Les enseignes prises d’une frénésie de consolider leur réseau

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Les enseignes rachètent des magasins à tour de bras. Depuis le début de l’année, plus de 80 magasins ont changé de mains, dont deux hypermarchés. En nombre, Casino est en première ligne…

Carrefour vient de notifier la prise de contrôle du supermarché de Beautiran (33). La micro-consolidation est en cours. .
Carrefour vient de notifier la prise de contrôle du supermarché de Beautiran (33). La micro-consolidation est en cours. .

Carrefour, Système U et Intermarché viennent de notifier la prise de contrôle de trois magasins affilés à l’Autorité de la concurrence, le dernier le 21 octobre 2015. On parle beaucoup des grandes opérations de concentration comme Carrefour et Dia ou Auchan et Système U, mais rarement des opérations de micro-concentration. Or, depuis le début de l’année, quelques 83 magasins ont changé de mains. Les enseignes cherchent visiblement à consolider leur réseau de points de vente. La plupart du temps, il s’agit de reprendre des magasins affiliés sous enseigne à des indépendants qui souhaitent passer la main, et éventuellement le revendre à un nouvel affilié. Mais les rachats peuvent aussi servir à consolider le réseau intégré.

Champion des rachats, le groupe Casino. Depuis le début de l’année, il a racheté 55 magasins. En avril, c’était le réseau de magasins du sénateur Nougein, bien connu en Corrèze puisqu’il était l’opposant politique du président de la République, François Hollande. Lui est briviste, quand le président était à Tulle, les deux villes politiquement antagonistes depuis toujours. Le sénateur a cédé ses 36 magasins, conservant toutefois les murs. Puis Casino a racheté les 15 points de vente du groupe Parfidis, détenus pour parties par deux groupes franchisés, Planes et Verrat. Enfin, Casino a pris le contrôle de trois magasins dans la région de Toulouse, et racheté un magasin Dia à Carrefour, contraint de s’en séparer pour tenir compte de la décision de l’Autorité de la concurrence pour obtenir le feu vert à l’acquisition de l’ensemble du réseau Dia.

Les enseignes veillent à ne pas se faire subtiliser de magasins

De son côté, ITM Intermarché a pris le contrôle de 19 magasins un peu partout en France. La plupart du temps, il s’agit de “portage” - c’est l’enseigne elle-même qui contrôle le magasin - mais parfois, Intermarché intervient seulement en appui du rachat du magasin par un adhérent. A noter que dans les 19 magasins, il y a un hypermarché. Mais le groupe veille : à date, aucune enseigne concurrente n’a réussi à mettre la main sur un magasin Intermarché. Le souvenir douloureux de certains passés chez E.Leclerc a sans doute motivé l’enseigne à réagir, plutôt qu’à subir. Voilà pour les enseignes les plus actives.

Les volumes sont plus faibles pour les autres. Carrefour a pris le contrôle, depuis le début de l’année, de 4 magasins, dont un hypermarché, celui de Dignes les Bains (04). L’un d’entre eux a d’ailleurs été racheté par Provencia, le dernier groupe affilié Carrefour avec 3 hypers et 13 Carrefour Market. Il vient de notifier le rachat du Carrefour Market de Beautiran (33). Système U, de son côté, vient de notifier le rachat du magasin Super U de Neuilly sur Marne (93), mais en a racheté auparavant 4 autres, soit via Expan U, soit via ses centrales régionales, en direct ou conjointement avec un adhérent. L’un d’eux a par ailleurs été racheté par Coop Atlantique, affilié Système U. Nul ne sait si la coopérative de consommateurs - la dernière existante - rejoindra ou non Auchan. Dans le passé, Coop Atlantique était affilié à Carrefour, qu’elle avait quittée, mécontente du taux de marges arrière que le groupe lui reversait.

Un luxe de détails pour justifier des autorisations de concentration

Enfin, E.Leclerc a mis la main sur 4 magasins, un Simply Market à Dormans (51), l’ex-Arcimbo d’Auchan et un drive Auchan à Villeparis (77), un Leader Price à Tourlaville (50) et un Simply Market à Saint-Dizier (52). Le “mouvement” fait son marché chez Auchan et Casino. Il faut noter le soin tout particulier que l’Autorité de la concurrence met dans ses autorisations de concentration pour E.Leclerc, détaillant avec un luxe de précisions les contrats d’affiliation qui lient E.Leclerc à son réseau, notamment dans le cas du rachat par Pargeco du magasin de Tourlaville, pourtant d'une taille minime. Les exposés font plusieurs pages, quand les autorisations pour Intermarché tiennent en quelques lignes...

Mais les enseignes semblent bien en train de consolider leur réseau. Peut-être la crainte de l’injonction structurelle les obligeant à céder des magasins dans la loi Macron - finalement retoquée par le Conseil constitutionnel - les a-t-elle amenées à anticiper. Mais il peut y avoir d’autres facteurs : la bataille à la part de marché passe d’abord par la détention de magasins et de mètres carrés, et le rendement de l’euro investi rend peut-être la France à nouveau attractive alors que l’Amérique du Sud, pour Carrefour et Casino, est entrée dans une zone de turbulence avec un effondrement des taux de change...  

 
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