Les entreprises laitières se renforcent tous azimuts

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Grâce à de multiples fusions, acquisitions et rapprochements, l’industrie laitière française s’est restructurée à marche forcée. Alors que les groupes mondiaux gagnent en taille, les fabricants hexagonaux devraient pouvoir faire face à la fin des quotas et à la libéralisation du marché du lait en Europe, en 2015.

Trente ans ! Depuis trente ans, l’économie laitière européenne est administrée. Des quotas limitent la production dans tous les pays. Celui de la France est fixé à 25,6 milliards de litres de lait. Des aides aux producteurs laitiers sont attribuées en échange de cette contrainte, et des pénalités appliquées en cas de dépassement. Le but était de limiter la surproduction et les crises qui en découlaient.

Mais, en avril 2015, tout va changer. Les exploitants agricoles pourront produire autant qu’ils le souhaitent. Les pénalités vont disparaître, la concurrence va donc s’accroître entre les éleveurs, les régions de production, les pays, et, surtout, les entreprises laitières, lesquelles paraissent s’adapter au nouveau contexte à marche forcée.

Et, surprenant, les industriels laitiers français – privés ou coopératives – sont des leaders internationaux qui pourraient bien mener le bal des restructurations mondiales… « Nous allons passer d’un coup d’un régime de gestion administrée, avec une concurrence relativement pacifiée, à un régime de concurrence libéral, analyse Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) et de la coopérative Laïta. Les quotas nous ont en partie protégés, mais ils nous ont également empêchés de bouger, de nous adapter au marché mondial. Mais, depuis cinq ans, les entreprises se structurent, de manière phénoménale et surtout dans la coopération ! »

Grandes manœuvres

La consolidation du secteur a été massive, et il faut aussi convaincre les producteurs que la collecte, et la rémunération de celle-ci, dépendra de plus en plus du marché. Le prix du lait ne suffira plus à guider les relations entre les coopératives et les producteurs. Il faudra tenir compte de « l’équation volume-prix » et du marché, sachant que les coopératives, contrairement aux industriels privés et aux groupes étrangers – qui ne sont pas encore arrivés – sont soumises à l’obligation d’acheter tout le lait produit par leurs adhérents.

D’où les grandes manœuvres en cours dans le secteur laitier et la fusion permanente de coopératives laitières ou de rachats industriels. LSA publie pour la première fois un classement national et un classement mondial résultant de ces fusions. Au niveau national, ce sont les coopératives Sodiaal, Agrial et Laïta qui mènent la danse, les trois réalisant désormais plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, et la première entrant même dans le top 10 des entreprises mondiales ! Un résultat obtenu grâce à la fusion avec la coopérative 3A. « Ce rapprochement nous rend capables d’affronter la concurrence européenne et de faire face à la fin des quotas laitiers », a déclaré Damien Lacombe, président de Sodiaal.

Agrial, de son côté, a fusionné avec Eurial, et a racheté l’ultrafrais de Senoble, ce qui porte son chiffre d’affaires dans le seul secteur laitier à 2 milliards d’euros, selon nos estimations. On lui prête d’autres mariages, le groupe normand ayant levé 90 millions d’euros en obligations, « pour des acquisitions », sans plus de précisions…

Le « privé » n’est pas en reste : Bongrain a repris le plateau de fromages et beurre de la coopérative Terra Lacta. Un scénario qui ressemble fort à celui de la reprise des marques de la coopérative Elle & Vire il y a quelques années. Il faut aussi compter avec Bel, très présent à l’exportation ; Novandie, filiale d’Andros et présidée par le discret Frédéric Gervauson, qui réaliserait environ 700 millions d’euros ; et Terra Lacta, qui, avec son périmètre actuel (avant cession d’actifs à Bongrain et à Sodiaal, s’apprêtant à avaler son activité lait UHT), atteint encore 750 millions d’euros.

