Les dossiers prioritaires du gouvernement

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE Les sujets chauds pour le gouvernement dirigé par Manuel Valls ne manquent pas : réforme fiscale, pouvoir d’achat, écotaxe, lois agricoles, urbanisme commercial, santé, sans compter le commerce, la consommation et les relations commerciales qui reviennent à Arnaud Montebourg et à Valérie Fourneyron… La Secrétaire d’État qui nous accorde sa première interview.

C’est à une belle bourrasque que l’on a assisté avec le remaniement ministériel qui a suivi les élections municipales, et la nomination de Manuel Valls comme Premier ministre, pour un gouvernement de « combat » resserré. Avec Arnaud Montebourg à Bercy, qu’il partage avec Michel Sapin, l’arrivée de Ségolène Royal à l’Écologie, la prise de pouvoir de Laurent Fabius et Fleur Pellerin sur le Commerce extérieur, le Secrétariat d’État au Budget revenant au bouillant et massif Christian Eckert, celui du Commerce à Valérie Fourneyron et le numérique à Axelle Lemaire, jeune députée anglophile et très 2.0…

Assurément, Arnaud Montebourg a tiré le gros lot avec l’Économie. La plupart des annonces faites sont à son bénéfice, qu’il s’agisse des allégements fiscaux pour 20 Mrds € via le CIC€, ou de la suppression de charges sociales. La nouvelle est excellente pour le commerce, les industries à forte main-d’œuvre, et les salariés.

« Je veux être le ministre de l’Économie réelle, concrète, de la vie des gens, des ménages qui ont besoin d’oxygène pour consommer, et des entrepri­ses qui ont besoin de soutien pour embaucher et investir », a déclaré Arnaud Montebourg juste après sa nomination. Valérie Fourneyron, qui accorde sa première interview à LSA, insiste, elle aussi, sur la « priorité que constitue le pouvoir d’achat ». « Le plan annoncé par le gouverne­ment est une excellente nouvelle pour le secteur, le CICE est conforté, la suppression des charges sociales va concerner beaucoup de commer­ces », indique Claude Boulle, de l’UCV, qui se félicite aussi que le touris­me échoie à Laurent Fabius et Fleur Pellerin.

Valérie Fourneyron, ex-ministre des Sports et ex-maire de Rouen, qui va prendre le Secrétariat d’État au Commerce, à l’Artisanat, à la Consommation et à l’Économie solidaire, récupère les portefeuilles de Benoît Hamon et Sylvia Pinel, et donc les lois que ces deux ministres portaient. Rouen est une ville bien équipée du point de vue commercial, et la nouvelle ministre se dit fière du travail mené en concertation. Elle va être plongée très vite dans la bataille. La loi sur l’autoentrepreneur est discutée dans les prochaines semaines devant le Sénat, et elle contient une vaste partie de réforme pour l’urbanisme commercial. Sujets sensibles pour les élus locaux. Surtout, elle devrait partager avec Arnaud Montebourg la garantie du maintien de la consommation, l’un des trois moteurs de la croissance, qui fléchit, et du pouvoir d’achat, qui recule pour la troisième année consécutive, quand les dépenses contraintes (loyer, assurances) continuent de s’envoler.

Autres dossiers sensibles, les questions relatives à l’Agriculture et à l’Écologie, dont les ministres sont Stéphane Le Foll et Ségolène Royal. Xavier Beulin, tout juste réélu président de la FNSEA, veut rouvrir le dossier des OGM. Philippe Mangin, président de Coop de France, a été ravi des annonces faites par la ministre de l’Écologie sur l’écotaxe transport, qu’elle veut « remettre à plat », avant de constater que les parlementaires et le secrétaire d’État aux Transports n’étaient pas tous sur cette longueur d’onde.

