Les franchiseurs se confrontent à la rareté du crédit

Les relations des franchiseurs avec leurs banques se sont tendues depuis l'été dernier. Pour aller de l'avant, ils sont obligés de changer leurs habitudes.

La rédaction vous conseille

Toute la franchise

Toute la franchise

Plus de 1800 concepts éprouvés vous attendent

créez votre entreprise

La Grèce est-elle sauvée ? L'euro va-t-il survivre ? Hantées pas ces questions qui restent encore en suspend, les banques de l'Hexagone ont sévèrement resserré les cordons de leur bourse depuis l'été dernier. Les Français l'ont tout de suite vu sur les prêts immobiliers, mais ils savent moins que le secteur de la franchise est également touché de plein fouet. « Vivement que les banques reprennent leur rôle ! », s'impatiente Bernard Lévy, directeur général de l'enseigne discount Bazarland. Refus de financement, allongement des délais de traitement, absence de dialogue... Les difficultés s'accumulent pour les franchiseurs.

En effet, lorsque les économistes ont recommencé à spéculer sur la faillite de la Grèce, les banques ont revu à la baisse leurs projets de financement. Conséquence immédiate, les dossiers sont de plus en plus difficiles à monter. « Je confirme que c'est plus compliqué, avance Jean-François Morinaux, directeur général de Passion Beauté. Les banques demandent un partage des risques, on a du mal à en trouver une qui soit prête à financer 70% du projet à elle toute seule. On a eu un impact sur deux ouvertures à Perpignan et près de Lorient, l'an dernier. Au lieu de sept magasins, nous n'en avons ouvert que cinq. » Au point que, bien souvent, les banques refusent tout bonnement de faire une proposition de prêt.

Il faut consulter le plus de banques possible autour de la zone d’implantation, entre douze et quinze. C’est la seule solution pour avoir au moins deux propositions de financement.

Bernard Lévy, directeur général de Bazarland

 

Une batterie de justifications bancales

« Il faut en consulter le plus possible autour de la zone d'implantation, entre douze et quinze. C'est la seule solution pour obtenir au moins deux solutions de financement », témoigne Bernard Lévy, de Bazarland. Surtout, le futur franchisé doit être prêt à quitter sa banque habituelle, le cas échéant. « S'il fait jouer la concurrence à plein, on arrive à débloquer des situations, tant qu'il y a 25 ou 30% d'apport, détaille Yann Ducarouge, directeur général de Lollipops. Mais à Bordeaux, nous avons un accord qui a capoté parce que le franchisé ne voulait pas sortir de ses habitudes. »

Pour ne rien arranger, la crise a entraîné une dégradation des délais administratifs et de la communication avec les établissements financiers. « Je suis désolé par l'attitude des banquiers. Pour chaque refus ou presque, les chefs d'agence nous donnent des justifications différentes, regrette le directeur général de Bazarland. Les délais sont devenus excessivement longs. Il faut désormais compter de huit à neuf semaines pour obtenir une proposition, là où un délai de trois à six semaines suffisait avant la crise. »

Si le franchisé fait jouer la concurrence à plein, on arrive à débloquer des situations tant qu'il y a 25 ou 30% d'apport. Il faut parfois être prêt à changer de banque.

Yann Ducarouge, directeur général Lollipops

 

Un manque de visibilité

Petit à petit, les franchiseurs essaient aussi de s'affranchir de la tutelle des banques. Pascal Beuvelet, président de la franchise In&Fi, en sait quelque chose. Ce spécialiste du courtage en prêt immobilier a lui-même été confronté au resserrement des critères d'octroi de crédit. « Les banques nous expliquent qu'elles n'ont pas de visibilité. Depuis l'été dernier, nous avons décidé de ne plus nous lancer dans un projet tant que le candidat n'a pas obtenu son financement. Cela nous a coûté entre trois et quatre mois de trésorerie. » Résultat, ce professionnel du crédit a aussitôt compris la nécessité d'imaginer de nouvelles solutions d'accès au financement. « Nous allons nous lancer dès cette année dans le prêt aux entreprises comme le crédit bail, ou pour l'achat de matériel, le fond de roulement..., explique-t-il. J'ai l'intention de recourir à des solutions alternatives. » Parmi elles, on trouve Fondelia. Créé par le fonds d'investissement Sopromec, Fondelia fonctionne comme sa maison mère, mais se concentre sur des sommes de quelques dizaines de milliers d'euros. Pour le reste, le principe est identique. Le plan de désengagement est étalé sur cinq ans, avec à terme la possibilité de racheter tout ou partie des parts détenues par le fonds.

Les réseaux sociaux peuvent aussi apporter leur lot de solutions. Soutenu par le Crédit agricole, le site FriendsClear fonctionne sur le modèle connu de My Major Company. Ce site de musique propose aux internautes de financer la production de l'album d'un artiste. Des chanteurs à succès, comme Grégoire ou Joyce Jonathan, ont émergé grâce à lui. Sur FriendsClear, les projets sont sans doute moins glamour, mais leurs besoins sont tout aussi réels. Rien qu'en février, vingt internautes ont prêté 6 000 € pour financer un projet de boutique de mode dans le Marais, à Paris, et treize autres ont avancé 3 000 € pour l'ouverture d'un institut de beauté à Toulouse. Des coups de pouce appréciables.

