Les ex-Fralib en ordre de marche

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Un an après la signature de l’accord avec Unilever, la rédaction de LSA a retrouvé les "Fralib" dans leur usine à Gémenos (Bouches-du-Rhône). Organisés en coopérative ouvrière, baptisée Scop-Ti, ils lancent leurs marques de thés et d’infusions. Le nom ? 1336. Un nombre riche de sens...

Olivier Leberquier, l’ex-délégué CGT, élu directeur général délégué du nouveau comité de pilotage, présente 1336.
Olivier Leberquier, l’ex-délégué CGT, élu directeur général délégué du nouveau comité de pilotage, présente 1336.© PHOTOS Ian HANNING/REA

A Gémenos (13), c’est l’effervescence. On s’apprête à fêter, en cette journée du 26 mai 2015, un double anniversaire : d’abord, celui de la signature il y a un an de l’accord arraché de haute lutte au géant anglo-néerlandais Unilever. À la clé, 19,2 millions d’euros obtenus pour un projet de coopérative après la fermeture de l’usine Fralib de thés Lipton et d’infusions Elephant et sa longue occupation. Ensuite et surtout, celui de la naissance de leur nouvelle marque.

Devant le siège, les visages rayonnent, le soleil aussi, les gens s’interpellent. Un technicien lit avec fierté le SMS de soutien reçu d’Olivier Besancenot. Parmi les visiteurs, des responsables de l’hyper Auchan voisin, celui d’Aubagne… De bon augure. La température monte. À quelques mètres des robots palettiseurs, les ouvriers scandent « Scop-Ti ! » et encouragent Olivier Leberquier, l’ex-délégué CGT, élu directeur général délégué du nouveau comité de pilotage, qui remercie ses camarades et les médias qui se pressent autour de lui. Marie, autre ex-Fralib, enchaîne avec son accent chantant pour rappeler l’historique de la lutte.

Un long chemin

Quelques minutes de suspense supplémentaire. Sur un écran géant apparaît alors le nom de la marque pour la grande distribution : « 1336 ». Tonnerre d’applaudissements. L’émotion est palpable, Olivier Leberquier a les larmes aux yeux. 1336… tout un symbole. Le nombre de jours passés à résister : « Ici, ce nom parlera aux gens et, pour les autres, on mettra une explication sur l’emballage », déclare le nouveau président de la Scop, Gérard Cazorla. Pour le réseau spécialisé, ils lancent une deuxième marque : Scop-Ti, tout simplement.

Ils sont heureux, les ex-Fralib, car rien n’a été facile. Bien sûr, ils connaissent leurs machines et les ont bichonnées pendant la lutte. Bien sûr, ils sont capables de fournir tous types de conditionnements de thé noir, parfumés, verts et d’infusions.

Mais une fois le conflit soldé et le tee-shirt de la lutte remisé, il a fallu se mettre devant une page blanche pour rédiger les statuts de la coopérative, élire un conseil d’administration de onze membres et un comité de pilotage : Gérard Cazorla, l’ancien secrétaire CGT du comité d’entreprise, épaulé par Olivier Leberquier, et Marc Decugis.

La politique salariale a fait débat. « On a choisi un salaire unique par catégorie professionnelle », explique Olivier Leberquier. Avec un écart de 1,3% entre le salaire le plus haut, qui plafonne à 1 900€, et le plus bas de 1 600€. Les bénéfices iront dans les investissements, des réserves pour l’entreprise et des participations pour les salariés.

Plus compliqué, l’aspect commer­cial. « On a tâtonné », avoue pudiquement Olivier Leberquier, qui préfère oublier les errements et les mauvaises rencontres. Quelques escrocs qui ont tenté de leur extorquer des commissions démentielles. Début 2015, l’idée d’une structure régionale est écartée pour un projet de plus grande envergure pour leur permettre d’atteindre la rentabilité. Une équipe est constituée de 30 commerciaux terrain et 3 responsables régionaux, chapotée par un directeur national. Elle sera en mesure de suivre 2 000 magasins par an.