Mais il est surtout déçu des annonces faites par Manuel Valls, qui conforte le CICE dont tout le bénéfice va à l’industrie privée, et pas aux coopératives agricoles et agroalimentaires. « Je crains que Stéphane Le Foll ne s’empare pas des problèmes de notre industrie. Pour nous aussi, le coût du travail est crucial. » Il va rencontrer successivement le Président, Manuel Valls et Ségolène Royal…

À l’Ania, c’est l’absence d’un secrétaire d’État à l’agroalimentaire qui attriste. « L’avantage, c’est que nous gardons Stéphane Le Foll, qui connaît les dossiers, déclare Jean-Philippe Girard. Nous sommes aussi rattachés à Bercy et au Quai d’Orsay pour le Commerce extérieur. » L’ensemble des mesures annoncées par le gouvernement, avec des dates d’échéances successives des allégements fiscaux et sociaux, restent cependant difficiles à appréhender. Aux ministres d’en donner une vision plus précise.

Les attentes des entreprises de grande consommation…

  • La réduction de la fiscalité et la diminution du nombre de taxes
  • La baisse du coût du travail pour améliorer la compétitivité
  • Le maintien du pouvoir d’achat et de la consommation
  • La vente de médicaments sans ordonnance dans les grandes surfaces
  • L’accroissement des marges au sein de toute la filière
  • Un droit d’installation moins compliqué pour les magasins et l’innovation commerciale
  • L’équité fiscale entre pays européens, e-commerce et magasins physiques

… et les chantiers de l’exécutif

  • La mise en place du pacte de responsabilité avec la baisse de la fiscalité
  • Le pacte de solidarité avec la hausse du pouvoir d’achat et l’emploi
  • La révision ou la suppression de l’écotaxe
  • La loi économie sociale et solidaire
  • La loi autoentrepreneur et urbanisme commercial (ex-Pinel)
  • L’application de la loi Hamon – décrets et orientation
  • La loi d’avenir pour l’Agriculture (médiateur des relations commerciales agricoles)

Ceux qui vont compter au gouvernement pour le secteur de la grande conso
Arnaud Montebourg

Économie, Commerce, Entreprises, Consommation
C’est le grand gagnant du remaniement ministériel, même s’il partage Bercy avec Michel Sapin. À lui l’Économie, l’Industrie, le Commerce, la Consommation, les leviers financiers de la BPI et de la CDC, les allégements de fiscalité, le développement de la fibre optique ! Le ministère manquait d’une vision globale de l’économie, de la consommation intérieure, des entreprises et des ménages. C’est fait.

Valérie Fourneyron

Secrétaire d’État au Commerce, à l’Artisanat, à la Consommation et à l’Économie solidaire,
Valérie Fourneyron, Ex-ministre des Sports, ex-maire de Rouen, elle va cumuler les portefeuilles de Sylvia Pinel et Benoît Hamon.

Michel Sapin

Fiscalité, Compétitivité des entreprises
C’est le nouvel homme fort de Bercy, celui qui défendra les mesures annoncées lors des projets de loi de finances ou de finances rectificatives. Intime du président de la République, ayant déjà occupé les mêmes fonctions il y a vingt ans. Il devra convaincre un Parlement, très nerveux, du bien-fondé de la politique menée en faveur des entreprises. Et les députés ont très envie de se faire entendre.

Ségolène Royal, Écologie, Transport, normes, taxes

Elle a tout de suite mis les pieds dans le plat : il faut revoir les modalités d’application de l’écotaxe. Avant de reculer, les parlementaires n’étant pas sur cette longueur d’onde. Pis, Frédéric Cuvillier, qui a fait voter la loi, a retrouvé son poste au ministère des Transports ! Tous les lobbys, FNSEA, Coop de France, Ania, grossistes, vont faire le siège pour obtenir sa suppression.

