Les hausses de tarifs sèment le trouble

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINES'agit-il du début d'une flambée généralisée ou de hausses de prix ciblées ? La hausse des matières premières - et pas seulement agricoles - et le renchérissement des importations jettent le trouble dans les négociations commerciales qui s'ouvrent.

Poker menteur ou cartes sur table ? La hausse des coûts de production, des prix d'achat et des tarifs va donner lieu à de sérieuses joutes dans les semaines qui viennent. Les acheteurs comme les fournisseurs doivent veiller à ne pas laisser leur chemise lors des négociations commerciales pour l'année 2011. Or, tout augmente : le lait, l'acier, le jouet, les céréales et, donc, les biscuits, la baguette de pain, la viande et la volaille ; mais aussi les tablettes de chocolat en raison de la flambée du cacao, le textile avec le coup de chaud sur le coton et la laine, l'habillement en raison de la hausse des prix des produits importés d'Asie, ou encore le poisson qui se raréfie... Les fournisseurs poussent des cris d'orfraie pour bien justifier « qu'on y est pour rien » ; et les enseignes veulent freiner des quatre fers : « On ne laissera pas déraper les tarifs ! »

 

À la merci d'une volatilité accrue 

En réalité, les frères ennemis des négociations commerciales ont à faire face à un phénomène nouveau : la volatilité. Celle des cours des matières premières, des parités monétaires, des coûts de transport. Pour les céréales, qui focalisent l'attention : « Jusqu'en juin, rien ne présageait la hausse du blé, expose Nicolas Chambon, analyste chez Agritel, spécialisé dans le conseil à l'achat de céréales. Avec la chute de la récolte en mer Noire, les cours mondiaux affichent une hausse de 65 %. Le phénomène se propage au maïs qui a déjà grimpé de 40 % et, sur le blé dur, on note des tensions très fortes en raison des pluies sur le Canada. Soit les gens se sont couverts par des stocks ou sur le marché à terme, soit ils sont contraints d'acheter au plus haut ! »

 

Un retard à rattraper 

Que va faire la grande distribution face à ces demandes de hausses ? « Notre objectif est de tenir compte de celles qui sont justifiées, affirme Jérôme Bédier, président de la FCD. Nous n'accepterons pas 7 % généralisés, et nous voulons être sûrs que les hausses bénéficient aux producteurs. » Et surtout, pas question de laisser l'inflation repartir, « alors que nous avons réussi à redonner confiance aux consommateurs sur les prix ». Les enseignes sont en première ligne : pendant l'été, les producteurs de lait ont débarqué dans les magasins, ceux du porc y étaient il y a deux semaines et ceux de la volaille promettent d'y venir si les hausses des prix proposés par les abattoirs ne sont pas acceptées... Les industriels préviennent pourtant que leurs tarifs doivent impérativement augmenter. « Comment voulez-vous que les négociations soient sereines ? s'inquiète Jean-René Buisson, président de l'Ania. Il y a des tensions partout : sur l'aluminium, le cacao, les matières premières. Nos marges se situent entre 0,5 et 1 %. L'an dernier, nous n'avons même pas répercuté 25 % de la hausse des coûts de production, et les enseignes refusent encore de négocier cette année. »

Et il n'y a pas que les grandes surfaces alimentaires. Dans le non-alimentaire, la situation est identique. « Tout compris, nous constatons une hausse des prix à l'achat de l'ordre de 25 % sur le vêtement provenant de Chine, cela ne s'était pas vu depuis quinze ans, observe Jean-Marc Génis, président de la Fédération des enseignes d'habillement. Ce qui ne veut pas dire que les magasins répercuteront toute la hausse. » «Dans le jouet, j'estime la hausse à environ 10 %, incluant les coûts de transport des containers, qui ont doublé en un an », ajoute Guy Pottier, PDG de Harmony et de l'Union du jouet (Ujef). « Il faudra évaluer les propositions de hausses de tarifs au cas par cas, confie Caroline Hupin, déléguée générale de la Fédération du bricolage. C'est étonnant mais, quand il y a des hausses, on en entend beaucoup parler, et lorsqu'il y a des baisses, on ne voit pas les fournisseurs se précipiter pour les répercuter dans leurs tarifs ! » Le ton est donné.

 

Les enjeux

- La hausse continue des matières premières s'invite dans les négociations commerciales

- Les fédérations représentant les enseignes veulent limiter les dérapages de prix à l'achat

- Les industriels veulent pouvoir répercuter les hausses dans leurs tarifs

- La volatilité des matières premières, mais aussi la tension sur les prix des pays émergents, constituent une nouvelle problématique pour les relations commerciales

Jérome Bédier, président de la FCD

« Notre objectif est de tenir compte de la hausse des prix des matières premières, mais aussi d'éviter à tout prix qu'il s'agisse de hausses généralisées, ou qu'on reçoive des hausses de tarifs non justifiées. Si la hausse revient aux producteurs, qu'elle est transparente et lisible, en ligne avec la réalité, les enseignes suivront. On va surveiller les prix. Mais qu'on ne dise pas que nous refusons de négocier ! »

Philippe Mangin, président de Coop de France

« Il faut impérativement que nous obtenions des hausses de prix auprès des distributeurs et des consommateurs. Elles devraient toutefois avoir un impact limité sur le pouvoir d'achat, la part des achats alimentaires étant faible dans les dépenses. Nous craignons aussi les importations de la distribution qui impose des contraintes aux entreprises françaises qu'elle n'exige pas de celles situées à l'étranger, notamment en matière de cadence de livraison ou de diversité d'emballages. »

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Article extrait
du magazine N° 2151

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