Relancer la filière locale

Les capacités sont là (jusque 6 000 t au plus fort de l’activité). Il faut se donner la chance de faire tourner l’usine à plein. Mais ils ne veulent pas pécher par excès d’optimisme. Le business plan a été bâti sur des volumes limités. Avec un objectif de 250 t la première année, dont 50 t en marque propre, 300 la deuxième et 650 la quatrième.

Pour gonfler les volumes, l’autre piste est de travailler à façon pour les MDD. « Nous discutons avec les centrales et nous répondons aux appels d’offres de la grande distribution, qui nous a bien accueillis, s’étonne Olivier Leberquier. Certains ont fait la démarche de venir nous voir. Peut-être parce qu’on s’est battus pour nos emplois et parce qu’on est des pros côté qualité et sécurité des produits. Et puis la distribution à tout à gagner à faire jouer la concurrence. On est compé­titifs en prix, alors elle nous voit arriver d’un bon œil. » Il faut dire qu’ils ont mis en place un logiciel pour piloter les approvisionnements offrant une interface directe avec les clients.

Pour leur marque, ils ont l’ambition de relancer d’ici à trois ans la filière aromatique et médicinale. Dans le Sud-Ouest, la cueillette de tilleul est tombée à 15 t contre 400 t, par manque de débouchés. « On veut reconstruire cela, aller sur du bio, indique Olivier Leberquier. On a obtenu la certification Écocert en décembre pour nos lignes de production. On travaille avec le syndicat des producteurs de Buis-les-Baronnies dans la Drôme pour vendre chaque année un tilleul millésimé. » À l’international, l’ambition est de travailler en direct avec les producteurs. Au Vietnam pour le thé vert avec des producteurs qui opèrent avant le lever du soleil sur des théiers de plus de trois cents ans. Pour le thé noir, ils sont en contact avec Madagascar et des producteurs indiens.

Voir plus loin

Les ex-Fralib sont optimistes. « On ne rêve pas d’être milliardaires, mais de faire vivre cette entreprise, nos familles et, pourquoi pas, créer des emplois », expose le directeur général délégué. Certains ont passé des diplômes pour développer leurs compétences. Olivier Leberquier suit, avec Gérard Cazorla, une formation de dirigeant en économie sociale et solidaire. Éducateur sportif sur son temps libre, il sait qu’il faut voir plus loin. « Je dis toujours à mes gars qu’il ne faut pas être cantonné à son poste », s’amuse-t-il. Quel que soit le résultat, ce passionné de football a déjà gagné son match. 

4 ans de lutte, 1336 jours d’occupation

Rétrospective

  • Sept. 2010 : Unilever décide de fermer l’usine. Cessation des activitésen 2011.
  • Sept. 2012 : fermeture de l’usine. 1 336 jours d’occupation par 77 salariés sur les 182 licenciés. 3 PSE annulés.
  • 26 mai 2014 : un accord met un terme au conflit avec Unilever. Les « Fralib » obtiennent 19,2 M€ pour leur projet de coopérative, Scop-Ti.
  • 26 mai 2015 : lancement de deux marques : 1336 pour la grande distribution et Scop-Ti pour les circuits spécialisés.

 

Une nouvelle organisation

 

 

  • Une scop présidée par Gérard Cazorla (photo, au centre), ex-secrétaire CGT du comité d’entreprise.
  • 58 coopérateurs, dont 51 futurs salariés sur les 182 anciens employés.
  • 177 000 € de capital de démarrage, auxquels s’ajoutent 2,85 M€ versés par Unilever.
  • La production : 250 à 650 tonnes de sachets sur quatre ans.
  • Une force de vente de 30 commerciaux, 3 responsables régionaux et un directeur national pour une commercialisation prévue à l’automne.
  • 250 t : objectif de volume pour la première année, dont 50 t en marque propre

    Source : Scop-Ti

 

1336, nouvelle marque de thés et d'infusions

1336, la nouvelle marque à destination de la GMS, est composée de 13 références d’infusions et de 4 thés. Pour les circuits spécialisés la marque Scop-Ti comprendra 6 références d’infusions et 3 de thés.

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Article extrait
du magazine N° 2369

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