Les filières « fruits de chez nous » s'organisent

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Dossier Un label qui met en valeur le jus de pommes français, des abricots de la Drôme pour les nectars, etc. Les industriels revoient leurs stratégies au bénéfice de l'arboriculture hexagonale.

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Le jus de pomme est l'un des rares jus de fruits dont le sourcing se fait à 90% en France. Hélas, quasi personne ne le sait! Alors, trois acteurs - Jean-Luc Duval, vice-président de la coopérative Agrial, Emmanuel Vasseneix, PDG de la Laiterie Saint-Denis de l'Hôtel, et Franck Malinowski, directeur général d'Eclor - ont décidé de créer l'Association pour la promotion des jus de pommes de France (APJF). L'idée ? Fédérer les acteurs de la filière et créer un label. « Beaucoup d'industriels ne mettaient pas en valeur l'origine de leur jus de pomme, analyse Franck Malinowski. Nous avons fait une étude consommateurs pour s'assurer de la pertinence de notre démarche. La réponse est nette : un label " France " est un gage de qualité. » Alors, depuis quelques mois, le logo « 100% pommes de France » apparaît sur les packagings, comme sur le jus de pomme signé Carrefour.

 

Le jus de pomme, deuxième parfum préféré des Français

Le jus de fruits n'échappe pas à la tendance du made in France. Bien, au contraire. « Quand c'est possible, nous privilégions les fruits made in France. Notre pur jus de pomme Pampryl et notre jus de tomate viennent de régions françaises, ce qui est mentionné sur l'étiquette », explique Élodie Delplace, directrice du développement d'Orangina Schweppes France. Signe d'un intérêt réel, l'étude menée par l'APJF enseigne même que 58% des personnes interrogées sont prêtes à payer un petit surplus pour un jus de pomme français. De là à espérer que les ventes de jus soient dopées par ce label, il n'y a qu'un pas. Surtout que la pomme est le deuxième parfum préféré des Français, avec 9,97% des ventes de jus de fruits.

Après, la liste des autres fruits cultivables et transformables en France est courte : le raisin (2,58% des ventes), la tomate (0,52%), la poire (0,24 %) et l'abricot (0,63%), suivis du cassis, de la pêche et de la goyave, ce dernier fruit poussant dans les Dom-Tom.

 

Des abricots estampillés « made in France »

Refresco France, spécialiste des boissons sous marques de distributeurs et en B to B, est en train de mettre en place une filière de fruits jaunes. « Nous achetions nos abricots en Italie, développe Vincent Delozière, son directeur général. Cette année, une partie de nos approvisionnements viendra de la Drôme, non loin de notre usine d'embouteillage. C'est un peu plus cher, mais cela permet à nos clients de mentionner sur les emballages l'origine française de ces jus de fruits. »

 

Moins de fruits gaspillés

Une initiative durable car elle permettra de valoriser de nombreux fruits impropres à la vente en vrac à cause d'une petite tache ou d'une forme non conventionnelle. Ces fruits sont souvent perdus, ainsi qu'on peut le voir, l'été, lors des reportages consacrés aux déboires des arboriculteurs français. Chez Refresco, ils sont récupérés. Ce sourcing français devrait démarrer l'été prochain pour une commercialisation de nectars d'abricot à l'automne.

Reste que les Français consomment majoritairement du jus d'orange (48,07% des ventes). Celui-ci vient essentiellement du Brésil, ce qui lui vaut un long trajet. « On me demande fréquemment si, pour Tropicana, nous pourrions nous approvisionner ailleurs qu'au Brésil, indique Jean-Raphaël Hétier, directeur commercial GMS et directeur du développement durable de PepsiCo France. Bien que ce soit une idée attractive, cela sera difficile à grande échelle. Tout d'abord, nous ne sacrifierons jamais le goût de nos produits. Or, les consommateurs aiment celui du pur jus d'orange du Brésil. Ensuite, il existe des orangeraies autour du Bassin méditerranéen, comme au Maroc ou en Espagne, des pays en déficit hydrique, alors que la production d'oranges est gourmande en eau. Augmenter la production d'oranges ne ferait qu'aggraver le déficit en eau, ce qui ne serait pas écologique. »

Et puis, il suffit d'un dérèglement climatique - trop d'eau ou un temps trop sec - pour que le jus des oranges espagnoles ou italiennes ne soit plus aussi bon. « Cette mésaventure nous est arrivée avec des oranges sanguines de Sicile pour notre référence Sanguinello, poursuit Jean-Raphaël Hétier. Nous avons choisi d'arrêter sa commercialisation pendant un an, suite à une récolte qui ne répondait pas à nos standards de qualité, plutôt que de décevoir les amateurs de ce jus d'orange sanguine. » Une chose est sûre : aucun industriel ne sacrifiera le goût de ses produits à une initiative de développement durable. Cela pourrait être trop dommageable pour sa marque.

 

L'EXEMPLE DES FRUITS JAUNES

  • L'initiative vient de Refresco, acteur important des boissons pour les MDD et en B to B. Jusqu'ici, il se fournissait en abricots italiens pour ses nectars. Cette année, il a créé une filière française pour une partie de ses approvisionnements. Ces abricots viendront d'un groupement d'arboriculteurs de la Drôme, non loin du site Délifruits de Refresco. 
  • Une action doublement durable : les produits parcourront moins de kilomètres, et les arboriculteurs pourront valoriser les fruits qui sont impropres à la consommation de bouche.

 

L'EXEMPLE DU JUS DE POMME

L'Association pour la promotion des jus de pomme de France (APJF) a mené une enquête pour s'assurer de la pertinence d'un label promouvant l'origine France. Il en ressort que peu de consommateurs savent que 90% des jus de pomme commercialisés sont français. - L'APJP a demandé à un panel de 211 consommateurs de choisir un logo parmi quatre propositions. Si tous indiquaient la mention « 100% pommes de France », ces consommateurs ont opté à 78% pour le seul logo montrant clairement la carte de France.

 

71%

des consommateurs ne connaissent pas l'origine des jus de pomme qu'ils boivent

 

86%

des consommateurs réguliers de jus de pomme sont attentifs à l'origine géographique de leurs achats alimentaires

 

63%

des consommateurs occasionnels déclarent qu'un label les inciterait à acheter plus régulièrement la marque qui le proposerait

 

0,30 €

de surcoût médian que les personnes prêtes à débourser un surplus accepteraient de payer pour un jus de pomme français

Source : APJP/Testconso.fr

 

Naissance d'un logo

Pour favoriser le jus de pomme français.

Cette année, une partie de nos fruits viendra de la Drôme, non loin de notre usine d'embouteillage. C'est un peu plus cher, mais cela permet à nos clients de mentionner l'origine française des jus.

VINCENT DELOZIÈRE, directeur général de Refresco France

 

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Article extrait
du magazine N° 2226

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