Marchés

Les filières doivent encore se structurer

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Dossier Distributeurs et industriels œuvrent pour créer des filières bio afin de répondre à la demande. La structuration est en cours, même si pour certaines catégories, comme le porc, le rythme de conversion est plus lent.

iStock_000071089623.jpg
iStock_000071089623.jpg© © DR - ISTOCK- FOTOLIA

C’est le comble. Alors que la plupart des marchés des produits de grande consommation enregistrent des ventes atones, le bio, lui, connaît une telle croissance que la production n’arrive plus à suivre. Victime de son succès ? Si cette analyse peut faire sourire, elle est, en revanche, réelle et problématique. Certaines filières connaissent même des pénuries, comme la viande, et surtout le porc. « Depuis cinq ans, la consommation de viande bio augmente fortement. Quand le conventionnel recule de 2%, le bio progresse de 9% », indique Philippe Cabarat, président de la commission bio d’Interbev, l’Interprofession de l’élevage et des viandes.

De nombreuses adhésions

En effet, si la demande est en hausse, les conversions ne suivent pas au même rythme. On recense 4 940 fermes engagées en bovins lait et viande bio en 2015 (versus 4 500 en 2014), 1 500 pour les ovins et caprins bio (+ 80 versus 2014), 1 050 pour la volaille (versus 1 000 en 2014), mais un chiffre stable pour les exploitations porcines. « En 2015, on a assisté à de nombreuses conversions, et on attend pour 2017 environ 10 000 bovins bio et 20% de vaches allaitantes supplémentaires », annonce Philippe Cabarat.

Mais le problème concerne principalement la filière porc, en raison d’un cahier des charges très strict : trois fois plus d’espace que le conventionnel pour le bétail, un seul traitement médical maximum dans une vie, une période de sevrage de six semaines au lieu de trois, 20% de leur alimentation provenant de la ferme. Soit une production dans sa globalité trois fois plus onéreuse pour l’exploitant que pour les autres espèces… Un retour à la ­normale en termes de conversions est ­toutefois attendu pour la filière porc d’ici à deux à trois ans.

Développement de niches

Sur les autres filières, les choses sont différentes, et les pénuries moins fréquentes. « Les organisations se structurent, mais le dernier challenge reste l’apiculture », confie Franck Bardet, responsable de la filière animale chez Biocoop.

Le distributeur vient, d’ailleurs, de mettre en place une nouvelle organisation dédiée au lait de chèvre bio. Si les éleveurs étaient présents, il manquait une structure globale. À date, cette filière compte 15 producteurs dans le Sud-Ouest, l’Aveyron et la Vendée, avec des laiteries proches de chaque zone. Montée en quelques mois, elle sera autosuffisante avec une trentaine d’éleveurs. Cette démarche a permis d’assurer plus de 800 000 litres supplémentaires pour 2017. « Cette filière a vocation à s’agrandir et à permettre des débouchés à des éleveurs d’autres régions », ajoute Franck Bardet.

Des structures qui se créent, c’est aussi le cas pour les fruits transformés, à l’initiative de Triballat Noyal lors du lancement de sa gamme de yaourts de lait de vache aux fruits bio. La marque travaille avec quatre producteurs sur les fruits rouges de Corrèze, les citrons de Corse et les abricots du Luberon, et transforme ses produits en Haute-Savoie. « Il nous a fallu deux ans pour monter ce projet, car les fruits bio bruts sont plus valorisés que ceux transformés. Nous sommes en train de faire un travail de sourcing pour trouver de nouvelles filières sur la pomme ou la poire », explique Gwenaëlle Le Garrec, responsable marketing de Triballat Noyal.

Différences entre les régions

Pour les fruits et légumes bio bruts, les filières sont plus anciennes, et donc mieux organisées. Mais des différences persistent entre les régions. « En France, tout existe, mais il faut fédérer. On recherche de nouveaux producteurs pour répondre à la demande qui est en forte hausse », résume Sébastien Darrort, responsable achats chez Pronatura. Pour les fruits et légumes Ire gamme, la plupart des filières françaises sont autosuffisantes, sauf la poire, le pomelo de Corse, les tomates cerise…

« Il existe des difficultés techniques pour certaines productions, comme la pomme, qui est un fruit très fragile et qui nécessite beaucoup de traitements en conventionnel. Ainsi, en bio, le rendement est divisé par deux. Par ailleurs, pour certains agrumes corses, il y a des problèmes, car les références du conventionnel sont très valorisées et cela ne pousse pas à la conversion », confie Julie Mahmoun, responsable du category management fruits et légumes bio chez Carrefour. Dans ses hypers et supermarchés, le distributeur travaille avec 170 producteurs en Ire gamme et a augmenté ses volumes de 17% en 2015. Sur les premiers mois de l’année, les volumes sont en croissance de 20 à 30% en volume. L’heure est au recrutement de nouveaux ­producteurs.

Le contexte

  • Les filières animales et agricoles bio s’ordonnent. Dernières en date : les fruits transformés et le lait de chèvre. Des canaux restent à organiser : le sucre et le miel.
  • Les distributeurs et industriels créent des organisations pour assurer des débouchés aux producteurs et susciter des conversions.
  • Certains cahiers des charges, à l’instar du porc, étant très contraignants, les conversions sont faibles. L’offre ne répond plus à la demande qui explose.

"Le chiffre d’affaires de la viande bio est en progression de 9% en 2015. La demande est en forte hausse, et l’offre s’adapte."

Philippe Cabarat, président de la commission bio d’Interbev

Biocoop crée la première filière de lait de chèvre bio

Pour répondre à la demande, Biocoop s’engage dans la création de la première filière de lait de chèvre bio en France. Il manquait une structure dédiée aux laiteries et aux industriels. La filière compte 15 éleveurs, dans le Sud-Ouest, l’Aveyron et la Vendée, avec des laiteries à proximité. Biocoop attend cinq à six conversions par an. Cette démarche a permis d’assurer plus de 800 000 litres supplémentaires pour 2017.

Fédérer les fruits et légumes

Les filières pour les fruits et légumes de bouche existent, mais ça n’était pas le cas pour les transformés. Triballat Noyal a créé, il y a deux ans, une filière de fruits transformés bio pour ses yaourts aux fruits au lait de vache Vrai. Les fruits rouges viennent de Corrèze, les citrons de Corse, les abricots du Luberon, et sont transformés sur le site en Haute-Savoie.

Éviter les pénuries en viande

Les Français sont 70% à consommer de la viande bio (+ 11 points vs 2015). Le marché pèse 409 M €. Le rythme des conversions ne permet pas de pallier la demande, d’où certaines pénuries. Si les exploitations tendent à s’accroître, le porc fait exception. Le passage du conventionnel au bio est compliqué en raison d’un cahier des charges strict et des coûts trois fois plus élevés.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA