Les étudiants, une main-d'oeuvre à la carte

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Le plus souvent à la caisse, ils permettent aux magasins de gérer les pics d'activité, mais aussi les temps partiels et le turnover. Traités comme les autres salariés, les étudiants apportent aussi un esprit neuf dans l'entreprise.

« Les étudiants apportent un regard neuf dans le magasin. Ils ont des contraintes différentes par rapport à une partie du personnel, confronté souvent à des fins de mois difficiles. Toujours partants pour les animations, ils apportent un peu de joie de vivre. Ils ont aussi beaucoup d'idées. Par exemple, ce sont des étudiants qui m'ont suggéré d'ouvrir une page Facebook pour le magasin. Du coup, nous avons monté un groupe de travail sur le sujet. » ANNE-CLAIRE LAFONTAINE, directrice adjointe du magasin Auchan à Pérols (Hérault)
« Les étudiants apportent un regard neuf dans le magasin. Ils ont des contraintes différentes par rapport à une partie du personnel, confronté souvent à des fins de mois difficiles. Toujours partants pour les animations, ils apportent un peu de joie de vivre. Ils ont aussi beaucoup d'idées. Par exemple, ce sont des étudiants qui m'ont suggéré d'ouvrir une page Facebook pour le magasin. Du coup, nous avons monté un groupe de travail sur le sujet. » ANNE-CLAIRE LAFONTAINE, directrice adjointe du magasin Auchan à Pérols (Hérault)© MAUGENDRE / ANDIA

Lorsqu'elle arrive chez Auchan, alors âgée d'à peine 18 ans, Anne-Claire Lafontaine voit le job comme un simple boulot d'été. « J'habitais dans le Vaucluse, raconte-t-elle. Auchan m'a répondu en premier, c'était un contrat de huit heures par semaine pour les week-ends et les vacances scolaires. » Celle qui s'y voyait rester trois mois y est toujours, en tant que directrice adjointe de l'Auchan de Pérols, dans l'Hérault.

Elle se dit étonnée de la formation qu'elle y a reçue comme simple étudiante, « une semaine pour travailler en caisse », un traitement auquel n'ont pas droit, par exemple, les intérimaires. Pendant cinq ans, Anne-Claire Lafontaine a jonglé entre ses études de droit et les caisses et, après avoir raté (de justesse) le concours d'entrée à l'École nationale de la magistrature, a décidé de bifurquer.

25 à 35%

Le pourcentage d'étudiants sur les effectifs caisses d'une grande surface

 

8 à 15

Le nombre d'heures hebdomadaires par contrat étudiant

3 000

Le nombre d'étudiants employés chez Auchan, les deux tiers étant au secteur caisses, les autres au drive

Source : LSA

 

« J'avais imaginé le pire, j'ai trouvé respect et considération »

Au bout de six mois, un CDI lui est proposé pour le samedi et les vacances scolaires. Et l'image qu'elle avait de la grande distribution évolue. « J'avais imaginé le pire, j'ai trouvé respect et considération. Surtout, on m'a vite proposé d'autres missions, à l'accueil ou sur la ligne de caisses. J'ai été étonnée de la confiance que l'on fait aux employés. »

Difficile de trouver une version différente chez les étudiants rencontrés par LSA. Tous louent l'attention dont ils font l'objet. Une considération qui tient peut-être à la difficulté constante des enseignes à attirer les jeunes.

Si le cas d'Anne-Claire Lafontaine reste relativement exceptionnel, ils sont quelques-uns à embrasser une carrière dans la grande distribution après un début en tant qu'intermittent. Ils peuvent surtout faire la réputation d'un employeur auprès de leurs jeunes camarades. « On sait entre nous quelles sont les enseignes qui traitent mieux leur personnel que d'autres, celles qui vont, par exemple, accorder aux étudiants les avantages maison et celles qui vont rechigner », précise Sarah, 20 ans, qui complète ses revenus en travaillant le samedi chez Carrefour.

