Les grandes vacances font toujours rêver

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ENQUÊTEAu moins un Français sur deux partira en vacances cet été. Une majorité prévoit de dépenser autant que l'an passé. Mer, campagne et montagne remportent, dans l'ordre, les faveurs. Les estivants privilégient les séjours fractionnés avec la famille et les amis.

Les grandes vacances ! Enfant, on les attendait toute l'année, quitte à finir par être content de reprendre l'école en septembre tellement elles étaient longues. Aujourd'hui, à l'heure de la cinquième semaine de congés payés, des 35 heures et de la RTT, le concept des grandes vacances perdure toujours. « Le modèle dominant des sacro-saints congés d'été a la vie dure, même s'il a évolué », observe Jean-Didier Urbain, anthropologue, expert à l'Observatoire du tourisme. Une tendance corroborée par BVA, qui vient de réaliser, à la demande du ministère du Tourisme, une enquête sur les intentions de départs de nos compatriotes. Selon BVA, un Français sur deux - 52 % exactement contre 55% en 2003 - partira en vacances cet été. La proportion atteint 72 % pour les cadres supérieurs et 69 % pour les professions intermédiaires. En revanche, chez les agriculteurs, les retraités et autres « inactifs », les pourcentages tombent respectivement à 22 % et 37 %. À la veille des départs estivaux, ces indicateurs, alliés à l'analyse des résultats de l'été précédent, permettent d'esquisser un premier schéma de la saison touristique à venir.

Le spectre de la canicule hante tous les esprits. « L'an dernier, nous avons été pris de court par la canicule, se souvient Marc Prou, directeur de l'Hyper U d'Agde (Hérault). Cette année, nous avons décidé d'étendre la surface consacrée aux liquides avec une vingtaine d'éléments en plus. Nous sommes vigilants sur les produits solaires, pour lesquels nous avons prévu 220 millions d'euros de commandes, et nous aurons une offre conséquente en produits de plein air. D'ailleurs nous louons un chapiteau de stockage de 500 m2 dédié à ces produits. » Démarche analogue pour Philippe Bouzon-Roulle, directeur marketing-ventes de l'hypermarché Auchan de Pérols, sur la Côte d'Azur : « Les Français ont été marqués par la canicule de l'été dernier et la pénurie dans les magasins. Cette année, nous avons anticipé la demande des clients, qui se sont rués sur les piscines et les climatiseurs... dès le mois d'avril. Pour les petits produits, qui concernent réellement les estivants, nous ouvrons " une boutique de l'été " le 1er juillet avec des maillots de bain, des jouets, des appareils photo... »

La durée des séjours diminue

Si l'on en croit le sondage BVA, cet été les intentions de départ atteignent les niveaux les plus faibles depuis 1997, la première année de l'étude, avec une diminution de 11 points en sept ans. La conjoncture économique défavorable, l'été dernier marqué par la canicule, les incendies et les annulations de festivals ne contribuent pas à favoriser les envies de départs. « Les Français bénéficient d'un nombre de jours de congé plutôt plus élevé par rapport à nos voisins, en moyenne six à huit semaines par an, observe Nicole Pochat, directrice du marketing France d'Europ Assistance. Ils ont de nombreuses autres occasions de partir, et on peut penser que l'enjeu de l'été est moins crucial que lorsque chacun bénéficiait de quatre semaines par an. » Europ Assistance qui, avec l'Ifop, vient de réaliser un sondage sur les intentions de départ cet été, est plus optimiste que BVA. Selon cette enquête, ce sont 72 % de nos compatriotes qui s'apprêtent à mettre les voiles ! Des chiffres qui sont peut-être plus proches de la réalité : a posteriori, selon la Direction du tourisme, 69 % des Français étaient finalement partis l'été dernier.

En revanche, la durée moyenne des séjours estivaux diminue régulièrement depuis 1997. Cette année, elle atteindra 16 jours, contre 22 jours il y a sept ans. « Parallèlement, on observe une tendance au fractionnement des vacances, relève Nicole Pochat. 43 % des Français prévoient de prendre leurs vacances d'été en plusieurs fois. » Cette attitude a évidemment tendance à renchérir le coût des vacances, notamment en termes de transports, de location et d'activités. Ce qui explique, selon Ifop-Europ Assistance, que 54 % des Français pensent consacrer un budget vacances équivalent à celui de l'an dernier, 24 % prévoyant de l'augmenter.

Concentration sur août

Cette année encore, l'étalement des vacances n'est pas à l'ordre du jour : juillet et août concentrent 90 % des intentions de départ. Selon BVA, le mois de juillet reste celui qu'une majorité, parmi les futurs vacanciers, choisit pour partir, mais de façon moins nette que les années précédentes. Ils sont 45 % cette année, contre 52 % en 2003, à souhaiter s'en aller en juillet. De façon logique, août remporte plus de suffrage cet été : 43 %, contre 38 %.