De leur côté, les Cuisines Aviva ont mis sur pied un système de participation interne. « Nous rencontrons régulièrement des candidats jeunes, au profil très intéressant, mais dont l'apport personnel se situe entre 20 000 et 40 000 , alors qu'il faut compter entre 150 000 et 300 000 pour un magasin, explique Chantal Scalia, responsable franchise des Cuisines Aviva. Nous allons donc présenter à l'occasion de Franchise Expo, du 18 au 21 mars, un nouveau mécanisme d'association du franchiseur au capital, à hauteur de 25 à 60% de l'investissement. » Là encore, le désengagement se fera de manière progressive, sur une durée prévue de cinq ans. D'ici là, espérons que la crise sera terminée.

De multiples obstacles

  • Les exigences d'apport personnel ont augmenté
  • Les banques refusent de plus en plus de financer seules un dossier
  • Les délais de traitement des demandes de prêt ont presque doublé
  • De nombreux dossiers ne trouvent plus de financement

 

Les enseignes qui recrutent

  • L'ÉQUIPEMENT DE LA PERSONNE TRÈS DYNAMIQUE

Touché par la crise, l'habillement reste l'un des plus gros créateurs de franchises. Le salon Franchise Expo (18-21 mars) accueille l'enseigne branchée Karl Marc John, dont la notoriété dépasse largement le cadre de ses 15 boutiques en France. L'apport personnel exigé se situe entre 20 000 et 50 000 €. Dans le prêt-à-porter pour homme, Izac se développe sur un positionnement moyen à haut de gamme. Compter près de 20 000 € pour rejoindre ce réseau d'origine parisienne. Avec 14 points de vente en France, Finsbury dispose encore d'un gros potentiel sur le créneau peu exploité des chaussures haut de gamme pour homme. L'apport personnel est à l'avenant, à partir de 100 000 €.

  • BABY BOOM FRANÇAIS DANS LE SECTEUR DE L'ENFANCE

La natalité vigoureuse des Français encourage l'émergence d'enseignes comme l'espagnole Eurekakids (90 000 € d'apport personnel). Ce nouveau venu explore le créneau des jouets ludo-éducatifs. Avec 11 magasins dans l'Hexagone, Party Fiesta propose tout le nécessaire pour organiser une fête (décorations, déguisements, bonbons). Le ticket d'entrée se situe à 50 000 €. Quant à Viens jouer à la maison, il s'agit d'un concept unique en son genre, qui propose services (ateliers, goûters d'anniversaire, stages de vacances) et articles (jouets, déguisements) pour enfants. Lancé en 2008, il compte 5 magasins. À partir de 25 000 €.

  • LES FRANCHISES ÉTRANGÈRES MARQUENT DES POINTS

Le turc LTB Jeans grandit à toute vitesse dans l'Hexagone. Il est désormais présent sur l'ensemble des segments du prêt-à-porter. Venu des États-Unis, Skechers, spécialiste du running, a inscrit la France dans la liste des pays à développer. La marque dispose déjà d'une large gamme de produits reconnus. La franchise de chemises italiennes 7Camicie est également décidée à se faire une place. Avec 11 boutiques ouvertes, dont une Vélizy 2, et 5 sur le point d'ouvrir, elle dispose du soutien de son réseau international.

  • LA BEAUTÉ SE DIVERSIFIE

L'enseigne Ethnicia, née en 2005 au coeur de Paris, mise autant sur les services que sur sa large gamme de produits (vernis, maquillage, crèmes...). Elle est ouverte à la franchise depuis 2011. Compter un apport personnel de l'ordre de 70 000 €. Saga Cosmétiques, qui ne compte encore qu'une vingtaine de magasins, se fait peu à peu remarquer grâce à ses produits de marque à prix cassé. En attendant, des acteurs déjà mieux établis comme Passion Beauté ou Beauty Success continuent leur expansion.

 

Chiffres

  • + 2,8% La croissance du chiffre d'affaires de la franchise en France en 2011 par rapport à 2010, à 49,24 Mrds
  • 1 472 Le nombre de franchiseurs en 2010
  • 55 871 Le nombre de franchisés en 2010

Source : Fédération française de la franchise

 

C’est plus compliqué avec les banques cotées, comme BNP Paribas ou la Société générale. Il vaut mieux privilégier les réseaux mutualistes, comme le CIC ou le Crédit coopératif

Jean-François Morinaux, directeur général de Passion Beauté

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.
Franchise explorer

Franchise explorer

L’expertise au service du secteur de la franchise

Toute l'actualité

Toute l'actualité des secteurs d'activité en franchise

X

Recevez chaque semaine l'actualité des réseaux de franchise de la grande distribution et de la restauration.

Ne plus voir ce message