Marisol Touraine Santé

vente de médicaments en GMS, pharmacies…
La ministre reste en charge du méga-ministère des Affaires sociales et de la Santé, en charge d’un budget plus gros que celui de l’État. C’est elle qui doit fournir plus de 20 Mrds € d’économies sur les 50 prévus sur trois ans. Le commerce pourrait y trouver son compte, avec la vente des médicaments non remboursés. Mais elle pourrait aussi limiter le remboursement des lunettes, ce qui ne fera pas l’affaire des opticiens, déjà surpris par le libéralisme soudain de Benoît Hamon qui a autorisé la vente de lunettes sur le Net…

Stéphane Le Foll

Agriculture, Agroalimentaire, Contraintes environnementales, Relations commerciales,
Le confident du Président va se rapprocher de lui en prenant le porte-parolat du gouvernement. On le disait partant du ministère de l’Agriculture, qu’il conserve, en perdant son ministre délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot. Il a su impliquer le Président lors des négociations de la Pac en 2016 – la France a perdu 10% des aides – et la prochaine échéance est dans six ans. Reste à répartir l’enveloppe, réduire les coûts du ministère et câliner le président de la FNSEA, Xavier Beulin, qui trouve le ministre trop dilettante…

Laurent Fabius

Développement international, entreprises de production et enseignes à l’étranger, tourisme commercial
C’est à une véritable OPA à laquelle s’est livré le ministre des Affaires étrangères sur le Commerce extérieur, de tout temps rattaché à Bercy. Laurent Fabius prend les investissements étrangers et donc le nouvel ensemble UbiFrance et ses 1 500 salariés. Ainsi, il pourra attirer les investisseurs chinois, ou emmener telle entreprise ou enseigne pour son déploiement à l’international. Il récupère aussi le tourisme cher aux commerçants.

Fleur Pellerin, Avec Laurent Fabius

Fleur Pellerin, ex-ministre de l’Économie numérique, a suscité l’engouement des jeunes générations, qui réclamaient son maintien au gouvernement. Elle passe avec armes et bagages chez Laurent Fabius pour s’occuper du Commerce extérieur et du Tourisme. Les commerçants vont probablement trouver là des alliés pour l’ouverture du dimanche et l’expansion des enseignes françaises à l’étranger.

Exclusif, première interview « Le pouvoir d’achat est la priorité »

LSA - Quelle sera votre action côté consommation des ménages, alors que le pouvoir d’achat est fortement affecté?

Valérie Fourneyron - Redonner du pouvoir d’achat est un enjeu majeur, qui passe par la bataille pour l’emploi. Toute l’équipe gouvernementale est mobilisée sur ce sujet, lutter contre la vie chère, et créer de l’emploi durable. Et les mesures annoncées par le Premier ministre vont dans ce sens, en réduisant le coût du travail et en permettant à ceux qui gagnent le Smic de bénéficier de la suppression ou des allégements des cotisations sociales. Les enveloppes sont connues, 30 Mrds € pour l’allégement du coût du travail, 4,5 Mrds € pour les salariés via la suppression et la baisse des cotisations salariales jusqu’à 1,6 Smic. Il faut ajouter la baisse des cotisations familiales pour les artisans, de 1 Mrd €, l’allégement de la fiscalité des ménages modestes. L’ensemble de ces décisions visent à améliorer le pouvoir d’achat.

LSA - En matière de commerce, quelle sera votre politique et quelle a été celle à Rouen dont vous avez été la maire?

V. F. - Je m’inscrirai dans les pas de mes prédécesseurs, sur la défense du consommateur qui relevait du champ de Benoît Hamon, et sur l’évolution du commerce qui relevait de Sylvia Pinel, avec le projet de loi sur l’artisanat et le commerce qui va être discutée au Sénat dans les prochains jours. À Rouen, j’ai mené une politique très transversale dont je suis fière. Le ­commerce réalise 840 M € de chiffre d’affaires. Nous nous sommes appuyés sur le patrimoine exceptionnel de la ville, le tourisme – notamment avec le succès de l’Armada – la culture et le développement économique. En associant la CCI, la CMA, les Associations de commerçants, les centres commerciaux. Le but était de créer une dynamique, de l’attractivité. J’aborderai de la même façon la question de l’urbanisme commercial. Rouen va devenir une métropole avec 71 communes. L’intégra­tion de l’urbanisme commercial doit être pensée à cette dimension. C’est ce que prévoit au niveau national la future loi sur le commerce. 

Propos recueillis par S. A.

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Article extrait
du magazine N° 2315

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