Les emplois de demain [Edito]

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Yves Puget

Le commerce créera-t-il toujours des emplois ou va-t-il en détruire ? La question mérite d’être posée tant les plans de sauvegarde se succèdent. La logique voudrait que la bonne réponse soit la seconde. Que, face aux coups de boutoir de l’e-commerce, à la crise économique et à des consommateurs plus exigeants et versatiles, il soit peu probable que la distribution reste la grande pourvoyeuse d’emplois qu’elle a été durant des décennies. Et pourtant, alors que la gestion du Covid a démontré l’utilité des magasins et le savoir-faire de ceux qui y travaillent, j’ai envie de croire que le premier employeur privé de France n’est pas promis au déclin. D’abord, parce qu’il ne faut pas confondre le court terme (la gestion de la pandémie et de ses conséquences) avec le long terme (la mutation d’un métier). Ensuite, il convient de distinguer le petit commerce indépendant des grands groupes. Et de ne pas mettre dans la même analyse les magasins ou enseignes qui ferment avec celles qui se robotisent et chassent les gains de productivité pour s’en sortir. Il faut aussi parler du commerce dans sa globalité, sans en avoir une vision par secteur. Or, il est certain que, si des activités périclitent (textile, etc.), d’autres arrivent à maturité (hypers, etc.) ou sont en expansion (santé, services à la personne, etc.). Et que dire de la fragmentation du commerce ? Oui, l’hypermarché sera peut-être plus petit, avec moins de salariés. Mais un drive et des drives piéton dépendront de lui et ces unités généreront des embauches.

Mais pour y parvenir, le commerce aura besoin de plusieurs coups de pouce. À commencer par l’État, qui devra réduire les taxes (en supprimant la Tascom ?) et favoriser l’emploi des jeunes (ce qu’il a initié avec le plan de relance). L’Éducation nationale doit aussi jouer son rôle en orientant différemment les jeunes, notamment vers les filières techniques, et en boostant l’apprentissage. Les chefs d’entreprise, et tous les responsables à chaque niveau de la hiérarchie, sont bien sûr aux manettes. Il leur reviendra de motiver, former et accompagner les équipes. Quant aux salariés, ils devront intégrer l’évolution de cette branche économique. En acceptant plus de polyactivité. En comprenant que si des métiers vont disparaître, d’autres vont émerger et qu’il sera crucial pour eux de saisir ces opportunités et de ne pas rester arc-boutés sur de vieilles pratiques. Des défis sont à relever et de nouveaux profils seront nécessaires. Et les bons bouchers seront tout aussi utiles que les experts du data mining.

Il faut en être convaincu, plus digital et serviciel, le commerce de demain ne ressemblera pas à celui d’aujourd’hui, et il en ira de même des métiers. Cette transformation n’est pas qu’organisationnelle, elle est aussi managériale, sociale et, tout simplement, humaine. Voilà pourquoi tout le monde doit s’y préparer et y croire. En 2018, alors ministre du Travail, ­Muriel Pénicaud évoquait des « métiers du passé » à propos de la suppression de 466 emplois dans un groupe de prêt-à-porter, en disant : « On ne peut pas garder la bougie quand l’électricité arrive. » Aux commerçants de rejeter cette caricature, de prouver que la réalité et l’avenir sont plus complexes que cette vision binaire et que la modernité n’est pas là uniquement où on le pense... 

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2622

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