Mutuelle, Sécurité sociale, chèques cadeaux : les étudiants ont le plus souvent droit quasiment au même traitement que leurs collègues « permanents ». Noémie, 20 printemps également, qui travaille quinze heures par semaine au Carrefour de Collégien, en Seine-et-Marne, en sait quelque chose. « Je suis payée sur treize mois et demi et bénéficie de la mutuelle Carrefour et de la Sécurité sociale, plus avantageuse que la Sécurité sociale étudiante. » Étudiante en droit à Créteil, en région parisienne, Noémie essaie aussi de « faire plus d'heures dès que c'est possible », jusqu'à trente heures par semaine en période de vacances scolaires. Et comme les autres salariés, elle a droit au SIPP, dans le jargon Carrefour, le « suivi individuel de professionnalisation et de progrès », un entretien annuel avec son supérieur sur les perspectives d'évolution. « Je leur ai fait part de mon souhait d'aller à l'accueil. »

Complément de revenu intéressant pour les étudiants, un job dans la grande distribution se traduit par un contrat allant de huit à quinze heures, presque toujours en CDI. « Les horaires sont adaptés au planning des cours et nous nous arrangeons pour qu'ils travaillent moins pendant les périodes d'examens », explique une chef de caisses d'une enseigne de bricolage. Les étudiants sont le plus souvent employés à la caisse, là où il y a le plus de turnover, de temps partiels... et de femmes, susceptibles de prendre les congés scolaires. « Ils travaillent tous aux caisses et ne font que ça, contrairement aux autres qui font de la relation client et passent à l'accueil », poursuit cette chef de caisses.

Ce qui n'est pas le cas chez Carrefour, par exemple, où les étudiants vont aussi aux caisses libre-service ou à l'accueil. « Dans mon magasin, nous les employons essentiellement aux caisses, car il y a beaucoup d'activité en fin de semaine, et nous ne pouvons pas étaler la charge de travail », précise Anne-Claire Lafontaine. Ils représentent au total un gros tiers des effectifs à la caisse (35 % exactement).

 

Un effectif présent à l'année et mobilisable lors des pics d'activité

Idéale pour gérer des pics d'activité, la main-d'oeuvre étudiante est également très utilisée par les drives ou parfois sur des rayons frais. « Nous en prenons aussi sur les stands des métiers de bouche, le vendredi et samedi », confirme Anne-Claire Lafontaine.

Tout le monde y trouve son compte. Pour les enseignes, c'est un moyen de gérer les flux abondants de fin de semaine. « J'embauche des étudiants huit heures le samedi, ce qui me permet de donner des week-ends entiers de temps en temps aux hôtesses de caisse », explique un chef de caisses.

Présents tout au long de l'année, les étudiants gonflent aussi les effectifs l'été ou lors de fortes périodes d'activité, comme pour les soldes ou la période de Noël. À Pérols, Auchan a eu recours, l'an dernier, à 70 étudiants sur un effectif total de 410 personnes. Toujours partants pour la nouveauté, les jeunes apportent un peu de sang neuf dans des équipes qui n'ont pas forcément un quotidien facile. À Collégien, Noémie était candidate tout de suite pour tester les caisses libre-service. À Pérols, ils ont suggéré à la directrice adjointe de créer une page Facebook pour le magasin. Un groupe de travail planche sur le sujet. « Les étudiants apportent un peu de bonne humeur et de joie de vivre, estime Anne-Claire Lafontaine. Ils n'ont pas les mêmes contraintes et ont un regard neuf. » Rien que pour ça, chaque magasin devrait avoir son quota d'étudiants.

Des avantages pour les étudiants...

Un complément de revenus non négligeable, ainsi que des avantages sociaux (mutuelle, Sécurité sociale...). Une manière de mettre le pied dans le monde du travail et, éventuellement, de changer d'orientation en cours de route.

... et pour les enseignes

La possibilité de gérer les congés des salariés intégrés à temps plein, notamment les parents qui prennent les vacances scolaires et les vacances d'été. Avoir du sang neuf dans l'entreprise, des jeunes qui apportent des idées nouvelles.

 

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Article extrait
du magazine N° 2227

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