Sur le pays de destination, guère de surprise ! Dans un contexte international instable sur fond de guerre en Irak, d'épidémie de Sras et d'attentats, la France reste le lieu de prédilection pour 72 % des vacanciers hexagonaux, note-t-on chez BVA. La mer arrive toujours en tête des choix des vacanciers, recueillant 63 % des intentions de séjours. « Pour moi, c'est clair, il n'y a pas de vraies vacances d'été sans la mer, tranche Corinne. J'ai besoin de cette rupture totale après un an de travail et de transports parisiens. En plus, c'est une destination qui convient à toute la famille. Chacun, enfant comme adulte, y trouve son compte et des activités qui lui plaisent sur un même lieu : bronzage, voile, volley... » Cette année, selon Europ Assistance-Ifop, l'Aquitaine et le Pays basque devanceraient la Côte d'Azur avec respectivement 19 % et 14 % des intentions de séjours. « Peut-être un effet de rattrapage lié à une bonne promotion de la région, après une année difficile en raison de la catastrophe du Prestige », estime Nicole Pochat. La Bretagne, pour sa part, drainerait 10 % des amateurs de bord de mer. Les stations constituent une rampe de lancement intéressante pour les distributeurs et les industriels, qui souhaitent mettre en avant leurs produits. Les vacanciers sont très réceptifs ! « Lors des opérations de beach-marketing, la qualité de mémorisation de la marque y est supérieure à une autre opération média », constate Clarisse Duchemin, directrice de clientèle de Pro Deo, l'agence de communication hors média de Décathlon. « Ces opérations donnent à la marque une image de proximité et d'affinité », précise Alexis Vaganay, responsable de la marque Axe.

De son côté, cet été, la montagne séduira 33 % des vacanciers, les Pyrénées et les Alpes enregistrant de bons scores (16 % et 17 %, selon Europ Assistance). « Les priorités des vacanciers sont de plus en plus liées aux valeurs du corps et de l'esprit, apprend-on dans un sondage effectué par Lastminute.com avec TNS Direct au mois de mai. 89 % des Français estiment important de partir dans un endroit sans pol- lution, 86 % souhaitent être au calme. » Deux spécificités des séjours en altitude. « La montagne, c'est tonique et en harmonie avec la nature », observe Stéphane, père de trois enfants.

Loin de la foule

Surprise en revanche sur la campagne qui devient un lieu de séjour d'été de plus en plus prisé par les vacanciers : ils sont 38 % à déclarer s'y rendre cette année, contre 25 % l'année dernière (Europ Assistance-Ifop). « Peut-être s'agit-il là d'un épiphénomène, s'interroge Nicole Pochat. L'été 2003, en raison des conditions climatiques, a pu déclencher des vocations pour l'année suivante. » Mais cet engouement semble devoir s'inscrire dans la durée, car les causes sont d'origine structurelle. Il résulte en large partie d'une envie chaque année plus forte des Français de se « construire » une résidence secondaire (LSA n° 1848) avec toute l'imagerie familiale et amicale que cela véhicule. 11,7 % des Français en possèdent déjà une, et 56 % de ces résidences secondaires sont situées à la campagne, la montagne et les bords de mer s'avérant saturés. Selon les statistiques établies, il se serait vendu 21 000 maisons de campagne en 1993, 26 000 en 1997 et 37 000 en 2002. « Cet attrait pour la verdure est un des effets différés des attentats, estime Jean-Didier Urbain. Ce que j'appelle le syndrome du 11 septembre. Les gens ont tendance à fuir les lieux de concentration touristiques. » Parallèlement, jamais l'envie de se retrouver en famille n'a été plus forte. Selon un sondage CSA effectué l'an dernier, pour 46 % des Français, des vacances de rêve signifient se retrouver en famille, 29 % partir en couple, 7 % retrouver ses amis. Pour 8 % seulement intervient le désir de faire des rencontres. Pour preuve, en 2003, les Français ont passé 60 % de leurs nuitées touristiques dans un hébergement non marchand, chez des amis ou de la famille (étude TNS Sofres-Direction du tourisme). « On note un désir tribal d'entretenir ou de reconstituer les liens familiaux et amicaux que chacun laisse s'étioler au fil de l'année faute de temps, commente Jean-Didier Urbain. Il y a un grand désir d'intimité. » Une tendance très nette chez les 40-60 ans. « Pour nous, les vraies vacances, c'est d'abord prendre le temps de se voir avec les amis et la famille », confirment Sylvie et Gérard, qui retapent une maison dans la Nièvre. Selon une étude de la Direction du tourisme de mai 2003, qui se penche sur les processus de décision en matière de vacances, « les grands-parents constituent les premiers prescripteurs familiaux : quand une famille a des parents vivant dans une autre région, elle consacrera en priorité une partie de ses vacances à un séjour chez eux. » Gérard et Geneviève, retraités dans la Drôme, approuvent : « Chacun de nos quatre enfants vient passer au moins une à deux semaines de vacances chez nous. »Aux régions alors de savoir en tirer profit. « Depuis cinq ans, pendant les deux mois d'été, nous mettons en avant des produits régionaux, qui ciblent les produits toulousains mais pas seulement, explique Didier Giry, directeur du centre régional Leclerc de Roques. Nous proposons une centaine de références typées Sud-Ouest, alimentaires ou non alimentaires. Les clients sont ravis. »

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Article extrait
du magazine N° 1867

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