Les effets du Cice sont réels mais restent limités pour la compétitivité [Interview]

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Coe-Rexecode vient de publier une note sur l’impact du CICE et du Pacte de responsabilité sur le coût du travail et les marges des entreprises. Les effets restent limités en raison de l’énorme écart qui reste à combler avec l’Allemagne. Interview de Denis Ferrand, directeur général de l’organisme.

Denis Ferrand, directeur général de COE REXECODE, analyse les effets du CICE sur le coût du travail et les marges des entreprises
Denis Ferrand, directeur général de COE REXECODE, analyse les effets du CICE sur le coût du travail et les marges des entreprises

Les mesures fiscales prises par le gouvernement pour donner de l’air aux entreprises, via le CICE, la baisse des charges sur les bas salaires et la suppression de la taxe C3S sur le chiffre d'affaires, commencent à avoir des effets réels, selon l’organisme COE-Rexecode, dans une note signée du directeur général, Denis Ferrand.

«En 2013 et 2014, le CICE a permis une réduction de 3,3% de l’indice du coût du travail dans les secteurs marchands selon l’Insee. Il a contribué à réduire l’écart franco-allemand de coût du travail dans les secteurs marchands de 10,2% en 2012 en défaveur de la France, à 8,3% en moyenne en 2014. D’ici 2017, avec la mise en œuvre des mesures du Pacte de responsabilité, cet écart se réduirait à 7%, sous l’hypothèse d’une progression comparable des salaires en France et en Allemagne », précise la note.

23,5 milliards de baisse d'impôts et charges d'ici 2017

En revanche, le CICE – évalué par l’Insee à 9 milliards d’euros – mais de 10,2 milliards selon les chiffres les plus récents fournis par la Direction générale des Finances publiques (DGFIP) - n’a pas permis de stopper la dégradation des marges d'exploitation des entreprises. Les mesures annoncées doivent encore monter en puissance pour atteindre 23,5 milliards d’ici 2017, selon l’organisme. Des chiffres importants, mais qui ne permettront pas de combler l’écart sur le coût du travail avec l’Allemagne, ni à redonner de la compétitivité aux prix par rapport aux autres pays européens, où ils sont en moyenne inférieurs de 8 %, nous explique Denis Ferrand.

"Le CICE n'a pas permis de résorber l'écart avec les autres pays européens", selon Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode

LSA : Le coût de travail baisse, selon vos analyses. Finalement, le pacte de responsabilité a bien fonctionné ?

Denis Ferrand : Certes, l’écart des coûts salariaux avec l’Allemagne a baissé, pas seulement en raison du CICE d’ailleurs, puisque des augmentations de salaires ont eu lieu en Allemagne, qui ont aussi contribué à résorber l’écart. Les mesures ont été bonnes, mais il faut aussi regarder sur une période de long terme. En 2000, le coût salarial en France était à l’indice 92,7 quand il était à 100 en Allemagne. En 2012, l’indice des salaires atteignait en France 110, pour 100 en Allemagne. Soit près de 18 % de dérive, 1,5 % chaque année ! L’écart est revenu à 8,3 %, et il sera à 7 % d’ici 2017, à hypothèse d’évolution de salaire identique. La réduction de l’écart n’est donc que de 3 points, nous restons très loin de l’écart en notre faveur en 2000.

LSA : La part de l’industrie manufacturière apparaît faible dans le montant global du CICE. Rate-t-il sa cible ? Au bénéfice de Poste ou de la grande distribution ?

Denis Ferrand : Il n’y a ni surreprésentation, ni sous-représentation, de la part de CICE destiné à l’industrie manufacturière, elle est globalement proche de son poids dans la valeur ajoutée des sociétés non financières. La grande distribution est certes un peu gagnante, en raison de son poids dans la structure de l’emploi et de la qualification moyenne des employés. Mais il faut rappeler que le CICE ne représente que 2,7 % de l’excédent brut d’exploitation des entreprises non financières, qui s’élève à 316 milliards d’euros. D’un point de vue macro-économique, la montant est faible ! Et plus encore si l’on regarde au niveau sectoriel.

Ecarts de prix encore très élevés

LSA : A quoi sert le CICE, à faire baisser les prix ?

Denis Ferrand : Nous ne disposons pas d’analyse microéconomique suffisamment fine à ce stade. Des enquêtes qualitatives ont été conduites par l’Insee afin d’apprécier l’affectation des ressources du CICE aux évolutions de l’emploi, de l’investissement, des salaires ou des prix. Si l’investissement apparaît dans les intentions comme la première destination du CICE, en revanche celui-ci ne semble pas avoir été prioritairement utilisé pour baisser les prix.

LSA : Des industriels se plaignent de la guerre des prix, alors que les distributeurs considèrent que les prix en France sont plus élevés que dans le reste de l’Europe. Qu’en est-il ?

Denis Ferrand : Oui, les prix à la consommation restent plus élevés en France, 10 % de plus qu’en Allemagne, et 8 % de plus que la moyenne européenne, selon les derniers travaux de l’OCDE,  et le niveau d’inflation actuel en France ne va pas changer ces écarts bien trop importants pour la compétitivité des entreprises. Mais l’écart de niveaux de prix en défaveur de la France résulte principalement de deux facteurs, la fiscalité qui touche la production (CVAE, CFE, versement transports…) d’une part, les coûts salariaux (et non pas uniquement les salaires) comprenant les charges annexes, qui sont dans les deux cas bien plus élevés qu’en Allemagne et dans le reste de l’Europe.

Propos recueillis par Sylvain Aubril

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Appels d’offres

Accéder à tous les appels d’offres

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA