Les futures technologies du commerce sont-elles crédibles?

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VIDÉOSONDAGE Passage en revue de nouvelles techno présentées comme les futures révolutions du retail. Science fiction ou future réalité?

Le futur ressemblera-t-il à nos fantasmes du présent? Cette semaine Amazon a une nouvelle fois créé la sensation avec un concept qui lorgne du côté de la science fiction. Son idée: anticiper les achats des internautes et les livrer avant même qu’ils aient passé commande. Ce concept qui rappelle furieusement l’unité pré-crime du roman Minority Report de Philip K. Dick (on arrête un meurtrier avant qu’il ait commis son crime) est un énième parangon de technologie futuriste qu’on imagine voir débarquer dans quelques années sur nos sites marchands favoris. 

Mais dans la réalité, faire ses courses en 2050 sera-t-il aussi techno qu’on l’imagine en 2014? 

Alors qu’on attend toujours les voitures volantes et que les voyages en téléportation resteront à coup sûr à jamais dans l’imaginaire des fans de Star Trek, ces technologies qui nous font tant fantasmer aujourd’hui vont-elles vraiment débarquer un jour dans nos magasins? Qui va passer du buzz eu biz’? Petit tour d’horizon de ces technologies.

Livrer le client avant qu’il ne commande

Prévoir vos prochains achats afin de déclencher une livraison avant même d’avoir payé le produit. Voilà l’objet du brevet déposé par Amazon. Comment Jeff Bezos compte s’y prendre? En collectant le plus d’informations évidemment comme les produits consultés sur le site, l’analyse des sites consultés par les internautes, voire les articles lus ou encore le temps passé par le curseur de la souris sur l’image d’un produit... Une somme d’informations qui traitées par un algorithme pourraient permettre de deviner que le client va acheter un produit avant même qu’il se soit décidé. Et donc de lui livrer afin de réduire encore les délais de livraison. Un neuromarketing appliqué à la vente en fait. 

Degré de science-fiction: 70%

Si à l’avenir l’analyse des données (le fameux big data) va prendre de l’importance dans le commerce, si les goûts et les habitudes des clients auront de moins en moins de secret pour les distributeurs, il subsistera toujours malgré tout un degré d’incertitude incompressible. C’est la théorie dite du "cygne noir" en économie. Si le consommateur est en apparence rationnel, il reste imprévisible et dans ce contexte il est difficile de lancer un service global qui consisterait à livrer des produits qui pourrait s’avérer non désirés. Le coût serait plus grand que le gain.   

Les drones de livraison

Toujours dans cette logique de raccourcir les délais de livraison, Jeff Bezos a évoqué en fin d’année dernière le lancement possible d’un service de livraison par drone afin de la faire descendre à 30 minutes... Générant au passage un buzz intersidéral et une série de blagues et parodies en tous genres. Ces mini-avions télécommandés pourraient ainsi livrer des colis de moins de 2,2 kg, soit 86% des livraisons du géant américain. Et le service a déjà un nom "Prime air", soit une extension du service Prime.

Degré de science fiction: 90%

Si l’objectif de raccourcir les délais de livraison est louable, le mode de livraison par avion robotisé est il faut l’avouer plutôt farfelu. Certes cela réduirait les coûts de main d'œuvre mais avec plus de 400 millions de livraisons effectuées par an (estimations à partir de son chiffre d’affaires de 61 milliards de dollars et du panier moyen estimé à 150 dollars), il faudrait au géant de Seattle une flotte colossale de drones. Certes, le service "Air Prime" n’aurait pas pour vocation de livrer l’ensemble des colis de moins de 2,2 kg mais se pose alors la question de la faisabilité d’une livraison en drone: l’autonomie de l’appareil est-elle assez grande pour couvrir des zones distantes de plusieurs centaines de kilomètres de distance des entrepôts? Les autorités autoriseront-elles la libre circulation des drones sur la voie publiques? Comment livrer un client qui habite un appartement (les drones devront-ils composer le digicode?)? "Pour Amazon, vous devez parcourir seize kilomètres en une demi-heure… Le scooter est toujours plus facile et moins risqué qu'un drone. Un scooter c'est peu cher, moins dangereux, ça transporte plus de deux kilos", explique Emmanuel de Maistre, fondateur de l'opérateur de drones français Redbird.

Beaucoup de questions, certes un peu loufoques, à l’image d’un service dont on peine à croire qu’il entrera un jour en fonction.

L’impression 3D

Encore plus rapide que le drone, l’imprimante 3D. L’idée: le client télécharge un fichier acheté sur un site et imprime son produit directement chez lui. Présentée comme la future 3ème révolution industrielle, l’impression tridimensionnelle n’en finit plus de faire couler de l’encre. D’autant que même l’alimentaire est concerné. La société 3D Systems a ainsi présenté un modèle baptisé ChefJet qui permet d’imprimer ses propres bonbons. Le chocolatier américain Hershey y croit même dur comme fer puisqu’il travaille avec 3D Systems à l’élaboration d’un modèle grand public. Va-t-on demain imprimer nos M&M’s et nos Adidas Stan Smith à domicile?

Degré de science fiction: 50%

La crédibilité de la technologie dépend en fait des objets concernés. Aujourd’hui, les imprimantes 3D ne sont capables que de créer des objets en plastiques. Or "quand on regarde chez Ikea, la moitié des choses sont en plastique assez basique. On pourrait imaginer imprimer tout ça chez soi à l'avenir", estime Emmanuel Vivier, cofondateur du cabinet de conseil Hub Institute, auteur d'un rapport sur l'impression 3D. Coque de smartphone, porte-clefs, abat jour, ustensile de cuisine... Il est tout à fait concevable d’imaginer dans un futur proche imprimer ce type d’objet à domicile. En revanche lorsqu’il s’agit d’objets plus complexes comme des vêtements, des produits high-tech ou même de l’alimentaire, là on entre clairement dans le domaine de la science-fiction tant les "ingrédients" qui entrent dans la fabrication sont nombreux. On imagine mal des recharges de cuir, de protéine ou de verre pour écrans pour son imprimante. D’autant que des réalités physiques entrent en jeu comme la fusion du métal qui exige des température de plus de 1000 degrés. Peut-être un peu dangereux dans un petit appartement...

Les lunettes à réalité augmentée

Tiens une idée française pour une fois. Intermarché a testé il y a quelques mois un concept de lunettes type Google Glass dans son magasin de Mennecy dans l’Essonne. Développées par l’agence Digitas, ces “connected glasses” réliées au smartphone en bluetooth permettent d’afficher des informations sous les yeux du clients grâce à un procédé de réalité augmentée: guidage à travers le magasin, prix, promo, vidéo de démo des produits... Le modèle testé n’était qu’un prototype limité (il s’agit d’un écran sur l’oeil donc pas des lunettes à proprement parler) mais la société Digitas travaille déjà à un modèle amélioré.

 

Degré de science-fiction: 10%

Sur le papier c’est tout à fait crédible. D’autant qu’avec l’arrivée prochaine de Google Glass, ce type de smart glass pourrait rapidement devenir une réalité. Mais faisabilité technique ne rime pas forcément avec adoption par les consommateurs. Combien d’innovations "révolutionnaires" sont restées au stade de la curiosité, à commencer par les casques de réalité virtuelle, sortes d’ancêtres de ces smart glass actuelles. Le succès de ces applications en magasin dépendra beaucoup de celui des Google Glass. Or ce dernier est loin d’être assuré. Outre le fait que la technologie est chère (2000 euros) et pas encore tout à fait au point (surchauffe, autonomie limitée selon les premiers retours des prototypes testés) les Google Glass soulèvent quelques réticences en ce qui concerne la proximité des ondes avec le cerveau ou encore la collecte des données faites par Google et l’intrusion de la technologie dans l’intimité. 

Le "T-commerce" ou l’achat avec sa télé

Imaginez: vous regardez la série britannique Sherlock, vous flashez sur le papier peint de l’appartement du héros, d’une simple pression sur un bouton de télécommande une fenêtre s’ouvre et vous propose de commander ledit papier peint sur un site de déco. Voilà c’est ça le T-commerce (pour télévision commerce) ou du moins sa version idéalisée. Car les tests qui sont faits aujourd’hui permettent bien moins de liberté. Ainsi H&M va diffuser un spot à l’occasion du SuperBowl qui permettra d’acheter des caleçons "David Beckham"

Degré de science fiction: 20%

Si la technologie des télés connectées est aujourd’hui bien maitrisée (19% des foyers en sont ainsi équipés), encore faut-il un moteur de recherche intelligent capable de retrouver n’importe quel produit qui apparait à l’écran pour que le "T-commerce" ait un réel intérêt pour les consommateurs. Et là c’est déjà plus compliqué. D’autant que les freins sont alors nombreux de la part des diffuseurs. Car si Google rêve de généraliser ce type de service via sa box Google TV, les chaines de télévision et autres fournisseurs de contenu ne veulent pas entendre parler. Ils ne voient pas d’un bon oeil l’exploitation commerciale de leurs programmes et craignent avec ce système la disparition de la pub qui finance lesdits contenus...

1 commentaire

Dhbismuth

03/02/2014 15h53 - Dhbismuth

Merci de ne plus faire référence aux Connected Glass de Digitas comme d'un "prototype". Tourner une vidéo fictionnelle avec des VUZIX M100 (qui n'ont pas du tout les propriétés d'affichages décriés dans la vidéo) n'est pas réaliser un prototype. Pas de prototype réalisé ni réalisable sur ce type d'appareil.
Sur les Google Glass par contre oui c'est possible, je suis bien placé pour en parler.

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