Marchés

Les grands magasins britanniques attisent les convoitises

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Selfridges et l'un de ses concurrents, Debenhams, plus moyen de gamme, font l'objet d'offres de rachat simultanées de la part de financiers. Sous-valorisé, présentant de belles opportunités de croissance, le secteur des grands magasins en Grande-Bretagne est en pleine consolidation.

Le monde de la distribution outre-Man-che est décidément en pleine ébullition. Alors que la saga de la reprise des su- permarchés Safeway est encore loin de son dénouement, c'est au tour des grands magasins de rentrer dans la valse des OPA. En quelques jours, Selfridges, un mythe et une référence dans le domaine, et Debenhams sont devenus les proies d'un milliardaire canadien pour le premier, d'un fonds d'investissement pour le second.

Cette double offensive est logique, selon un expert européen, car la consolidation dans ce secteur reste à faire : « Le poids des grands magasins dans le commerce de détail britannique (4 %) est plus de deux fois supérieur à la France (moins de 2 %), et le marché se caractérise par une multiplicité d'enseignes. Un cas unique avec le Japon et la Chine ! » Les investisseurs ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. La valse des enseignes a débuté depuis environ deux ans : BhS repris par Philip Green (également candidat à la reprise de Safeway) ; Bentalls (un régional) enlevé par Fenwick ; le très chic Harvey Nichols racheté par Dickson Poon, et, enfin, en janvier dernier, Allders, tombé aux mains du consortium Scarlett Retail. Après ces raids en série, il ne reste plus beaucoup d'enseignes sur le marché, Selfridges et Debenham étant, sans conteste, les plus prestigieuses.

Galen Weston a tiré le premier, début mai, en proposant 960 millions d'euros pour le rachat de Selfridges, dont le fleuron, un magasin de 54 000 mètres carrés sur Oxford Street, en plein coeur de Londres, représente un rendez-vous incontournable pour les touristes de tous poils.
 

Des contre-OPA probables

Le milliardaire canadien n'est pas un inconnu. Il avait tenté une première approche de Selfridges en 1998, avant de s'intéresser en 2002 à Liberty et à House of Fraser. Et il possède une certaine expérience dans la distribution. Président et principal actionnaire de George Weston Limited au Canada, il a réussi, en trente ans, à hisser ce groupe de distribution alimentaire de la quatrième à la première place du marché canadien.

Sa proie est alléchante. Ouvert en 1909, Selfridges était déjà, à l'époque, le plus grand magasin de ce type au Royaume-Uni. Aujourd'hui, l'enseigne, cotée en Bourse depuis cinq ans, possède à Manchester, au nord de l'Angleterre, deux autres unités plus petites, et prévoit l'ouverture d'un quatrième magasin, à Birmingham (centre), d'ici à la fin de l'année. Sept à huit nouvelles implantations sont programmées à moyen terme, notamment à Glasgow (Écosse), à Newcastle, à Bristol et à Leeds. Mais Oxford Street reste l'emplacement phare du groupe, qui y réalise les deux tiers de ses ventes.

Sous la houlette de Vittorio Ra- dice, arrivé en 1996 de Habitat et parti en février 2003 chez Marks & Spencer, Selfridges a opéré un vaste programme de rénovation et de réaménagement, qui s'est traduit par une très forte progression de son chiffre d'affaires, passé de 482 à 623 millions d'euros entre 2002 et 2003, sans ouvertures supplémentaires. Il s'agit donc d'un morceau de choix, et l'offre de Galen Weston pourrait bien faire l'objet d'une contre-proposition. La City parle beaucoup d'un autre milliardaire, iranien cette fois, Robert Tchenguiz, 42 ans, classé soixante-douzième fortune britannique, qui serait en train de mettre au point une contre-offre, allié notamment au magnat de la formule un, Bernie Ecclestone. « Selfridges possède le plus bel emplacement immobilier de Londres et l'une des meilleures marques dans la distribution. Il existe depuis plus de cent ans et sera probablement encore là dans deux cents ans », a-t-il indiqué au Times.

Dans un registre plus moyen de gamme, Debenhams constitue une autre cible de choix. Le fonds d'investissement Permira ne s'y est pas trompé, mettant sur la table 2,4 milliards d'euros pour racheter ce groupe d'une centaine de magasins déployant 750 000 mètres carrés d'espace de vente dans l'ensemble du Royaume-Uni et en Irlande, essentiellement dans des centres commerciaux. Depuis son introduction en Bourse en 1998, Debenhams, fondé en 1778, s'est concentré sur la rénovation de ses magasins existants et vise sur son marché intérieur 120 magasins d'ici à 2007, mais également sur l'étranger. La chaîne est en effet la seule à opérer à l'international, au Proche-Orient (Bahrein, Dubaï, Koweit, Arabie Saoudite, Qatar), mais aussi en Islande, en Suède et en Hongrie.

La première raison de cet engouement tient à la sous-valorisation des deux enseignes en Bourse. « Debenhams et Selfridges fonctionnent très bien, et font partie des leaders du marché, mais elles sont sous-évaluées en Bourse », note Richard Perks, de l'institut Mintel International. L'attrait est aussi motivé par l'impressionnant patrimoine immobilier des deux groupes. « C'est justement cette combinaison de liquidités facilement disponibles et de valeurs immobilières importantes qui fait leur intérêt », souligne David Stoddart, de Teather and Greenwood.
 

House of Fraser pourrait suivre

Pour les analystes, le calcul des acheteurs potentiels est simple : il s'agit avant tout de réaliser un investissement juteux. « Ils achètent de très bonnes affaires avec un fort profit à long terme », juge Kaen Tan. D'ailleurs, aucun des deux repreneurs déclarés, Galen Weston et Permira, n'a manifesté l'intention de changer les équipes de direction en place. Le fonds d'investissement Permira avait fait un pari semblable en rachetant les magasins de bricolage Homebase à Sainsbury, en mars 2001. Dix-huit mois plus tard, il a revendu la chaîne à GUS, pour 1,4 milliard d'euros, réalisant un retour sur investissement de six fois sa mise initiale. « Je ne serai pas du tout étonné que Permira revende ou réintroduise Debenhams en Bourse à plus ou moins long terme », pronostique ainsi David Stoddart.

Quant à la valse des grands magasins, elle n'est pas terminée, selon les observateurs. « Pour la distribution, ce sont les commerces d'avenir ! », indique Richard Perks. House of Fraser, qui dispose d'une cinquantaine de magasins au Royaume-Uni, a déjà fait l'objet d'une tentative de rachat par l'entrepreneur écossais Tom Hunter pour 315 millions d'euros, avortée en début d'année. Tom Hunter s'est ensuite tourné vers Allders, puis vers Selfridges, mais en vain. Il pourrait relancer une offensive sur House of Fraser en juillet, selon les rumeurs de la City. SONIA STOLPER À LONDRES

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