« Blitzkrieg » industriel

Ce n’est pas tout, Maîtres Laitiers du Cotentin ne réalise que 300 millions d’euros dans l’activité coopérative laitière, mais avec une filiale de distribution hors domicile qui pèse la bagatelle de 1,4 milliard d’eruos et qui vise, selon son président Jean-François Portin, « 700 millions de chiffre d’affaires en plus via des acquisitions »… Et c’est là que se pose la question d’un partenariat avec… Agrial : la puissance de l’un au bénéfice de l’agilité de l’autre. Mais la Normandie reste une terre de « taiseux », et s’il se passe quelque chose, on ne le saura pas avant les justes noces, si elles ont lieu…

L’américain General Mills est un peu plus disert : le groupe, qui pèse 17 milliards d’euros au niveau mondial, toutes activités confondues, s’est offert Yoplait, qui réaliserait 1,4 milliard d’euros en France (et 4,5 milliards d’euros dans le monde, selon des déclarations récentes du président de Yoplait à LSA). Incontestablement, le groupe va monter dans le classement mondial dans les années à venir.

Mais c’est le très discret Lactalis qui obtient la palme de la croissance. La firme d’Emmanuel Besnier est devenue numéro un mondial de la catégorie, loin devant ses concurrents, Nestlé et Danone compris ! « Le rachat de Parmalat lui a ouvert les portes du marché mondial », constate Dominique Chargé. Le groupe rachète des sociétés de transformation laitière à tour de bras, en Inde, au Brésil… Un vrai « blitzkrieg » sur l’industrie laitière mondiale. Il est passé de 9 à 16 milliards d’euros en cinq ans et ne semble plus devoir s’arrêter de grossir !

Lactalis partage cette soif de croissance avec la coopérative géante des néo-zélandais Fonterra, qui vient d’investir quelque 140 millions d’euros dans une usine de fromages en Hollande, parce qu’il se sentait à l’étroit dans son pays d’origine. Fonterra réalisait « seulement » 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires il y a cinq ans. Le groupe en atteint 12 et rivalise désormais en taille avec Danone et dépasse Nestlé ! Tout en restant plutôt un « trader du lait » qu’un détenteur de marques ou de variétés de fromages, donc, avec une moindre valorisation.

La ferme des 15 000 vaches

« Ce qu’il faut noter, c’est que la France détient quatre ou cinq entreprises comptant parmi les leaders mondiaux, qui peuvent faire face à la concurrence sur les marchés matures ou dans les pays émergents, indique Olivier Picot, président de la Fédération des industries laitières. C’est stratégique, car il se préfigure une bataille mondiale sur le lait qui est déterminante. La France aborde ce virage en tête, c’est assez rare dans le domaine industriel. » Exact. Dans la viande, les Brésiliens atteignent déjà la barre des 20 milliards d’euros, les Français, 10 fois moins.

Mais cette avance ne sera conservée qu’à la condition de jouer très fin, notamment par la voie de la valorisation des produits. Car au moment où les pouvoirs publics français s’interrogent sur la « ferme des 1 000 vaches », qui serait démesurée, le président de la coopérative Fonterra exploite, lui, une ferme de… 15 000 vaches. Il ne sera pas facile de gagner le match de la « compétitivité » face à de tels acteurs ! La bataille sur les prix avec la distribution fait aussi partie des enjeux de ceux qui entendent poursuivre l’aventure. Décidément, la fin des quotas et la libéralisation du marché du lait en Europe vont bel et bien pousser tous les acteurs à s’adapter. 

Le nouveau classement des industriels du lait En france

L’industrie laitière française ne cesse de se concentrer, notamment du côté des coopératives Sodiaal, Agrial et Laïta. Pour General Mills, propriétaire de Yoplait, nous ne faisons figurer ici que l’activité France. Au niveau mondial, le groupe réalise 4,5 milliards d’euros dans le lait.

Lactalis se détache des concurrents mondiaux


Le groupe Lactalis, discret sur ces chiffres et, par ailleurs, non coté, devient clairement le leader mondial de l’industrie laitière, désormais loin devant Danone et Nestlé. Sodiaal débarque dans ce classement pour la première fois.

Une restructuration à marche forcée

  • Le marché européen sera plus concurrentiel en 2015.
  • La course à la taille devient essentielle et devrait se poursuivre.
  • Lactalis rachète des sociétés à tour de bras dans le monde.
  • Sodiaal accède au top 10 mondial pour la première fois (lire tableau p. 28).
  • Les coopératives mondialisées deviennent géantes. 

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Article extrait
du magazine N° HSFFFL2014

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