Les enseignes prennent mieux en compte les vols d'alcools

|

Les spiritueux et champagnes sont la deuxième catégorie la plus touchée par la démarque inconnue. Depuis peu, les distributeurs s'attaquent à ce problème, car des réponses pertinentes voient le jour.

LHSB201205601_4Z.jpg
LHSB201205601_4Z.jpg© PHOTOS DR

La mésaventure est arrivée à plus d'un directeur de magasin. Un client tout à fait lambda entre dans un supermarché, muni d'un cabas isotherme. Sauf qu'au lieu de se diriger vers les surgelés, il file vers les spiritueux, remplit son sac, à l'abri des caméras, puis ressort, la mine satisfaite. Le résultat : environ 60 € de pertes nettes si ce client s'est contenté de trois bouteilles de whisky. Bien plus s'il est venu en septembre, au moment des foires aux vins, et que ce voleur se révèle être un fin connaisseur des grands crus bordelais...

La démarque inconnue reste un véritable fléau pour les chefs de rayon vins et spiritueux. « Cette catégorie est très sensible aux vols, assure Julien Thibult, manager compte clé chez Checkpoint, l'expert en protection à la source. Selon notre dernière étude, la démarque inconnue représente 2,25% du chiffre d'affaires des vins et spiritueux, au niveau européen. »

L'enjeu

  • Les whiskies, anisés et champagnes arrivent en deuxième position en volume des marchandises les plus volées, après les lames de rasoir. Ils sont en première position en valeur. Dans un avenir encore lointain, la lutte contre la démarque inconnue pourrait passer par la RFID. Cette technique permettra aux caissières de voir si le produit à scanner est identique à celui visionné à l'écran.

2,25%

Le poids de la démarque inconnue dans le chiffre d'affaires des vins et spiritueux en Europe

Source : Baromètre mondial du vol dans le commerce et la distribution 2011/Check Point

Des articles parmi les plus « appréciés »

Les whiskys, les anisés et les champagnes arrivent en deuxième position des marchandises les plus volées, après les lames de rasoir. En deuxième position en termes de volume mais, vu leur prix de vente, ils prennent aisément la première place en valeur. Ce sujet préoccupe de plus en plus les enseignes. « Le contexte économique actuel est tendu, explique un distributeur. Notre chiffre d'affaires stagne et nos marges ont tendance à s'éroder ; alors toutes les solutions pour éradiquer ou tout au moins faire reculer la démarque inconnue sont bienvenues. » Et puis, s'ils rechignent à l'avouer, les distributeurs mettent de moins en moins de personnel en rayon, ce qui facilite la tâche des voleurs, qui, de leur côté, sophistiquent leurs modes opératoires, au fur et à mesure que les magasins renforcent leurs dispositifs de sécurité.

Autre souci : les plaintes pour vols n'arrivent jamais aux commissariats. S'il se fait attraper, un prévenu en sera quitte pour un sermon. Pas plus. « Au-dessous d'une certaine valeur, les plaintes ne sont pas traitées, ni même enregistrées, plaide Franck Charton, délégué général de Périfem, l'association technique du commerce et de la distribution. Nous souhaiterions que toutes les plaintes soient qualifiées et inscrites sur un listing. Cela permettrait d'envoyer un message fort aux récidivistes : " Vous serez fiché ! " ». Le ministère de l'Intérieur a entendu cette demande. Il lui reste à passer à l'acte, en lien avec le ministère de la Justice.

 

Les distributeurs concernés, les industriels aussi

En attendant, une question se pose : la démarque inconnue est-elle le problème de la distribution ou celui des acteurs des boissons alcoolisées ? À première vue, ce serait plutôt celui des enseignes, car ce sont elles qui subissent la perte de revenus. Mais les industriels ont tout intérêt à s'inquiéter aussi. Car, à ce jour, l'une des solutions pour contenir la démarque inconnue reste de doter les bouteilles les plus chères de colliers à ôter au moment du passage en caisse. Une solution gourmande en main-d'oeuvre. « Il faut environ une minute pour poser trois colliers », a calculé Julien Thibult. Et autant, en caisse, pour les retirer. Pas génial quand l'heure est aux restrictions de personnel. D'autant que lorsqu'une marque d'anisé est en rupture en rayon, il faut prévoir le temps nécessaire à la pose de colliers. Cet argument n'a pas échappé aux enseignes, qui l'ont retransmis à leurs fournisseurs. « Aujourd'hui, les industriels ont compris que c'est un service supplémentaire à rendre à la distribution, poursuit Julien Thibult. Il s'agit même d'un avantage concurrentiel non négligeable. »

Ainsi, Checkpoint propose une étiquette munie d'une puce à radiofréquence (le parc de magasins est aujourd'hui bien équipé en antennes). Une solution de protection à la source qui séduit de plus en plus. Quatre enseignes sont tentées de déployer à grande échelle des programmes de protection à la source. L'an dernier, un nombre croissant de marques (+ 40%, selon Checkpoint) se sont équipées dans ce sens. Le surcoût pour l'industriel ? « 2 centimes par bouteille, assure Julien Thibult. Au niveau industriel, cela ne pose pas de problème. Il faut juste un bras de pose pour coller l'étiquette avant la contre-étiquette. » Checkpoint a veillé à ce que son étiquette soit ultrafine afin qu'elle ne soit pas repérable entre le verre de la bouteille et la contre-étiquette, à quelques centimètres du Gencod. Quand la caissière scanne le produit, elle désactive par la même occasion la puce à radiofréquence.

Les solutions

  • Doter les bouteilles les plus chères d'un collier à ôter au moment du passage en caisse. Le collier est la solution privilégiée pour les foires aux vins, aux whiskys et toutes les animations ponctuelles des distributeurs. Son inconvénient ? Il faut de la main-d'oeuvre pour la pose et la dépose, opérations à faire en magasin. 
  • Apposer une étiquette invisible munie d'une puce à radiofréquence. Une solution de plus en plus utilisée pour le haut de gamme. Plus discrète qu'un collier, elle est signalée par un logo qui prévient le consommateur de sa présence. Elle se pose chez l'industriel.

 

Former les caissières

Reste que les enseignes font le distinguo entre le fond de rayon et les opérations ponctuelles. Ainsi, lors des foires aux vins, le collier antivol est encore privilégié. L'étiquette invisible est plutôt la solution réservée au fond de rayon. Cette solution, qui semble réunir industriels et distributeurs, devrait s'accompagner de la formation des caissières, afin qu'elles distinguent mieux un petit vin de pays d'un grand cru. Dans un futur plus lointain, la résolution de la démarque inconnue passera par la RFID. Cette technologie permettra notamment que les caissières voient si le produit à scanner est identique à celui qu'elles visionnent sur leur écran. Las. Pour le moment, les distributeurs, en France ou dans le monde, ne sont pas du tout équipés.

Le contexte économique actuel est tendu. Notre chiffre d'affaires stagne et nos marges ont tendance à s'éroder ; toutes les solutions pour éradiquer ou au moins faire baisser la démarque inconnue sont bienvenues.

Un distributeur

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° HSB2012

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Eaux, sodas, jus, bières, vins, liqueurs et spiritueux : chaque semaine recevez les dernières infos et nouveautés du rayon Boissons.

Ne plus voir ce message