Les « eurocities » veulent régénérer leurs centres-villes

Les villes françaises ne sont pas les seules à réfléchir à un meilleur équilibre entre grand et petit commerce. D'un bout à l'autre de l'Europe, les initiatives se multiplient. Le deuxième Congrès européen sur le commerce et la ville qui s'est tenu à Lille a tracé les grandes lignes des « meilleures pratiques » à suivre.

Toutes les villes européennes se seraient-elles donné le mot ! C'est beaucoup dire. Mais nombre d'entre elles s'emploient à régénérer leur centre-ville. Du nord au sud de l'Europe. En Allemagne, Leipzig, défigurée par les bombardements et l'industrialisation anarchique de l'ère communiste, lutte contre le chômage et la désertification de son centre-ville. En France, Roubaix, vidée d'un tiers de ses commerces, se mobilise avec son maire, René Vandierendonck, pour renouer avec ses traditions textiles grâce au centre de magasins d'usines Mc Arthur Glenn. Et en Italie, Bologne veut préserver son caractère historique.

Dans les grandes métropoles comme dans les villes plus petites, on remet ainsi en cause la menace que ferait peser la grande distribution sur les commerces de centre-ville. Bref, le temps n'est plus où la croissance à tout va excusait quelques libertés prises avec l'esthétique et l'environnement et « où l'on confiait à un urbaniste le soin de dessiner les plans d'une ville sans concertation ».

Nouveaux moyens d'intervention

Il fallait bien un colloque pour traiter toutes ces questions. Celui organisé à Lille, les 15, 16 et 17 novembre par le secrétariat d'État au Commerce et à l'Artisanat en liaison avec la Commission européenne aura en tout cas démontré que les préoccupations de Lille-Roubaix-Tourcoing (voir pages 58-63) dans le Nord, ne sont pas très éloignées de celles des autres « eurocities ».

« La ville tchèque de Brno a mis en oeuvre un plan de rénovation en collaboration avec Utrecht, aux Pays-Bas », expliquait Nathan Starkman, de l'Agence de développement et d'urbanisme de Lille Métropole, qui présentait à cette occasion une étude sur les réalisations de 13 villes européennes. Et l'idée de créer des managers de centre-ville, née en Grande-Bretagne, fait tache d'huile. Après la Belgique et la France, c'est désormais au tour de l'Espagne d'être touchée par la vogue des « town center managers » ! Bilbao aura bientôt le sien.

Les municipalités confrontées à la fin des trente Glorieuses mais aussi au nouveau phénomène du « papy boom », qui appelle un retour dans le centre-ville des surfaces alimentaires, se dotent de nouveaux moyens d'intervention. « Toutes les villes soulignent l'importance de mettre en oeuvre une stratégie claire pour attirer les investisseurs privés et des enseignes locomotives », précise Nathan Starkham.

Dans certains cas, aux Pays-Bas ou en Allemagne « qui ont mieux su discipliner les effets spatiaux de la révolution commerciale des années 70 », les municipalités se montrent très « interventionnistes » Exemple : Dortmund, qui cherche à lutter contre l'évasion de la clientèle vers des villes voisines de la Ruhr. La ville, qui s'appuie sur des instances de concertation, va jusqu'à prescrire que les magasins de plus de 500 m2 soient « sortis » du centre-ville.

Clouée au pilori par les petits commerçants, et parfois les politiques, la grande distribution a fort opportunément tourné casaque. « L'explosion de la consommation dans les années 60 et l'apparition de grandes surfaces dans les périphéries ont perturbé le commerce de centre-ville et entraîné dans les petites villes la disparition des petits commerces, reconnaissait ainsi Paul-Louis Halley, président d'Eurocommerce. Depuis dix ans, même les grands groupes ont pris conscience de l'intérêt des entités urbaines où il fait bon vivre. Beaucoup développent des stratégie multiformats et ne se contentent plus de faire des grandes surfaces de périphérie. »

Est-ce par « maturité » que la grande distribution fait aujourd'hui son « mea culpa » ? Ou par nécessité ? Car il faut bien gagner de nouvelles parts de marché quand la loi Raffarin limite les extensions de surfaces. Toujours est-il que les grandes enseignes expérimentent visiblement de nouvelle voies.

« Casino réfléchit actuellement à un concept d'hypermarché de centre-ville », expliquait Jean-Pierre Berger, directeur de magasin du groupe de Saint-Étienne. Tandis que Benoist Cirotteau, directeur général d'Atac, voyait parfaitement le supermarché jouer le rôle de locomotive de centre-ville, à condition qu'on lui garantisse « des surfaces minimales, car le consommateur est habitué à prendre ses aises [dans les megastores, NDLR], un accès facile et la sécurité ».

L'impact d'internet

La perspective de voir la grande distribution « investir » le centre-ville fait d'ailleurs naître de nouvelles craintes. Ainsi, un représentant de l'association Commerce et Tradition mettait-il en garde les municipalités : « Si on les laisse faire, les grands groupes comme Carrefour vont déstabiliser les opticiens, les pharmaciens, les courtiers d'assurances, les agences bancaires »

La hache de guerre entre petit et grand commerce n'est pas vraiment enterrée ! D'autant que la bataille risque de se prolonger via internet. Le e-commerce implique le développement de la livraison à domicile, ce qui ne sera pas sans conséquences sur les flux de clientèle et de camions. Il fait naître le besoin, pour les grandes chaînes, d'avoir des points d'enlèvements (pick-up) pour leurs marchandises, rôle que pourront jouer, dans l'alimentaire, les supérettes.

De toute façon, « il n'existe pas de modèle européen unique de développement urbain », constatait François Patriat, secrétaire d'État aux PME, au Commerce, à l'Artisanat et à la Consommation en clôture des travaux du colloque. Mais il faut « associer dès le début de l'opération, les commerçants des centres-villes et des quartiers afin d'obtenir leur adhésion aux projets ». Aux distributeurs « de proposer des solutions créatives et innovantes ». Aux autorités locales « d'entretenir un dialogue soutenu [ ] avec les partenaires économiques », soulignait ce dernier. Des recommandations de simple bon sens.
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Article extrait
du magazine N° 1700

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