne relance pas l'idée d'une réglementation sur le sujet, obligeant ainsi les distributeurs à investir massivement dans l'achat de données, dans du personnel dédié et dans une refonte complète des packagings produits, notamment MDD. Par ailleurs, la médiatisation des sujets environnementaux sensibilise un peu plus chaque année le consommateur aux achats responsables. Et si aujourd'hui les critères environnementaux n'influencent pas encore les achats de PGC, ils pourraient, d'ici à quelques années, faire partie intégrante des critères de sélection d'un produit.

 

Leclerc, pionnier de l'affichage environnemental

 

Si cette expérimentation démarre officiellement le 1er juillet 2010, certaines enseignes n'ont pas attendu ce protocole d'accord professionnel pour se lancer. Pionnière du mouvement, Leclerc a été la première à créer un système d'affichage environnemental en avril 2008 avec le ticket carbone. Mis en place dans deux magasins (Templeuve et Wattrelos) du nord de la France, il s'agit d'une ligne supplémentaire sur le ticket caisse indiquant le bilan carbone des courses alimentaires effectuées. Le calcul prend en compte l'intégralité du cycle de vie des produits, depuis l'extraction des matières premières jusqu'au tri des déchets une fois le produit consommé. Plus de 20 000 produits alimentaires ont ainsi été étiquetés. Le groupe Casino, quant à lui, qui s'est inscrit dans la démarche en juin 2008, trois mois seulement après Leclerc, a opté pour un affichage du bilan carbone de ses produits sous MDD.

 

Améliorer la compréhension des indices

 

Côté non alimentaire, Conforama travaille sur ce projet depuis maintenant un an, et déjà 120 articles sont étiquetés. « Ces produits sont représentatifs de notre gamme. Il s'agit de meubles, d'articles de décoration, de canapés ou encore de chambres entières », explique Magali Stamegna, responsable RSE de Conforama. Le groupe a fait le choix de mettre en valeur trois indicateurs : les émissions de CO2, la qualité de l'eau exprimée en équivalent phosphate et l'épuisement des ressources naturelles exprimé en année -1. Si les deux premiers indicateurs sont bien appréhendés par le consommateur grâce aux communications du secteur automobile pour le premier et aux campagnes des lessiviers pour le deuxième, l'indicateur d'utilisation des ressources est moins facilement compréhensible puisqu'il est exprimé en nombre d'année restante (année-1). Par exemple, pour un article de mobilier en décor pin, les indicateurs afficheront « 56 kg eq Co2, 6g eq PO4 et 3E10-15 année-1 ». Traduction : le meuble a rejeté 56 kg d'équivalent CO2, 6 g d'équivalent phosphate et a puisé 0, 000 000 000 000 000 3 année - 1 de ressources naturelles [sic]. « Nous avons opté pour ces indicateurs, car ils figurent dans la liste des groupes de travail de l'Ademe, qu'ils reposent sur des notions environnementales simples : air, eau, ressources naturelles, et qu'ils sont les plus judicieux pour notre gamme de produits. Quant à leur compréhension, nous mettons à disposition des clients différents supports d'informations, en magasins et sur notre site internet, qui permettent aux consommateurs de bien les comprendre. Néanmoins, le plus important est qu'il puisse comparer les étiquettes », explique Magali Stamegna. Conforama compte passer le cap des 500 produits sous affichage environnemental d'ici à un an.

Début 2013, les 10 enseignes de la FCD qui participent à l'expérimentation nationales dresseront un bilan des différents tests.

Conforama vise les 500 produits :

L'enseigne dispose déjà de 120 produits en double affichage prix et critères environnementaux. L'objectif est de passer à 500 d'ici à un an.

Le ticket carbone de Leclerc :

Leclerc a été le pionnier de l'affichage environnemental en avril 2008, en ajoutant une ligne sur le ticket de caisse. Celle-ci affiche le bilan carbone du panier de courses effectuées.

Les objectifs des distributeurs :

  • Participer à l'expérimentation nationale.
  • Évaluer leurs pratiques d'affichage.
  • Anticiper une future règlementation.
  • Séduire un public sensible à l'environnement.

Les différents moyens mis en oeuvre :

  • Étiquetage ou sur-étiquetage des produits avec 3 critères environnementaux.
  • Mise en place d'informations environnementales en magasin sous forme de stop-rayon ou de kakemono.
  • Informations environnementales des produits sur internet.
  • Bilan carbone du panier de courses sur le ticket de sortie de caisse.

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Article extrait
du magazine N° 2177

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