Les femmes sont l'avenir du commerce électronique

Pour l'instant, les internautes sont majoritairement des hommes. Mais, demain, les cyberacheteurs seront des femmes. Ce qui n'est pas sans conséquences, puisque leurs demandes sont spécifiques et leurs critiques très aiguisées.

Depuis quelques mois, les 2 millions de Françaises connectées sur internet ne savent plus où donner de la tête. Dans le sillage du portail américain Women.com qui draine déjà plusieurs millions de visiteuses, les sites dédiés aux femmes se multiplient. Parmi les derniers-nés, Newsfam.com, Vivrefemme.com, Auféminin.com, ou encore MSN Femmes, le portail de Microsoft, qui mise notamment sur la mode et les forums en ligne pour séduire les femmes. Wanadoo, rival de la firme de Redmond, ne restera pas longtemps inactif. Le premier fournisseur tricolore d'accès à internet (850 000 abonnés) prépare activement l'ouverture de sa propre chaîne d'information et son espace shopping consacré aux femmes. Comme ses concurrents, la filiale de France Telecom n'a pas oublié qu'en matière d'achat ce sont les femmes qui maîtrisent le budget du ménage. Jupiter Communications le confirme : elles détiennent 80 % du pouvoir de décision d'achat et contrôlent 75 % des finances du foyer. Qu'on se le dise, le cyberacheteur sera une cyberacheteuse.

Aux États-Unis où le cyberpanier est d'environ 1 150 dollars par an (environ 8 275 F), l'Institut du Nielsen Media Research estime que les femmes dépensent plus que les hommes, sans préciser combien. De son côté, dans une enquête publiée l'an dernier, la Consumer Electronics Manufacturers Association brosse à grands traits le portrait type de la cyberacheteuse.

Âgée de 20 à 45 ans, étudiantes, mères au foyer ou femmes actives, elles utilisent à la fois internet et les magasins traditionnels pour faire leurs courses. « Les étudiantes achètent surtout des livres, des spectacles et du voyage », souligne Didier Bartin, président de FemmeOnLine.fr, le premier moteur de recherche dédié aux « cybernénettes » qui recense plus de 600 boutiques en ligne. « Les femmes actives sont plutôt des cadres moyens ou supérieurs, poursuit le président de Femmeonline.fr, filiale de Pinault-Printemps-Redoute, Elles consultent internet en général sur leur lieu de travail pour des besoins professionnels. Elles achètent des fournitures de bureau et, grosso modo, des produits de consommation courante. »

Ces données ont de quoi aiguiser l'appétit des cybermarchands. D'autant que le cabinet d'études Computer Economics prévoit que, d'ici à l'an prochain, les Américaines seront plus nombreuses que les hommes à se connecter au Net. Un phénomène qui devrait toucher la France d'ici à deux ans. Désireux de conquérir ce nouvel eldorado, les sites de commerce électronique comme Hou ra.fr, Perenoel.fr, Ooshop.com ou encore Vitago.fr (leader européen dans la distribution de produits santé-beauté) s'inspirent des magazines féminins pour se différencier de leurs concurrents. Avec un ton souvent ludique, un fort contenu rédactionnel, des conseils d'experts et des services orientés vie pratique. À l'exemple du site Kosee.com, spécialisé dans les arts de la table et la décoration de la maison. Créé par Fabienne-Marine Marion et Gérard Ayache, il est fréquenté par 80 % de femmes âgées de 25 à 50 ans qui dépensent en moyenne 1 500 F par panier.

Soutenir la vente des produits référencés

Les nouveaux cybermarchés ne sont pas en reste. Pour soutenir la vente de ses 50 000 produits référencés, Houra.fr multiplie pour sa part les accords avec des sites spécialisés comme Tiboo.com (le rendez-vous des jeunes parents) ou Vivrefemme.com. Créé par Laurent Ramis, ce dernier propose à toutes les femmes une version élargie de VoilàBébé : « Notre équipe rédactionnelle apporte du contenu aux sites de commerce électronique mais également aux fournisseurs d'accès comme AOL et Alta Vista », explique Laurent Ramis, le PDG de Vivrefemme.com, qui consacre 25 % de son budget à l'élaboration de contenus. L'idée est évidemment de drainer les cyberacheteuses vers sa propre boutique qui présente une centaine de produits provenant de différents sites de commerce électronique. Une précieuse manne : « Nous évaluons différents outils d'intermédiation pour calculer le montant des commissions qui nous est dû sur les ventes de produits effectuées grâce à notre site », indique Laurent Ramis.

Établir des rapports personnalisés

Ce modèle économique inspire la plupart des sites féminins, à l'image de Planetfemmes.fr. Doté d'un réseau mondial de correspondantes partout dans le monde, ce site vient de signer avec Fnac.com un contrat de partenariat. L'occasion pour le spécialiste des produits bruns de diffuser ses produits auprès des femmes. Pressentant une concurrence féroce entre les sites féminins, certains commencent à déployer leur propre outil de filtrage collaboratif afin de fidéliser leurs acheteuses en ne leur diffusant que les seules informations et produits qui les intéressent.

Aufeminin.com, lancé en septembre dernier, fait partie des pilotes. Grâce à une levée de fonds de 25 millions de francs, il ambitionne de devenir le portail féminin leader sur le Vieux Continent auprès des 20-35 ans, qui représentent 70 % de son audience. 50 000 internénettes se sont déjà abonnées à sa newsletter. L'objectif est, évidemment, d'établir avec elles des rapports personnalisés et de connaître leurs goûts et leurs préférences. Dirigé par Anne-Sophie Pastel, ce site vendra prochainement des produits « sélectionnés en fonction de leur rapport qualité/prix », indique la pédégère, qui bénéficie des résultats d'un sondage mené auprès de ses visiteuses. Au palmarès des produits réclamés, les voyages, les vêtements et les produits de beauté.

Face à cette offensive des sites féminins sur leurs terres, les cyberboutiques des enseignes de la grande distribution répliquent en développant elles aussi leur gynécée virtuel. À l'image de la boutique C-pourelle.fr, une variante amusante de C-online, toutes deux filiales du groupe Casino. Cette e-boutique dédiée à la minette active, jeune et branchée, offre une sélection de produits, de jeux, de cadeaux et des promotions ainsi qu'une newsletter pour la fidéliser.

Accompagner les produits d'une fiche explicative, c'est bien, mais les cyberacheteuses sauront-elles s'en contenter ? Car, comme le souligne Didier Bartin (Femmeonline.fr), « il ne suffit pas de donner des conseils, encore faut-il en avoir les compétences. » Les sites ne pourront plus se contenter d'équipes rédactionnelles, ils devront, en sus, s'entourer d'experts.

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Article extrait
du magazine N° 1681

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